Sortir de l’obésité sans faire de régime

Cela peut sembler contradictoire, mais pour sortir du surpoids ou de l’obésité, les régimes ne sont pas la bonne solution. Pour Nicolas Veyrie, chirurgien digestif et bariatrique à Paris, c’est une évidence, tout comme il semble essentiel de faire enfin reconnaître l’obésité en France comme une maladie chronique à l’instar de nombreux autres pays. En effet, l’obésité nécessite une prise en charge pluridisciplinaire, comme c’est le cas pour le diabète par exemple, mais sûrement pas de régimes à répétition qui, s’ils peuvent s’avérer efficaces sur un certain laps de temps, dérèglent en réalité l’organisme ? Ce dernier se met en situation de « survie » et, à la première occasion, il récupère le poids perdu, avec systématiquement une reprise pondérale plus importante.
Est-ce possible cependant de stabiliser, voire de perdre du poids sans se priver, sans frustration, et finalement de sortir de l’obésité sans faire un régime ? C’est en tout cas l’un des buts recherchés et la raison pour laquelle il est important de consulter des thérapeutes spécifiquement formés à la prise en charge du surpoids et de l’obésité, sans attendre d’en être à un stade avancé.

 

INTERVIEW DE NICOLAS VEYRIE, CHIRURGIEN DIGESTIF ET BARIATRIQUE

66 Millions d’Impatients : Pourquoi et qui consulter pour sortir du surpoids ou de l’obésité ?

Nicolas Veyrie : En France, on peine à reconnaître que l’obésité est une maladie et qu’elle mérite une prise en charge médicale au même titre que les maladies cardiovasculaires ou le diabète, par exemple. On est dans une vision auto-culpabilisante qui empêche finalement les malades d’aller tout simplement se faire soigner par des professionnels. Ils privilégient la plupart du temps des régimes alimentaires « maison » restrictifs, inadaptés, qui dérèglent leur métabolisme et sont finalement contre-productifs, voire délétères.
Quand on a un cancer ou un diabète, on ne rentre pas chez soi et se disant qu’on va s’en sortir tout seul ! Pourquoi n’est-ce pas une évidence qu’il faille faire de même quand on souffre d’obésité ? Le résultat est qu’au lieu de prendre en charge des patients précocement, ces derniers attendent souvent d’être « en bout de course », désespérés, voire à des stades très avancés dans l’obésité.
On peut, en premier lieu, parler de ses problèmes de poids à son médecin traitant, mais ces derniers n’étant souvent pas spécifiquement formés à la prise en charge du surpoids et de l’obésité, il vaut mieux lui demander d’être orienté vers des structures spécialisées qui travailleront en lien avec ce médecin. Les équipes spécialisées dans le surpoids et l’obésité sont, la plupart du temps, pluridisciplinaires, et permettent de consulter, selon ses besoins, un chirurgien bariatrique, un médecin nutritionniste et endocrinologue, un.e diététicien.ne, un.e psychologue, etc.
Malheureusement en France, hormis dans les structures hospitalières, les diététiciens et psychologues, pourtant indispensables dans le parcours de soin de l’obésité et obligatoires dans le cadre d’une prise en charge chirurgicale de la maladie, ne sont pas remboursés par l’Assurance Maladie. Il est temps de donner de vrais moyens aux équipes soignantes.

Comment expliquez-vous que l’on peut sortir de l’obésité sans faire de régime ?

Cela semble contre-intuitif, mais il faut tout d’abord comprendre que le corps est programmé pour survivre en cas de restriction alimentaire ou modification trop brutale de sa balance énergétique. Cela fait une petite décennie que l’on commence à comprendre la physiopathologie de l’obésité. D’un individu à un autre, cette capacité à stocker est plus ou moins marquée, expliquant en partie, que nous ne soyons pas égaux face à la prise de poids.
Le corps va tout d’abord émettre des signaux d’alerte pour nous prévenir du danger du manque d’apports énergétiques, tels que la faim et la frustration. Il va également sur-réagir via des mécanismes de défense, si on le met au « régime », c’est à dire qu’on le prive des apports énergétiques habituels, souvent en augmentant ses dépenses énergétiques, en pratiquant notamment plus d’activité physique. En réaction, l’organisme, va alors abaisser son métabolisme de base. Expliquons cela avec l’exemple d’une femme adulte dont la consommation énergétique moyenne de base, de nos jours, est d’environ 1600 à 1800 kilocalories par jour pour être à l’équilibre par rapport à ses dépenses énergétiques. Si d’un seul coup cette balance énergétique est perturbée, le corps va abaisser son métabolisme de base, disons à 900 kilocalories. Au début, on perd donc rapidement du poids, principalement du muscle et de l’eau et peu de masse grasse. Cependant, lorsque l’on reprend au mieux une alimentation normale et au pire que l’on rattrape les jours ou semaines de frustration en mangeant plus qu’avant son régime, du fait que le métabolisme de base reste alors bloqué à 900 kilocalories, on reprend forcément plus de poids qu’avant le fameux régime. Pire, si vous baissez vos apports énergétiques, le cerveau lui, enregistre les calories non consommées qu’il considère comme dues. Il peut éventuellement faire « crédit » pendant quelques semaines ou quelques mois, mais peu à peu, il finira par récupérer son dû. Des études montrent, que même inconsciemment, des personnes qui ont fait un régime, ont tendance à manger plus, tant en quantité qu’en qualité, lorsqu’ils arrêtent leur régime.
Finalement, le corps s’est senti agressé et, en vue d’une prochaine agression, il va progressivement développer des niveaux d’alerte plus affinés et plus précoces. Tous les mécanismes de défense pour bloquer la perte de poids, puis reprendre ce poids perdu vont se durcir au fur et à mesure que l’on fait des régimes à répétition, ne faisant qu’accélérer le mouvement vers l’obésité. C’est un concept très difficile à expliquer aux personnes qui ont des problèmes de poids, mais les régimes non médicalisés sont à condamner.

