Handicap invisible au travail : Faire valoir ses droits, une question de choix

Du 15 au 21 novembre 2021 se déroule la 25ème édition de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées. A cette occasion, nous avons voulu mettre en valeur une action d’aide à l’insertion professionnelle de jeunes en situation de handicap en Bretagne et nous sommes également intéressés à la question de faire ou non valoir ses droits en mentionnant un handicap invisible face à ses employeurs ou futurs employeurs.
Carole Saleres, Conseillère nationale Travail, Emploi, Formation et Ressources à la Direction développement associatif et politiques d’inclusion, chez APF France Handicap, a répondu à nos questions sur ce sujet. En parallèle, Marie a témoigné de la façon dont elle a fait valoir sa reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), alors qu’elle vivait avec un handicap invisible au moment où elle a fait ses premiers pas dans le monde du travail.

En France, quelles sont les dispositions prises pour aider à l’insertion et au maintien dans l’emploi, des personnes en situation de handicap ?

Carole Saleres : En France, il existe ce que l’on appelle « l’Obligation d’emploi des travailleurs handicapés » (OETH). A ce titre, toutes les entreprises sont tenues de déclarer leur effectif de bénéficiaires de cette obligation et les entreprises de plus de 20 salariés sont soumises au versement d’une contribution si elles n’atteignent pas 6% de travailleurs en situation de handicap. Pour information, on gravite autour de 3,5% de travailleurs bénéficiaires de l’OETH dans le secteur privé.

Les bénéficiaires de l’OETH sont, par exemple, les titulaires de la carte d’invalidité, de la pension d’invalidité, de l’allocation adulte handicapé, d’une rente suite à un accident du travail ou d’une maladie professionnelle (rente AT-MP), de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Par ailleurs, certaines aides et dispositifs d’aide à l’emploi sont uniquement ouverts aux personnes qui ont la RQTH. Il faut bien avouer que ce système est assez complexe, tant pour les bénéficiaires que pour les employeurs. Deux organismes référents sont en charge du développement de l’emploi des personnes handicapées, à savoir l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées) pour le secteur privé et le FIPHFP (Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique) pour la fonction publique. On peut également citer l’accompagnement assuré par le service public de l’emploi et plus spécifiquement le réseau des « Cap Emploi ».

Doit-on avertir son employeur ou futur employeur d’une situation de handicap ?

C.S : Il n’y a aucune obligation dans ce sens et certaines personnes qui ont un handicap invisible n’auront d’ailleurs pas envie de faire valoir leur droit à bénéficier de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés. Le médecin du travail sera également tenu au secret, sauf dans le cas où cela poserait des problèmes de sécurité. Les principales raisons pour lesquelles certaines personnes ne souhaitent pas dévoiler un handicap invisible dans le cadre du travail, sont, d’une part parce qu’elles-mêmes parfois ne se sentent pas en situation de handicap, notamment les personnes qui sont au début d’une maladie chronique évolutive, d’autre part car elles savent, et les chiffres le confirment, que le handicap ferme des portes, freine des carrières. En l’occurrence, les dernières données (octobre 2021) de l’Agefiph font état d’un taux de chômage en France de 8% tout public confondu, contre 14% pour les bénéficiaires de l’obligation d’emploi. En outre, les baromètres annuels du défenseur des droits font état chaque année d’importantes discriminations dans l’emploi, liées à une situation de handicap.

Malgré ces chiffres, la sensibilisation à l’inclusion des personnes en situation de handicap dans le monde du travail progresse et au sein des entreprises, on s’empare de plus en plus de ce sujet, notamment avec la mise en place des référents handicap. C’est pourquoi, dans la mesure que cela peut avoir un impact sur leur travail, chez APF France Handicap, nous recommandons aux personnes qui ont un handicap invisible de le signifier à leur employeur si leur situation de handicap peut avoir un impact sur la réalisation de leurs missions et de faire valoir leurs droits.

A tout moment, même si la personne ne l’a pas dit lors de son embauche ou d’une nouvelle prise de poste, une personne en situation de handicap, peut faire valoir ses droits si elle est éligible à l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés, et demander un certain nombre de conseils, d’aides, d’aménagements.

J’ajouterais que si une personne en recherche d’emploi ou déjà en poste est victime de discrimination du fait de son handicap, elle a la possibilité de saisir le délégué départemental du défenseur des droits. Les réseaux associatifs, comme celui d’APF France Handicap ou celui de la FNATH, peuvent aussi accompagner les personnes en situation de handicap victimes de discrimination au travail.

Voir les deux tutos réalisés par APF France Handicap pour sensibiliser au handicap invisible dans l'emploi 

Le témoignage de Marie, 27 ans, Hauts-de-France

J’ai eu une pathologie qui m’a obligée à avoir des traitements lourds durant un an et j’ai alors eu une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) entre mes 20 ans et mes 25 ans. Je ne l’ai pas renouvelée par la suite. Mon handicap était principalement dû à de la fatigue chronique et à la contrainte de nombreux rendez-vous médicaux. C’était donc un handicap invisible et lorsque j’ai recherché des emplois, que cela soit des jobs d’été lorsque j’étais étudiante ou mes premiers emplois à la fin de mes études, j’ai choisi de faire disparaître ma RQTH de mon CV. En effet, du fait que la plus grande partie de ma maladie et de mes traitements ont eu lieu durant mes études, pendant lesquelles j’ai bénéficié d’aménagements, je n’avais pas de « trou » dans mon CV à justifier auprès de futurs employeurs. Pour ce qui était des jobs étudiants, qui ont été de courte durée, je me disais que cela ne valait pas la peine de valoriser ma RQTH. Je ne l’ai fait qu’une seule fois, car j’avais travaillé pour quelqu’un de ma famille, qu’il était au courant, et que cela l’intéressait justement de le faire apparaître dans les chiffres de sa société. A nouveau, plus tard, lorsque j’ai cherché un emploi permanent, j’ai fait disparaître ma RQTH de mon CV. J’ai eu peur que l’on me voit trop comme une personne malade et donc diminuée et que cela me ferme des opportunités. Je n’avais pas envie de m’expliquer, de me justifier. Si à cette époque, le rythme de mes rendez-vous médicaux était tout à fait gérable et n’avait pas de retentissement particulier sur mon travail, la fatigue en revanche était toujours présente. J’ai donc préféré prendre sur moi et de ne pas demander d’aménagement. Ainsi, comme je donne une valeur très forte au travail, je sacrifie parfois ma vie personnelle, comme les sorties entre amis, pour dormir davantage et être certaine d’être en forme à mon travail. Cela dit, à l’occasion de la signature d’un contrat pour un emploi dans la fonction territoriale, alors que je savais que je commençais la semaine suivante, j’ai fait part de ma RQTH aux ressources humaines car je pensais qu’ils pourraient la valoriser. Lorsque je l’ai fait, je savais que le service des ressources humaines et mes supérieurs directs étaient très peu en contact et que mes collaborateurs ne sauraient rien de ma RQTH. Je n’aimerais pas que des collègues me voient comme étant différente, faible, avec des aménagements de travail particuliers. Je sais que je peux supporter une charge de travail et je vais faire en sorte de la gérer.

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