Femmes enceintes face au Covid-19

Les femmes enceintes face au Covid #2

Plus d’un an après l’interview du Pr Deruelle, chef de pôle Gynécologie-Obstétrique et Fertilité au CHU de Strasbourg, interrogé sur les femmes enceintes face au Covid, le professeur a repris et mis à jour pour 66 Millions d’Impatients les questions posées à l’époque. Avec le recul de ces derniers mois, l’état des connaissances a évolué et le facteur de risque de forme grave pour les femmes enceintes s’est révélé, étayant l’intérêt pour elles de se faire vacciner dès le 1er trimestre.

66M : En juin 2020, les chiffres ne montraient pas de sur-risque pour les femmes enceintes face au Covid dans ses formes graves. Depuis les données ont-elles changé ?

Pr Deruelle : Effectivement, si au départ, on pensait que la grossesse en tant que telle n’était pas un facteur de risque particulier, les données recueillies au fil des mois ont finalement montré que le fait d’être enceinte, représente, à lui-seul, un critère de sévérité, qui vient s’ajouter aux autres facteurs de risque désormais bien connus comme le surpoids, le diabète ou l’hypertension. Etre enceinte, lorsque l’on a le Covid, augmente donc le risque de faire une forme sévère de la maladie et d’être transférée en réanimation. Bien heureusement, il y a finalement peu de femmes enceintes qui font des formes sévères car par définition, il s’agit plutôt d’une population jeune et qui a tendance à être vigilante par rapport aux gestes barrière.
Cela ne justifie cependant pas de reporter un projet de grossesse, même si l’on présente également des comorbidités, car si le risque est réel, il reste modéré par rapport à celui de faire une forme grave pour les personnes âgées par exemple. En revanche, ce paramètre plaide en faveur de la vaccination pour les femmes enceintes.
Sur le risque de contamination en tant que tel, et bien que l’on ait peu de données sur le sujet, les femmes enceintes ne seraient pas davantage infectées par le virus que la population générale. Le respect accru des gestes barrière chez les femmes enceintes a peut-être une influence.
Il est à noter pour le diabète, qu’il est un facteur aggravant autant pour les diabètes antérieurs que pour les cas de diabète gestationnel.

66M : Les chiffres sur les transmissions de la mère à l’enfant, in utero, ont-ils évolué ?

Pas vraiment. On reste entre 1 et 10% de cas de transmissions in utero, très probablement plutôt en dessous de 5%. C’est un taux assez faible. Cependant, les données sur les nouveaux variants ne sont pas probantes pour l’instant, et il n’est pas exclu que cela évolue en fonction des variants actuels et futurs.
En outre, on ne sait pas si le bébé in utero peut être malade du Covid et si tel était le cas, on ne sait pas non plus s’il ressent d’éventuelles douleurs ou de la fièvre. De toutes les façons, la maladie ne provoquerait alors, a priori, pas de séquelles chez l’enfant infecté in utero.

66M : Y’a t-il plus de risques de fausses-couches, de césariennes, d’accouchements prématurés, de décès de nouveau-nés pour les femmes enceintes touchées par le Covid ?

Pour ce qui est des fausses-couches, nous avons peu de données, mais celles que nous avons ne montrent pas un risque d’augmentation de fausses-couches directement liée au Covid. En revanche, les formes sévères de Covid, heureusement peu nombreuses, augmentent indirectement le risque de fausses-couches.
Il existe par ailleurs, dans l’ensemble, plus de risques de césariennes et d’accouchements prématurés. Cela dit il s’agit de prématurité induite à cause de l’éventuelle sévérité de la maladie, c’est-à-dire de cas où l’équipe médicale pense que le bébé sera mieux dehors pour s’occuper plus efficacement de la maman et du bébé. Il n’y a donc pas d’augmentation de la prématurité spontanée. Pour faire un focus plus précis sur l’augmentation des cas de césarienne en Martinique, observés ces derniers temps, elle doit être analysée avec prudence. Cela peut être un malheureux concours de circonstances. Néanmoins, des données vont être prochainement publiées et suggèrent que les variants alpha et delta augmenteraient le risque de faire une forme sévère et ainsi, d’avoir une césarienne.
Enfin, si quelques cas de nouveau-nés décédés du Covid sont à déplorer, cela n’arrive que très rarement. Certes, des infections néo-natales graves ont été observées, mais, dans l’ensemble, le Covid a eu peu d’impact sur les nouveau-nés qui ont été touchés par le virus. Il faut cependant rester prudent, car même si les nouveau-nés ne sont pas les plus à risque de mourir du Covid, ce dernier peut malheureusement être mortel à tous les âges. Précisons que ces bébés ont pu être contaminés in utero ou juste après la naissance.

66M : En juin 2020, vous encouragiez à Strasbourg l’allaitement pour les mamans infectées par le Covid, l’expérience vous a-telle donné raison ?

Tout à fait ! Alors que les Américains et les Chinois déconseillaient l’allaitement pour les femmes ayant le Covid, nous avons travaillé au CHU de Strasbourg sur une approche empathique et dans le respect des gestes barrière et aucun cas de contamination d’une mère malade du Covid à son bébé n’a été relevé. Comme je le précisais voici quelques mois, nous avons fait analyser des échantillons de lait maternel et aucun n’était infecté.

66M : Le vaccin est-il sûr et même bénéfique pour les femmes enceintes ?

S’il est vrai qu’au début nous manquions de recul et que les agences européennes étaient prudentes, heureusement pour nous, les Israéliens et les Américains ont été plus audacieux et ont largement vacciné leurs femmes enceintes, ne voyant pas pourquoi il y aurait des risques particuliers. Ils ont très rapidement publié leurs données qui ont alors convaincu les agences européennes et françaises de généraliser la vaccination aux femmes enceintes. N’oublions pas en outre, ainsi que je le précisais au début de l’interview, que le fait d’être enceinte représente un sur-risque de faire des formes graves de la maladie.
Malgré ces arguments, en France, les femmes enceintes ont eu du mal à se décider à se faire vacciner. Elles étaient autour de 30% jusqu’à l’annonce de la mise en place du pass sanitaire. Désormais, nous sommes aux alentours de 60% de femmes enceintes vaccinées. Parmi les femmes suivies à Strasbourg, certaines qui se sont faites vacciner ont eu quelques effets secondaires sans gravité mais les données montrent que dans l’ensemble, les effets secondaires qui apparaissent suite à la vaccination sont moins forts chez les femmes enceintes, sans que l’on sache d’ailleurs quelle en est la raison.
Il faut savoir que le vaccin ne passe pas la barrière placentaire, en revanche les anticorps produit par le vaccin chez la maman la traversent et se retrouvent chez le nouveau-né. La maman va donc protéger son nouveau-né en se vaccinant.

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