Marketing et publicité alimentaire : les enfants en ligne de mire

Le 24 juin 2020, une étude de Santé Publique France a mis en avant le fait que plus de la moitié des publicités vues par les enfants et les adolescents concernent des produits gras, salés, sucrés. Pourtant, début mars 2020, le projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l’ère numérique, passé en Commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale, ne va pas dans le sens d’un meilleur encadrement du marketing et de la publicité alimentaire pour les enfants.
Parmi les articles de ce projet de loi, le n°54 vise précisément la charte alimentaire du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Malgré les recommandations du Conseil National de l’Alimentation (CNA), de la Cour des comptes, de l’INSERM, de l’INPES ou de l’OMS et face à l’augmentation de l’obésité, notamment infantile, et des maladies chroniques, le texte manque pourtant d’ambition. Il ne retient pas vraiment les recommandations actuelles de grandes institutions et des associations qui proposent d’encadrer très sérieusement la diffusion des publicités auxquelles seraient exposés les enfants, concernant les produits alimentaires nuisibles à la santé.

Marketing et publicité alimentaire font grossir…

Ce constat n’est pas nouveau et avait déjà fait réagir les pouvoirs publics avec la Loi de santé publique du 9 août 2004, qui impose de préciser à la fin des spots publicitaires des messages que nous connaissons désormais plutôt bien, à savoir qu’il faut manger au moins cinq fruits et légumes par jour, pratiquer une activité physique régulière, éviter de manger trop gras, trop sucré, trop salé et de grignoter entre les repas. Mais cela suffit-il pour contrecarrer les effets de la publicité de ces produits ultra-marketés ? C’est d’autant moins certain que dans sa synthèse sur les comportements nutritionnels de 2017, où la question a été soulevée, l’INSERM recommande « d’interdire les publicités télévisées pour certains produits alimentaires durant les plages horaires visionnées par un nombre important d’enfants ».

Marketing et publicité alimentaire : des enfants sous influence

Les études sont formelles sur le sujet, ainsi que le rappelle le rapport de l’INPES de 2014 sur les « Publicités alimentaires à destination des enfants et des adolescents » où était mentionnée l’enquête Tracking réalisée par l’INPES en 2013 et qui révélait, d’après les parents interrogés, que 69% des enfants ou adolescents leur réclamaient, au moins de temps en temps, des produits alimentaires vus à la télévision. Le rapport expose également plusieurs études, menées dans divers pays, qui ont montré une corrélation entre l’exposition des enfants à publicité alimentaire télévisée et l’obésité.
Le fait est qu’en France, d’après la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), en 2017, 18% des élèves de troisième en France étaient en surpoids et 5% étaient obèses. Ces chiffres étaient en hausse depuis 2009, surtout chez les filles. Mais au-delà des publicités télévisées, il devient également important d’encadrer celles diffusées sur les supports numériques, largement utilisés par les enfants.
Evoquons enfin l’étude publiée en septembre 2020 par l’UFC Que-Choisir, qui se base sur l’analyse de 7150 spots publicitaires et montre notamment que 88 % des spots pour des produits alimentaires destinés aux enfants concernent des aliments de Nutri-Score ‘D’ et ‘E’, c’est à dire les plus mauvais scores nutritionnels (contre 43 % pour les aliments ‘tous publics’). Il n’y AUCUN spot pour enfants qui concernent des produits au Nutri-Score A ou B.

Des mesures pour l’instant insuffisantes

Un pas a déjà été franchi, avec l’application de la Loi « Gattolin » en 2018, qui supprime la publicité commerciale dans les programmes jeunesse de la télévision publique.
De son côté, le Conseil national de l’audiovisuel (CSA) a effectivement revu avec plus d’ambition sa charte alimentaire, signée le 30 janvier 2020, encourageant notamment la présence de repères comme le Nutri-score dans les messages publicitaires et élargissant le périmètre de la charte à la radio et aux acteurs du numérique. Malheureusement, les engagements collectifs et les messages de tempérance semblent avoir montré leurs limites.

