Femmes enceintes face au Covid-19

Les femmes enceintes face au Covid-19

Pendant la crise sanitaire liée au Covid-19, les hôpitaux universitaires de Strasbourg ont été contraints de revoir la prise en charge des femmes enceintes face au Covid-19. En plus de leurs activités régulières en maternité, les équipes du CHU alsacien ont également suivi une centaine de femmes enceintes, infectées par le virus. Le professeur Deruelle, chef de pôle au CHU de Strasbourg et secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) pour l’Obstétrique, explique que la plupart des patientes contaminées par le Covid-19 et suivies au CHU, ont poursuivi leur grossesse sans problème une fois guéries. Les femmes touchées lors du deuxième trimestre notamment ont posé très peu de problèmes et seules quelques situations, heureusement rares, ont été difficiles à traiter.

66 Millions d’Impatients : Les femmes enceintes face au Covid-19 sont-elles plus vulnérables ?

Pr Deruelle : Les chiffres montrent que les femmes enceintes n’ont pas plus de risque que le reste de la population d’être infectées par le Covid-19, ni de faire des formes plus sévères de la maladie.
Il faut cependant surveiller les femmes enceintes en surpoids et les grossesses au-delà de 40 ans, car, comme pour la population générale, ces femmes sont davantage susceptibles de développer des formes graves du Covid-19.
La seule vraie difficulté face au Covid-19 est la prise en charge d’une forme grave de la maladie chez une femme enceinte dans son 3ème trimestre.
J’ajoute que même si une femme enceinte présente des symptômes peu marqués de la maladie, quel que soit le stade de sa grossesse, il est indispensable de demander une consultation, ou une téléconsultation et d’envisager un dépistage.

 Existe-t-il des cas de transmission du Covid-19 de la mère à l’enfant, in utero ?

Aux hôpitaux universitaires de Strasbourg, nous avons eu un bébé chez qui l’on suspecte une transmission materno-fœtale de Covid-19. Les données recueillies dans le monde semblent indiquer que le passage de la mère à l’enfant in utero est relativement faible car le Covid-19 utilise un certain type de récepteurs qui sont finalement très peu présents lors du 1er trimestre. Le risque de passage du virus est donc un tout petit peu plus important lors du 3ème trimestre. On estime que le risque de passage transplacentaire se situe entre 1% et 10% et qu’il serait plus proche de 1%. Nous manquons encore de recul et d’informations sur la corrélation entre femmes enceintes et Covid-19.
On a assez peu de craintes sur la santé des futurs bébés des femmes exposées au Covid-19, qu’elles aient eu ou non des symptômes. Bien sûr il faut rester prudent car c’est une maladie que nous découvrons un peu plus chaque jour mais à l’heure actuelle, il n’y a pas d’élément qui puisse laisser penser, comme pour Zika par exemple, que les bébés pourraient naître avec un problème de santé particulier.

Une femme enceinte exposée au Covid-19 a-t-elle plus de risque de faire une fausse-couche ?

Au 1er trimestre, la fièvre et le niveau de gravité de la maladie peuvent indirectement provoquer des fausses-couches. Il faut cependant noter que c’est très rare. Au CHU de Strasbourg, nous avons connu une situation de fausse-couche un peu tardive qui est vraisemblablement en lien avec le Covid-19. Ce type de complication n’est cependant pas directement attribuable au virus mais à la gravité des symptômes développés. Une équipe suisse a également publié un cas de fausse-couche d’une femme infectée par le Covid-19, mais ils n’ont pas pu déterminer si elle est directement liée au virus ou à la gravité des symptômes.

Le bébé in utero souffre-t-il si la maman est malade et présente des signes modérés ou graves du Covid-19 ?

Il est possible que le bébé souffre si la maman voit son taux d’oxygène dans le sang baisser fortement car cela peut se répercuter sur le bébé. Heureusement la nature fait bien les choses, et in utero, le bébé est « programmé » pour s’adapter au manque. Dans le cas d’une baisse du taux d’oxygène dans le sang, le bébé va contracter les vaisseaux dont il n’a pas vraiment besoin in utero, comme ceux qui vont vers les jambes, les bras ou les muscles, pour se concentrer sur les organes vitaux que sont le cœur et le cerveau. Evidemment, il y a des limites à cette adaptation. À vrai dire, pendant la crise sanitaire du Covid-19, nous n’avons pas été confronté à un tel cas.

Est-il courant que les femmes enceintes face au Covid-19, soient plus stressées que d’habitude ?