Comment soigne-t-on alors l’obésité sans faire de régime ?

Les gens confondent le fait de prendre en charge cette maladie qu’est l’obésité et ses complications, et le fait de stabiliser son poids ou d’en perdre. L’idée n’est pas de se fixer sur une perte de poids immédiate mais sur l’amélioration de la qualité de vie des patients.
D’ailleurs, dans les centres antidouleur ou de soins palliatifs, on ne guérit pas forcément la maladie des patients, on cherche principalement à améliorer leur qualité de vie. C’est finalement le principal objectif auquel on doit tendre lors de la prise en charge d’un patient obèse. Soigner l’obésité n’est pas soigner un chiffre sur une balance ! Il n’y a d’ailleurs pas de poids idéal. Celui-ci est déterminé génétiquement, au même titre que notre taille et en fonction de son sexe, son âge, sa masse musculaire, mais aussi des codes esthétiques des sociétés dans lesquelles évolue le patient et encore une fois de la notion propre et individuelle de qualité de vie.
Ajoutons que pour une personne obèse, des gestes aussi simples que marcher, monter des escaliers, ou se laver sont parfois presque impossibles. En outre, les répercussions sur la vie sociale, amoureuse et intime peuvent être dramatiques pour certains.
La prise en charge de l’obésité consiste donc, dans un premier temps, à stabiliser le poids des patients, plus que d’en perdre, de sortir du cercle vicieux de la perte/reprise de poids systématique. Bien évidemment il s’agira également de prendre en charge les éventuelles et malheureusement courantes maladies associées à l’obésité, comme le diabète, l’hypertension artérielle, l’apnée du sommeil, les problèmes hépatiques ou articulaires etc.
Par ailleurs, il est fondamental de souligner que plusieurs types et stades d’obésité existent, se différenciant essentiellement sur la présence ou non de comorbidités associées, et de leur capacité à plus ou moins « résister » aux diverses prises en charge.
Par exemple, dans l’obésité morbide, il est primordial de comprendre que l’obésité « résiste, s’enkyste, et s’autonomise », expliquant les échecs en masse de tous types de régimes. Pour ce type de patient, la chirurgie, elle seule actuellement, est assez puissante pour permettre de changer de catégorie de poids et surtout se mettre à l’abri de l’évolution de ces obésités difficiles à prendre en charge. La chirurgie n’est pas le seul traitement de l’obésité, mais un des traitements utilisés dans la prise en charge de l’obésité morbide.

Même sans régime, une perte de poids peut avoir lieu ?

En dehors des patients souffrant d’obésité morbide dont la perte de poids est extrêmement difficile sans « aide », essentiellement chirurgicale, et avec une prise en charge adaptée et bienveillante, on peut heureusement, bien sûr, perdre du poids sans AUCUN régime. Cela prend du temps et s’avère souvent compliqué car la prise en charge de cette maladie fait appel à de nombreux paramètres (psychologiques, endocriniens, hormonaux, comportementaux, etc.), différents d’un patient à l’autre, et fluctuants dans le temps.
Le premier objectif est de stabiliser le poids, de stopper la prise de poids régulière. Pour y parvenir, il faut savoir prendre en compte les périodes de vie où l’on traverse des phases difficiles dans sa vie personnelle et/ou professionnelle car la part psychologique dans le rapport à la nourriture n’est pas à négliger. Elle doit être conscientisée et nécessite d’être soignée via cette approche médicale globale de la maladie.
Le deuxième objectif est de lutter contre la frustration qui n’est pas gérable sur toute une vie. C’est toxique de penser que tout est basé sur la volonté, de s’imposer des challenges inadaptés, pour perdre du poids, puisque des réactions métaboliques sont aussi en jeu. C’est presque comme si on voulait s’imposer d’arrêter de respirer : c’est impossible. Peu à peu on culpabilise, on perd confiance en soi. De la même façon, s’il est important d’avoir une activité physique quotidienne et non forcément sportive, il n’est pas question de courir un marathon. Il peut suffire de marcher, monter les escaliers tous les jours, en fractionnant les efforts si besoin, en se fixant surtout des objectifs réalisables sur le long terme.
Peu à peu, il est plus question de changer son alimentation sans frustration, en retrouvant du plaisir au goût, aux textures et surtout de remplacer la quantité par la qualité. On peut finalement manger de tout. Le principe est essentiellement d’avoir conscience de ce que l’on mange, du goût des aliments, de ce qu’ils nous apportent sur le plan nutritionnel et de la réelle sensation de faim. Enfin pour certains patients, il est souvent important de réintroduire la notion de convivialité autour des repas.
Tout cela prend du temps à faire son chemin, mais peu à peu, la stabilisation, voire la perte de poids s’enclenchent durablement.

 

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