Lorsque l’on est fatigué, la solution la plus évidente pour récupérer est de dormir.

Malheureusement, dans de nombreux cas et pour diverses raisons, le sommeil n’est pas forcément « réparateur », et certaines personnes n’arrivent parfois tout simplement pas à s’endormir.

Plusieurs causes peuvent expliquer un sommeil de qualité médiocre, ou des insomnies, comme le fait d’avoir des douleurs, de présenter une apnée du sommeil ou un syndrome de jambes sans repos, par exemple. Ces causes somatiques sont relativement simples à identifier, cependant certains troubles, notamment psychologiques, peuvent aussi perturber le sommeil et méritent alors une prise en charge thérapeutique adaptée. Par ailleurs, les causes somatiques et psychologiques peuvent s’entremêler et s’auto-entretenir. Dans tous les cas, il vaut toujours mieux trouver et travailler sur les causes pour éviter, réduire ou arrêter la prise de médicaments hypnotiques qui doivent toujours rester des traitements ponctuels et prescrits par un médecin.

Un défaut de récupération pendant le sommeil

« Lorsqu’une personne est épuisée mais qu’elle ne trouve pas son sommeil, on peut en conclure que sa fatigue n’est pas en relation avec une dette de sommeil. », explique le Pr Vespignani, neurologue et directeur médical des centres de sommeil Bioserenity. Pour autant, il souligne d’emblée que concernant la fatigue, il n’existe malheureusement aucun examen, aucun outil qui permette de déterminer si la fatigue est réelle et quel est son niveau. Seul l’interrogatoire du médecin permettra d’orienter le diagnostic pour trouver l’origine de cette fatigue.

L’une des origines à explorer pour la fatigue est celle qui concerne le défaut de récupération pendant le sommeil, et peut s’expliquer assez simplement parfois par des douleurs, de la fièvre, des difficultés respiratoires, etc. qui empêchent les patients de bien dormir.

Parmi les difficultés respiratoires, l’apnée du sommeil est un syndrome intéressant à examiner chez les patients qui se plaignent de fatigue chronique car ces apnées entrainent des micro-réveils pendant la nuit qui expliquent que les malades aient du mal à dormir suffisamment profondément et soient donc régulièrement, voire quotidiennement fatigués. Ce syndrome est relativement facile à diagnostiquer, surtout si l’entourage a remarqué des ronflements ou ces fameuses apnées de quelques secondes pendant le sommeil. Cela dit, il arrive que des malades souffrant d’apnées du sommeil ne ronflent pas et que les apnées soient peu perceptibles. Il faut aussi penser aux malades qui vivent seuls, ne se rendent pas compte qu’ils ronflent et ne penseront pas forcément à consulter pour une apnée du sommeil s’ils sont fatigués.

Le syndrome des jambes sans repos

Une autre cause assez courante indiquée par le Pr Vespignani, et qui entraine une perte de la capacité de récupération du sommeil, est le syndrome des jambes sans repos, communément appelé « impatiences » et plus scientifiquement « myoclonies périodiques du sommeil ». Les personnes qui en souffrent bougent leurs membres inférieurs, et parfois aussi leur bras durant la nuit. Ces mouvements entrainent des réveils souvent furtifs et multiples qui empêchent, comme dans le cas des apnées du sommeil, d’atteindre la phase de sommeil profond. Les médecins connaissent bien ce syndrome et le diagnostic est parfois évident quand les patients eux-mêmes décrivent par exemple que lorsqu’ils sont confortablement installés pour regarder la télévision, ils ressentent une gêne au niveau des jambes et le besoin irrépressible de bouger, de se lever. Ce n’est pas à proprement parler douloureux, mais extrêmement désagréable et cela peut donc aussi survenir la nuit pendant le sommeil. Les malades sont alors susceptibles de faire des mouvements involontaires. Ces mouvements sont parfois discrets et imperceptibles par l’entourage mais ils peuvent quand même empêcher l’établissement d’un sommeil récupérateur.

Quand le sommeil ne vient pas malgré la fatigue

« Ne pas dormir du tout durant plusieurs jours n’est pas tenable physiologiquement. Au bout de 3 nuits sans sommeil, le corps est sérieusement fragilisé et après une dizaine de jours, entre autres problèmes, le cœur faillit. Il existe une maladie génétique, l’insomnie familiale fatale, extrêmement rare et qui prive ceux qui en souffrent de sommeil. Comme son nom l’indique, son issue est fatale au bout de quelques mois. », poursuit le Pr Vespignani.

La difficulté à trouver le sommeil, c’est à dire l’insomnie, concerne 15 à 20% des Français et 9% relèvent de formes sévères (source INSERM). Les causes sont diverses. Sur le plan somatique, l’insomnie peut s’expliquer en cas de douleurs, du fait de divers symptômes associés à des maladies chroniques comme l’asthme ou l’insuffisance cardiaque par exemple, ou encore de perturbations du cycle circadien pour les maladies d’Alzheimer ou de Parkinson. Elle peut aussi être le signe d’une maladie psychiatrique, comme l’entrée dans la phase maniaque d’une personne bipolaire.

Le Pr Vespignani attire l’attention sur le fait que l’insomnie se chronicise vite et il précise : « On traite souvent mal l’insomnie dès le début, à savoir avec des médicaments qui, certes vont être satisfaisants pour le malade dans un premier temps, mais qui ne résoudront pas la cause. L’insomnie va d’autant plus se chroniciser si le traitement médicamenteux est reconduit. C’est ce que l’on appelle les insomnies de pharmacodépendance, c‘est à dire que c’est le médicament en tant que tel qui va pérenniser la maladie causale. ».

La dimension psychologique dans la survenue des troubles du sommeil

Une fois écartée la dette de sommeil et des causes somatiques, il est important d’explorer d’éventuelles origines psychologiques puisque, comme le rappelle l’article de l’INSERM sur l’insomnie : « Les personnes souffrant d’anxiété ou de dépression auraient 7 à 10 fois plus de risque de souffrir d’insomnie chronique que les autres. ».

Selon le Pr Vespignani, les dimensions physiques et psychologiques peuvent interagir l’une sur l’autre et le malade lui-même n’est pas toujours en capacité de reconnaître, entre ces deux dimensions, laquelle entraine l’autre. Trouver et traiter l’origine n’est alors pas évident mais le professeur milite pour que, dans tous les cas, un accompagnement psychologique soit mis en place. Un tel accompagnement semble évident lorsque le patient insomniaque traverse, ou a traversé, un événement existentiel difficile à surmonter, mais il est loin d’être suffisamment mis en place. « Même si l’on a identifié que la cause était principalement somatique, dans le cas d’une apnée du sommeil par exemple, envisager un suivi psychologique sera forcément bénéfique au malade pour qu’il comprenne et accepte mieux sa maladie et son traitement, soit moins anxieux et donc dorme enfin mieux. », insiste le Pr Vespignani.

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