Idées reçues sur le sommeil et l’alcool

L’alcool vous tient-il éveillé à l’heure de faire la fête, ou a-t-il plutôt tendance à vous endormir ? Faites-vous partie des personnes qui boivent un peu d’alcool le soir pour mieux dormir ? Si tel est le cas, vous pourriez pourtant trouver davantage de bénéfices par rapport à d’éventuels troubles du sommeil, en faisant plutôt une pause dans votre consommation d’alcool, ainsi que le propose le « Défi de janvier » sans alcool ou « Dry January ». En effet, si l’alcool peut favoriser l’endormissement, en réalité, il a plutôt tendance à le perturber. Battons-en brèche les idées reçues sur les rapports entre le sommeil et l’alcool avec le docteur Sylvie Royant-Parola, psychiatre et spécialiste du sommeil.

66 Millions d’Impatients : Quels conseils donner aux personnes qui consomment de l’alcool le soir pour s’endormir, comme ils prendraient des somnifères ?

Docteur Royant-Parola : L’alcool peut avoir des effets sur l’endormissement, mais cela ne fonctionne pas chez tout le monde. Quand cela fonctionne, il y a surtout deux cas de figure. Il y a un certain nombre de gens qui peuvent souffrir d’une légère anxiété et qui avec un ou deux verres de vin au moment du repas, s’apaisent et ont plus de facilités à s’endormir. Cependant, ni l’alcool, ni les somnifères ne sont une solution pérenne pour traiter des difficultés d’endormissement. Outre le fait que l’alcool est, dans tous les cas, délétère pour la santé, un phénomène d’accoutumance finira par se mettre en place si l’on opte pour la stratégie de la consommation d’alcool quotidienne le soir pour s’endormir et peu à peu, il faudra augmenter les doses pour obtenir le résultat attendu. C’est d’ailleurs la même chose avec les somnifères.
Il y a un autre cas de figure plus problématique encore et qui concerne les personnes qui boivent de l’alcool, non pas au moment du dîner, mais spécifiquement juste avant de s’endormir pour « s’assommer » en quelque sorte. On voit cela plus nettement aux Etats-Unis, où il est davantage d’usage, non pas de boire un peu de vin, mais plutôt du whisky avant d’aller se coucher.
Il faut d’autant plus se méfier de ces mauvaises habitudes que l’effet d’accoutumance peut se manifester très rapidement. Malheureusement, je vois régulièrement des cas de patients qui finissent par boire de très grandes quantités d’alcool le soir, à la recherche d’une sensation d’ébriété et en espérant littéralement « tomber » de fatigue.

66 Millions d’Impatients : Si l’alcool endort parfois, en revanche, il augmente les troubles du sommeil dans la nuit ?

Docteur Royant-Parola : À faible dose, l’alcool facilite un peu l’endormissement, augmente la continuité du sommeil et a peu d’effets sur les différents stades du sommeil. À doses plus fortes, on peut constater une augmentation du sommeil profond en début de nuit, cependant la fin de nuit devient très problématique avec un morcellement du sommeil paradoxal et par conséquent beaucoup plus de rêves, de cauchemars et d’agitation. Ainsi quand on boit trop le soir, la seconde partie de nuit est généralement extrêmement pénible, ponctuée de réveils, de confusions, de troubles digestifs. Enfin le réveil le lendemain matin est très difficile avec l’effet bien connu de la « gueule de bois ».
Quant à quantifier les doses et les effets, ils sont cependant très difficiles à déterminer, car selon sa nature et ses habitudes de consommation d’alcool, certains ressentiront des effets sur l’endormissement et le sommeil après 2 ou 3 verres quand d’autres auront besoin de consommer des quantités d’alcool très importantes pour les mêmes effets.

66 Millions d’Impatients : Une pause dans sa consommation d’alcool, comme lors du défi de janvier sans alcool (appelé Dry January en Grande-Bretagne), peut-elle aider à améliorer d’éventuels troubles du sommeil ?

Docteur Royant-Parola : Cela va dépendre du niveau de consommation et de dépendance à l’alcool de chacun. La qualité du sommeil va effectivement s’améliorer au fur et à mesure du temps quand on arrête de boire de l’alcool, mais dans les premiers temps, les personnes qui sont dans une vraie dépendance face à l’alcool risquent, au contraire, d’avoir un sommeil assez perturbé.
Pour les personnes qui ont une consommation régulière plutôt raisonnable, d’un à deux verres par jour, avec quelques pics de consommation ponctuels, s’ils font une pause et arrêtent toute consommation d’alcool durant un mois, il y a effectivement des chances qu’ils retrouvent, à cette occasion, un sommeil plus régulier.
Ainsi, une grande agitation ou perturbation du sommeil à l’arrêt total de l’alcool peut justement être un signe qui alerte sur le fait que l’on a peut-être, d’ordinaire, une consommation d’alcool excessive.

66 Millions d’Impatients : Le mélange alcool et somnifère est-il vraiment contre-indiqué ?

Docteur Royant-Parola : Il l’est ! Ce n’est pas du tout une idée reçue. Ce mélange est vraiment très mauvais, voire dangereux. Cela peut déjà augmenter des problèmes de respiration nocturne, comme des apnées du sommeil. Cela peut également déclencher des parasomnies, avec des comportements complexes de déambulation, des actes bizarres, voire violents en cours de nuit, car la personne n’est pas vraiment réveillée. Ce sont des réactions plus fréquentes qu’on ne le croit et j’attire l’attention sur ce genre d’épisodes que l’on rencontre notamment chez les personnes stressées à l’idée de prendre l’avion et qui peuvent avoir tendance alors à mélanger alcool et somnifères.

66 Millions d’Impatients : Pourquoi les ronflements augmentent quand on a bu ?

Docteur Royant-Parola : Les ronflements augmentent sous l’effet de l’alcool, d’une part parce qu’ils ont plutôt lieu lors du sommeil profond, or l’alcool a tendance à augmenter cette phase du sommeil.
D’autre part, l’alcool, comme les benzodiazépines d’ailleurs, induit un relâchement musculaire. Cela a pour conséquence une obstruction plus marquée des voies respiratoires, notamment du fait que la langue est plus volontiers entrainée en arrière. C’est cette obstruction qui provoque les vibrations bruyantes au fond de la gorge.

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