La période de la grossesse est une période particulière pour les futures mamans sur le plan émotionnel et certaines femmes sont stressées durant leur grossesse. On peut avoir le sentiment de ne plus maîtriser son corps, ses sensations, ses émotions. Ce stress peut être renforcé pour les femmes enceintes face au Covid-19. Au quotidien, pendant le confinement, en consultation et téléconsultation, le personnel soignant à Strasbourg l’a réellement ressenti. Les femmes enceintes voyait le Covid-19 comme une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, d’autant plus qu’elles ont été très tôt « étiquetées » comme étant vulnérables face au virus.
Une étude hollandaise a montré que 15% femmes enceintes se souciaient particulièrement de leur santé avant la crise du Covid-19 et que pendant la crise, elles étaient plus de 50% à s’en soucier. En outre, plus des 2/3 d’entre elles étaient inquiètes concernant la santé de leur futur bébé. Il est à noter qu’aux Pays-Bas, les femmes ont un rapport souvent plus naturel, moins médicalisé par rapport à leur grossesse que chez nous. On peut supposer qu’en France, les femmes enceintes étaient donc nombreuses à être inquiètes à l’idée d’être infectées par le virus.
Au-delà du pur aspect médical, dans certaines maternités les accouchements ont été difficiles à vivre car les femmes étaient séparées de leur conjoint, voire parfois de leur bébé pendant plusieurs jours.

Les conjoints sont-ils toujours tenus éloignés des maternités, comme pendant le confinement ?

Au Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), nous avons beaucoup milité pour une réintroduction du couple dans la prise en charge de la grossesse, que cela soit au niveau du suivi ou de l’accouchement, car on a perçu que ces enjeux psychologiques complexes sont très lourds à porter pour les femmes, et pour les conjoints aussi d’ailleurs. La grande difficulté à laquelle nous sommes confrontés lors des consultations est la saturation des salles d’attente où nous devons absolument pouvoir appliquer les gestes barrières et donc la distanciation.  Je crois qu’il ne faut pas hésiter à bousculer un peu notre façon de travailler et peut-être demander aux couples d’attendre dehors plutôt qu’en salle d’attente et de les appeler par téléphone quand on peut les recevoir. On n’est pas à quelques minutes près, si cela permet d’accueillir les couples dans les meilleures conditions. En ce qui concerne les suites immédiates de l’accouchement, les conjoints sont désormais autorisés mais on limite encore les visites pour le reste de la famille.

De jeunes parents qui ont le Covid-19, peuvent-ils s’approcher, s’occuper de leur nouveau-né ?

Nous avons travaillé sur une présence maximum des parents auprès du nouveau-né, même ceux contaminés par le Covid-19, en leur enseignant les gestes barrières afin qu’ils puissent s’occuper de leur enfant. Avec un bon usage des masques, le lavage des mains, l’éloignement du berceau durant la nuit puisqu’il est difficile de dormir avec un masque, etc., nous n’avons eu aucun cas de contamination d’un parent infecté à son bébé. En outre, le risque de développer une forme grave du Covid-19 chez un bébé est extrêmement faible.
Précisons que le lait maternel n’est pas contaminé. Nous avons fait des dosages de lait au CHU de Strasbourg et tous sont revenus négatifs.

Quels conseils peut-on donner aux femmes enceintes face au Covid-19, quand elles ne peuvent pas télé-travailler et doivent retourner sur leur lieu de travail ?

Il y a peu de risques finalement si l’on respecte bien l’application des gestes barrières. Les futures mamans les plus vulnérables seraient peut-être celles qui doivent prendre les transports en commun et celles qui sont en contact avec du public, pour qui on recommandera alors plutôt un arrêt de travail.
Si la reprise du travail dans les locaux de l’entreprise suscite une angoisse majeure pour la future maman, cela peut cependant justifier un arrêt de travail.

L’organisation des soins a changé pour femmes enceintes face au Covid-19. Allez-vous garder certaines de ces habitudes ?

Dans les semaines à venir, nous continuerons de fonctionner selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé qui conseille de regrouper les consultations et de privilégier les téléconsultations. C’est d’ailleurs judicieux de faire en sorte que les patientes ne viennent pas pour une échographie puis pour une consultation la semaine suivante. Les téléconsultations également pourraient se pérenniser, notamment pour les femmes qui habitent loin et quand un examen clinique n’est pas requis.
Lors du confinement, afin d’exposer le moins possible les femmes et les nouveau-nés à l’environnement hospitalier où le virus circulait quand même beaucoup, et pour faire en sorte qu’ils retrouvent rapidement le papa, qui pendant cette période exceptionnelle n’était pas autorisé à venir en suite de naissance, nous avons mis en place des sorties précoces de la maternité, après l’accouchement, quand cela était possible. Il est intéressant désormais d’évaluer si ce protocole, qui a été organisé dans l’urgence, pourrait s’appliquer de façon plus généralisée à l’avenir si l’on perçoit que les parents en ont été satisfaits. Il est donc pertinent de les interroger sur leur ressenti. En effet, les sorties précoces sont répandues dans beaucoup de pays, et nous pourrions peut-être l’envisager également en France.

 

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Crédit photo : Anastasiia Chepinska

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