Le défi de janvier sans alcool face au Covid-19

Le défi de janvier sans alcool a débuté il y a quelques jours. Cette idée, née au Royaume-Uni en 2013 sous le nom de « Dry January », a été lancée pour la première fois en France l’an dernier. Plus de 1 Français sur 10 ont tenté de relever ce défi en janvier 2020 selon une enquête menée par OpinionWay. Que vous ayez entamé le défi ou que vous le découvriez seulement et décidiez de vous y mettre dès aujourd’hui, vous vous demandez peut-être si cette année est une bonne année pour réussir à trouver la motivation face à ce défi de janvier sans alcool, du fait de la crise sanitaire, des confinements et couvre-feux, de notre moral parfois en berne…
Le docteur Bernard Basset, président de l’ANPAA (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie) avec qui 66 Millions d’Impatients avait déjà fait un point sur la consommation d’alcool des Français pendant le 1er confinement nous donne ici sa vision du défi de janvier 2021.

 

66 Millions d’Impatients : En France, a-t-on augmenté ou réduit notre consommation d’alcool pendant la crise sanitaire et les confinements ?

Dr Bernard Basset : Le bilan de la consommation d’alcool des Français en 2020, dans le contexte très particulier de la crise sanitaire et marquée par les confinements, est très contrasté. On estime qu’un quart de la population a augmenté sa consommation. Il s’agirait de personnes qui buvaient déjà de façon importante avant la crise sanitaire. Les personnes qui avaient l’habitude de boire, qui vivent dans une certaine précarité et ont été confrontées à un isolement accru en 2020, ont probablement été parmi les touchées par une augmentation de leur consommation d’alcool. Un bon tiers de la population n’a cependant pas modifié ses habitudes de consommation et le reste a en revanche baissé sa consommation d’alcool. Ce bilan coïncide à peu près avec les projections des experts. L’une des raisons pour lesquelles de nombreuses personnes ont finalement réduit leur consommation d’alcool est que l’on n’a pas pu, durant plusieurs mois, consommer ni dans les bars ou restaurants, ni dans un cadre amical. Les personnes ayant réduit leur consommation d’alcool ont également plutôt privilégié les produits de première nécessité au moment de faire leurs courses alimentaires. En outre, en confinement, on échappe difficilement au regard de son conjoint, de sa conjointe ou de ses enfants, et l’on mesure plus facilement la quantité d’alcool consommée. Cela peut motiver à réduire sa consommation. Ainsi les personnes qui avaient une consommation modérée ont finalement maintenu, voire réduit leur consommation

66 Millions d’Impatients : Les jeunes ont-ils bu davantage en 2020 ?

Dr Bernard Basset : La consommation d’alcool a une composante générationnelle. Les gens qui boivent davantage par rapport aux repères de consommation à moindre risque* sont plutôt les générations les plus âgées qui ont été élevées dans une sorte de norme sociale autour de l’alcool. Il n’est pas rare que les générations les plus âgées consomment de l’alcool quotidiennement. Les jeunes ont des consommations d’alcool moins régulières, moins mécaniques, plus festives ou événementielles, même si elles sont ponctuellement parfois très importantes. De fait, cette année, qu’ils soient isolés ou pas, en couple ou pas, les jeunes ont eu moins d’occasions de boire de l’alcool et ont eu tendance à réduire leur consommation de façon générale.

66 Millions d’Impatients : Pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste le défi de janvier sans alcool et quels sont ses bénéfices ?

Dr Bernard Basset : Le défi de janvier consiste à ne pas boire d’alcool du tout durant tout le mois de janvier. C’est avant tout un défi que l’on se lance à soi-même pour évaluer son rapport à l’alcool et voir s’il est difficile ou pas de se passer d’alcool pendant un mois. Durant ces 31 jours sans alcool, on peut noter des changement assez spectaculaires et bénéfiques pour sa santé, notamment une nette amélioration du sommeil et de la nervosité. Les gens qui sont en surpoids du fait de l’alcool peuvent perdre quelques kilos et dans l’ensemble, quand on stoppe l’alcool ainsi pendant quelques semaines, l’aspect de la peau, qui est le reflet de notre état de santé général, s’améliore. En outre, se passer d’alcool permet de faire baisser sa tension d’un ou deux points, ce qui s’avère très favorable à long terme. Bien sûr, toujours sur le long terme, diminuer sa consommation d’alcool et faire des pauses comme celle du défi de janvier permettent de réduire les risques de maladies hépatiques et de nombreux cancers. Il est intéressant de noter aussi, qu’en général, les personnes qui font cette pause dans leur consommation d’alcool durant le défi de janvier, ont tendance à baisser naturellement leur consommation d’alcool dans les mois qui suivent. Les enquêtes, qui sont des enquêtes déclaratives, menées au Royaume-Uni où le défi de janvier (là-bas appelé « Dry January ») est suivi chaque année depuis 2013 par plusieurs millions de personnes, révèlent qu’en moyenne, les personnes qui réussissent le défi de janvier, ont diminué leur consommation d’alcool d’un verre par jour, 6 mois après le défi.

66 Millions d’Impatients : Avec la crise sanitaire, les confinements, les couvre-feux, le climat général d’anxiété qui règne chez nous, 2021 est-elle une bonne ou une mauvaise année pour le défi de janvier sans alcool ?

Dr Bernard Basset : On a tous intérêt à faire attention à sa santé, et ce n’est pas parce que nous traversons cette pandémie exceptionnelle qu’il faut négliger les autres facteurs défavorables à sa santé, en particulier l’alcool et le tabac, qui sont les deux plus délétères.
Il serait réellement regrettable que cette crise sanitaire nous incite à prendre de mauvaises habitudes qui représenteraient à long terme des risques supplémentaires pour notre santé. C’est donc très important de maintenir le rendez-vous du défi de janvier sans alcool et de rappeler que les gros problèmes de santé publique demeurent et qu’il faut continuer à s’en préoccuper.
Cette année est-elle plus difficile qu’une autre pour se lancer dans le défi de janvier sans alcool ? Je ne le crois pas. Je pense qu’il y a de grandes chances pour que l’on voie bientôt le bout du tunnel par rapport au Covid-19. Nous allons sans doute retrouver bientôt le cours normal de nos vies et cela implique de prendre soin de soi.

 

* Les repères de consommation à moindre risque :

  • Ne pas boire plus de 10 verres d’alcool par semaine
  • Ne pas boire plus de 2 verres d’alcool par jour
  • Ne pas boire d’alcool au moins 2 jours par semaine

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