Marketing et publicité alimentaire : des recommandations pourtant claires sur l’exposition des enfants

De nombreuses institutions nationales et internationales, comme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), s’accordent sur les effets inquiétants de la publicité sur les enfants concernant la promotion des boissons et aliments néfastes à leur santé.
Deux récents avis du Conseil national de l’alimentation (CNA), l’avis 81 concernant l’alimentation favorable à la santé et l’avis 84 sur l’éducation à l’alimentation, intègrent des recommandations visant à mieux encadrer la publicité et le marketing alimentaire, notamment lorsqu’ils touchent les moins de 16 ans.
De son côté, la cour des comptes dans son rapport de 2019 sur La prévention et la prise en charge de l’obésité suggère, entre autres choses, « d’élargir, par la voie législative, le champ d’application de la loi Gattolin au secteur audiovisuel privé par exemple, en définissant une liste d’aliments qui seraient exclus de la publicité, en s’appuyant sur le Nutri-score ou sur tout autre moyen d’affichage ». Le rapport fait également un tour d’horizon des mesures prises dans divers pays sur le sujet. Ainsi, par exemple, la Suède, la Norvège et le Québec interdisent déjà la publicité en direction des enfants depuis plus de 25 ans. En Grande-Bretagne, la publicité pour les produits alimentaires peu sains est interdite lors des programmes pour enfants ou vus par un grand nombre d’entre eux.

Les associations de patients montent au créneau

François Rullier, qui a participé aux groupes de concertation pour les avis 81 et 84 du CNA au nom de France Assos Santé (qui regroupe 85 associations nationales de patients) précise : « J’ai participé aux débats du CNA avec l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire. Il apparaît que l’unanimité ne se fait pas sur les moyens à mettre en œuvre pour limiter la publicité alimentaire visant les enfants : certains acteurs souhaitent rester au stade de régulation avec des codes de bonne conduite, que nous jugeons insuffisants ; d’autres – et notamment les associations de consommateurs membres de France Assos Santé – demandent une règlementation plus stricte. Les enjeux économiques sont en effet considérables, du fait des budgets actuellement dépensés par les annonceurs auprès des divers supports de publicité. Chez France Assos Santé, notre position est de limiter la diffusion de messages publicitaires aux heures de grande écoute des enfants, sur l’ensemble des chaînes, des radios et sur les supports numériques, pour les aliments nuisibles à leur santé induisant surpoids, obésité, maladies chroniques ou addiction. Nous nous sommes appuyés sur le Nutri-score et visons ainsi les aliments ayant une note inférieure ou égale à C. ».
Cette position est soutenue par plusieurs associations de consommateurs et de patients dont la Fédération française des diabétiques qui, sur la base des travaux de leurs États généraux du diabète et des diabétiques, avait d’ailleurs préparé deux amendements au projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l’ère numérique. Manon Soggiu, responsable des affaires publiques de la Fédération française des diabétiques nous explique que : « Les amendements que nous avions préparés dans le cadre de l’article 54 du projet de loi et qui ont été déposés par les parlementaires que nous avons sollicités, soulignent le manque d’encadrement par rapport à la publicité des produits alimentaires néfastes pour la santé et proposent, soit de supprimer la diffusion de publicité pour ces produits dans les programmes destinés à la jeunesse, soit d’obliger les annonceurs à l’affichage du Nutri-score. Malheureusement, toutes nos demandes ont été rejetées à l’Assemblée nationale mais nous restons mobilisés sur le sujet ! ».

Le combat continue mais il risque donc d’être encore difficile face aux lobbies de l’alimentation…

France Assos Santé a réalisé deux vidéos sur le marketing alimentaire à destination des enfants, portées par plusieurs associations et un parrain, Pierre Richard >> Consultez-les !

 

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