Journée mondiale des Toilettes !

Ce jeudi 19 novembre 2020, c’était la journée mondiale des Toilettes ! On a tous une amusante anecdote de voyage ou de soirées mémorables, où il est question, à un moment, de réussir à trouver des toilettes… Malheureusement, pour un grand nombre de personnes, vivant avec des maladies digestives, en situation de handicap ou à la rue, le sujet des toilettes n’est pas une anecdote. Il touche à leur dignité et à leur santé au quotidien.
Saleté, vétusté, dysfonctionnement, manque d’intimité, d’accessibilité, dès l’école primaire, le tabou autour des toilettes s’installe puisque selon l’étude « Toilettes à l′école : les enfants au bout du rouleau » (2018 – Ifop / Essity), 66 % des enfants affirment faire leurs besoins avant ou après l’école !
Alors selon vous, cette journée mondiale des toilettes, est-elle utile ? Risible ? Pour les associations que nous avons interrogées sur le sujet, elle représente, ni plus, ni moins, un véritable enjeu de santé publique.

 

L’AFA Crohn RCH France engagée pour la journée mondiale des Toilettes depuis de nombreuses années !

Dès 2009 et leurs premiers états généraux, l’association AFA Crohn RCH France, qui représente et défend les personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), avait classé le sujet des toilettes parmi les 10 plus importants à traiter et s’engageait à en faire une priorité de santé publique. Pour cette nouvelle journée mondiale des Toilettes 2020, elle a même lancé une pétition « Urgence Toilettes ».
Pour mieux appréhender le quotidien des 250 000 personnes atteintes de MICI, il faut comprendre que ces maladies évoluent par crises et que dans leurs phases aigües, la maladie peut entrainer des diarrhées nombreuses et impérieuses. Il faut alors pouvoir trouver des toilettes en moins de 5 minutes. Ainsi les malades apprennent-ils à repérer les toilettes disponibles pour chacun de leurs trajets mais certains préfèrent rester chez eux, plutôt que de risquer un « accident », et se privent de sorties ou de voyages.
Les transports en commun tout particulièrement sont très peu équipés, comme en atteste le défaut d’installation dans les RER par exemple. « Il faut donc que les malades connaissent bien les emplacements des toilettes et leur disponibilité en gare, et qu’ils prennent toujours un ou deux trains d’avance pour être sûrs d’arriver à l’heure au travail ou à leurs rendez-vous divers, au cas où ils auraient à s’arrêter en chemin ! » déplore Alain Olympie, directeur de l’AFA Crohn RCH. Bien loin de prêcher uniquement pour sa paroisse, il rappelle que plus de 10 millions de personnes ont des problèmes digestifs en France.
L’AFA Crohn RCF milite également beaucoup auprès des collectivités pour augmenter le nombre de toilettes dans l’espace public. Ces dernières années, l’association en a fait rouvrir à Montpellier, Pau et Marseille mais elle continue d’interpeller l’association des maires de France pour les sensibiliser au problème. « L’installation et l’entretien de toilettes publiques peut s’avérer très chers pour des petites communes mais l’on observe qu’elles participent à la la dynamisation des centres villes. En outre, si l’investissement s’avère inenvisageable, il est toujours possible de faire en sorte que les mairies passent des conventions avec des restaurants ou des cafés de la commune pour que ceux-ci ouvrent leurs toilettes, sans obligation de consommer. En contrepartie, les mairies peuvent proposer un dédommagement, sous la forme d’une déduction fiscale ou de l’agrandissement des droits de terrasse. », explique le directeur de l’AFA Crohn RCH.
En attendant, l’association a depuis longtemps développé une application qui référence les toilettes accueillant volontiers les détenteurs de la carte « Urgence Toilettes ». Cette année, un partenariat a même été signé entre l’AFA Crohn RCH et l’application « Où sont les toilettes », qui est la référence mondiale et gratuite en matière de localisation des toilettes.

 

APF France Handicap s’empare du sujet et prépare son plaidoyer pour la journée mondiale des Toilettes 2021 !

Interpellée par les initiatives de l’AFA Crohn RCH, APF France Handicap compte bien désormais faire entendre la voix de ses adhérents sur ce sujet lors de la prochaine journée mondiale des Toilettes.
Tout comme les malades de l’AFA Crohn RCH, de nombreuses personnes en situation de handicap ont des troubles et/ou une hyperactivité des fonctions urinaires et digestives. Certaines portent des poches de stomie ou des protections qui nécessitent d’être vidées ou changées régulièrement. Si cela n’est pas fait à temps, et dans des conditions d’hygiène décentes, en dehors de l’inconfort évident, cela peut entrainer des mycoses et des infections.
En plus des tracas communs partagés par les patients souffrant de MICI, les personnes en situation de handicap ont également bien entendu besoin de pouvoir trouver des toilettes accessibles et adaptées. Des normes existent mais beaucoup d’établissements, du fait de l’ancienneté de leur construction, bénéficient de dérogations. En outre, même quand les normes sont respectées, la praticité pour les personnes en situation de handicap n’est pas toujours au rendez-vous. Aude Bourden, Conseillère nationale santé et médico-social chez APF France Handicap a interrogé ses adhérents afin qu’ils puissent faire des retours sur leur constat au quotidien, qui est sans appel…

