IVG en confinement… et à sa sortie…

Par peur d’une éventuelle contamination, d’un contrôle de police, et parfois sous le coup d’une culpabilité plus forte que d’habitude à l’idée de d’avorter durant cette période de crise sanitaire liée au COVID-19, les femmes, et les mineures encore davantage lorsqu’elles se sentent isolées et souhaitent garder le secret, prennent du retard dans leurs démarches lorsqu’elles désirent entreprendre une interruption volontaire de grossesse (IVG). Elles prennent alors le risque de dépasser le délai légal d’avortement en France, qui est de 12 semaines de grossesse (c’est à dire 14 semaines d’aménorrhée, soit 14 semaines après le premier jour des dernières règles).

Le numéro vert national « Sexualités, Contraception, IVG » du Planning Familial (0800 08 11 11) a d’ailleurs reçu 184% demandes supplémentaires par rapport à la même période en 2019, concernant des interruptions de grossesse au-delà de 12 semaines de grossesse.

Pour faire face à ces situations rendues difficiles par le confinement et la réorganisation générale des soins durant la crise sanitaire actuelle, un aménagement exceptionnel de la méthode d’IVG médicamenteuse a été mis en place par arrêté, le 15 avril 2020. Les médicaments prescrits dans cette méthode peuvent être délivrés en pharmacie de ville, les téléconsultations sont privilégiées et la durée d’accès à l’IVG médicamenteuse a été allongée de 5 à 7 semaines de grossesse.

Rappels généraux sur l’interruption volontaire de grossesse

MÉTHODES : En France, l’interruption volontaire de grossesse est possible jusqu’à 12 semaines de grossesse (c’est à dire 14 semaines d’aménorrhée, soit 14 semaines après le premier jour des dernières règles). Deux méthodes co-existent :

  • L’IVG médicamenteuse qui se passe :
    • En cabinet de ville, centre de planification ou centre de santé, avec un médecin ou une sage-femme, jusqu’à 5 semaines de grossesse (c’est à dire 7 semaines d’aménorrhée)
    • En établissement de santé jusqu’à 7 semaines de grossesse (c’est à dire 9 semaines d’aménorrhée)
  • L’IVG instrumentale ou chirurgicale qui se pratique sous anesthésie locale ou générale, en établissement de santé, jusqu’à 12 semaines de grossesse (c’est à dire 14 semaines d’aménorrhée)

DÉMARCHES : Dans tous les cas, 2 consultations préalables sont obligatoires avant l’IVG pour faire la première demande, fournir toutes les explications et offrir un temps de réflexion. Un troisième rendez-vous, sous la forme d’un entretien psycho-social est optionnel mais obligatoire pour les femmes mineures. Une consultation de contrôle a ensuite lieu 2 à 3 semaines après l’avortement.

FEMMES MINEURES : Une jeune fille mineure non émancipée peut, si elle le souhaite, garder le secret sur son IVG par rapport à ses parents. Elle devra cependant être accompagnée d’une personne majeure de son choix, un.e proche ou un.e professionnel.le (membre du Planning Familial par exemple).

Assouplissement de l’IVG médicamenteuse à domicile pendant la crise sanitaire liée au COVID-19

Durant la crise sanitaire actuelle, les deux méthodes d’IVG restent accessibles mais pour éviter une éventuelle exposition au COVID-19 des femmes désireuses d’avorter et pour soulager les équipes hospitalières, un arrêté pris le 14 avril 2020 permet aux femmes souhaitant bénéficier d’une IVG médicamenteuse en médecine de ville, de la faire par téléconsultation, en quelque sorte complètement à domicile jusqu’à 7 semaines de grossesse. Ainsi l’arrêté :

  • Prolonge le délai de recours à l’IVG médicamenteuse en ville de 5 semaines à 7 de grossesse (c’est à dire 9 semaines d’aménorrhée maximum) comme dans les établissements hospitaliers
  • Propose que les diverses consultations avec le médecin ou la sage-femme puissent avoir lieu par téléconsultation
  • Précise les modalités de retrait des médicaments qui se feront en pharmacie de ville

Principales difficultés en période de confinement, surtout pour les femmes désireuses de garder le secret sur leur avortement

Martine Leroy, membre du Planning Familial constate que leur ligne d’écoute a accusé une augmentation de 60% des appels depuis le début du confinement et que parmi ces appels 65% ont concerné l’IVG.
Elle précise : « Malgré les dispositifs exceptionnels pendant la crise sanitaire, certaines situations sont très difficiles. La téléconsultation peut être compliquée pour les femmes qui ont besoin d’un moment pour parler de leur décision d’avorter, loin de leurs enfants ou de leur mari, d’autant que la demande d’IVG ou de contraception est souvent un moment de révélation des violences conjugales. C’est aussi particulièrement angoissant pour les jeunes femmes mineures qui veulent garder le secret par rapport à leurs parents, doivent elles aussi pouvoir s’isoler pour parler, et également trouver un référent adulte pour les accompagner pendant les consultations ou téléconsultations. Il faut aussi penser aux femmes qui sont confinées seules, car une IVG médicamenteuse, suivant les femmes, entraine des douleurs plus ou moins intenses et des saignements plus ou moins importants pendant plusieurs jours. Ces femmes, et toutes celles qui se sentent plus à l’aise avec une IVG instrumentale (méthode par aspiration) en établissement de santé, doivent pouvoir recourir facilement à ce type de prise en charge, leur choix devant être respecté. N’oublions pas que l’IVG est un droit ; il est aussi un soin urgent. Il est donc légitime même en cette période de confinement. Malgré cela, on s’attend à des situations de grossesses tardives à la sortie du confinement, et des situations de femmes qui vont se retrouver hors des délais légaux français. »

Et après le confinement ?

Dans son point presse du 29 avril, le Planning Familial insiste notamment sur la pertinence de maintenir la possibilité et les délais de 9 semaines pour l’IVG médicamenteuse « à distance », de réduire le nombre de consultations avant l’IVG et de faciliter leurs démarches pour les femmes ayant dépasser le délai légal d’IVG en France et qui souhaitent aller avorter à l’étranger.

4 fiches du Ministère de la santé pour en savoir plus

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