  • Nombreuses installations en panne, matériel cassé
  • Insalubrité
  • Problème pour trouver la personne qui détient la clé des toilettes adaptées
  • Manque de réflexion sur le cheminement jusqu’aux toilettes, même si celles-ci sont adaptées et aux normes
  • Barre d’appui ou papier toilettes placés loin de la cuvette
  • Cuvette inadaptée sur les toilettes suspendues
  • Manque de place pour accueillir un accompagnant
  • Difficulté de circulation si les toilettes, bien qu’adaptées, sont placées dans un coin ou contre un mur
  • Ouverture éventuelle des toilettes avec un digicode, difficile à manipuler pour des personnes ayant des troubles de la motricité fine
  • Manque d’espaces disponibles pour changer des enfants, au-delà de 3-4 ans, qui sont en situation de handicap
  • Très peu de toilettes dans les transports en commun et quasiment jamais de toilettes adaptées
  • Etc.

« Un adhérent m’a fait remarquer que sur le site de la SNCF, on indiquait s’il y avait ou non un piano dans la gare, en revanche, il n’y a aucune information fiable et utile sur les toilettes ! », regrette Aude Bourden. Elle poursuit : « Beaucoup de personnes renoncent à sortir de chez elles par peur de ne pas trouver de toilettes et certaines utilisent des protections quand elles sortent, alors qu’ils n’en ont pas besoin chez elles. D’autres emportent avec eux un urinal, mais encore faut-il trouver un endroit suffisamment intime pour pouvoir l’utiliser. La plupart des usagers sont obligés de faire des repérages des lieux où ils se rendent et des trajets qu’ils empruntent. Accéder aux toilettes n’est pas un luxe, cela devrait être un droit. C’est constitutif de la liberté d’aller et venir. ».

 

Les Petits frères des Pauvres aux côtés de personnes vivant dans des conditions insalubres ou dans la rue

Rendez-vous dans le 18ème arrondissement à la rencontre de Valérie Di Pizio, cheffe de service au sein d’un espace d’accueil des Petits frères des Pauvres, œuvrant à la mise à l’abri puis à l’accompagnement de grands précaires. Parallèlement, à cette activité d’accompagnement, l’équipe a ouvert un lieu d’accueil et d’animation pour recevoir leurs voisins du quartier, logés ou vivant dans la rue, de plus de 50 ans, isolées et avec des faibles ressources. Dans ce lieu sont également installés deux grandes douches à l’italienne, des toilettes ainsi qu’un lave-linge et un sèche-linge. « Il faut bien comprendre que les logements, où les personnes que nous accompagnons vivent, ont malheureusement souvent un confort minimum avec des sanitaires difficilement accessibles, pas toujours très propres et où l’eau chaude peut manquer. », commente Valérie Di Pizio.
Pour elle, il est essentiel que les personnes qui vivent dans la rue, ou qui viennent d’en sortir, puissent se réapproprier leur corps et de créer pour eux des conditions agréables pour le faire. « Stigmatisés, mis à l’écart, invisibles pour la société, les personnes que nous recevons sont pour la plupart des personnes qui en viennent à s’oublier elles-mêmes. Ici, elles peuvent venir librement, sans question, surveillance, ni jugement, pour aller aux toilettes, prendre une douche ou nettoyer leur linge. Elles peuvent également partager un café avec nous ou participer à une activité, si elles le désirent. Il s’agit avant tout d’un accueil fraternel et bienveillant. », explique la cheffe de service.
Pour elle, c’est un processus global qui propose de recréer du lien social. Un accès à des sanitaires agréables est une étape importante de renarcissisation, à travers laquelle on rend aux personnes leur dignité, on préserve leur intimité. « Une chose aussi naturelle, essentielle que d’aller aux toilettes est devenue pour les personnes que nous accompagnons, un sujet de déshumanisation. Il faut bien comprendre qu’elles ont perdu confiance dans la société, qu’elles n’osent plus rien demander. Heureusement, de plus en plus de maraudes et d’espaces d’accueil, comme le nôtre, sont soutenus par la mairie de Paris, tout particulièrement dans le 18ème qui souffre beaucoup de grande précarité. J’en profite d’ailleurs pour faire passer un message : on a toujours et encore besoin de bénévoles ! », conclut Valérie Di Pizio.

 

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