Personnes souffrant de surpoids ou d’obésité face à la Covid-19

Dès le début de l’épidémie de coronavirus, le corps médical a remarqué que les personnes en surpoids ou qui souffrent d’obésité, étaient plus à risque de développer des formes graves de la maladie. « On a rapidement pu observer qu’une majorité des patients admis en réanimation et atteints par la Covid-19, étaient en surpoids ou obèses et souffraient de maladies chroniques, notamment de diabète, d’hypertension ou de maladies cardio-vasculaires. Il semblerait que ces patients aient des troubles métaboliques qui modifient leur immunité et aggraveraient les symptômes liés à la Covid-19. Il n’est pas rare que les patients traités en réanimation aient d’ailleurs une charge virale inexistante. À ce stade, les lourdes complications subies par ces patients reposeraient davantage sur un emballement de leur système immunitaire que l’on appelle l’orage cytokinique. », explique le docteur Jean-Pierre Thierry, médecin en santé publique. Alors pourquoi les personnes obèses, plus particulièrement, souffrent-elles de cette complication de la Covid-19 ? Le docteur Nicolas Veyrie nous donne plus de détails dans l’interview ci-dessous.

Pour Anne-Sophie Joly, présidente du CNAO (Collectif national des associations d’obèses), la condition des personnes obèses face à la Covid-19 est très difficile à gérer. Pleine de contradictions, cette situation est finalement le reflet des difficultés que vivent les personnes en surpoids ou obèses par rapport à la stigmatisation systématique dont ils sont victimes. Physiologiquement, les personnes en surpoids et obèses sont statistiquement plus nombreux à développer des formes graves de la Covid-19. Pour autant, le repli sur soi, parfois cloîtré à son domicile par peur d’être exposé à la maladie, est certainement plus délétère pour leur santé psychique et physique. Malheureusement, d’après Anne-Sophie Joly qui recueillent depuis plusieurs mois les observations des médecins psychiatres face à la Covid-19, ces comportements d’isolement sont plus courants chez les personnes obèses que dans la population générale, de même qu’il y a, parmi cette population, une augmentation des tentatives de suicide.

D’un point de vue législatif, depuis la parution d’un décret datant de fin août 2020, les certificats d’isolement ne concernent plus les personnes obèses, qu’à la condition qu’elles aient plus de 65 ans et souffrent également de diabète ou de complications micro ou macrovasculaires. Pourtant au début de la crise sanitaire, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a lui-même classé les cas d’obésité avec un indice de masse corporel (IMC) supérieur à 30, parmi les publics à risque de forme grave de la covid-19 (voir son avis). Désormais, pour les personnes en situation d’obésité, le HCSP ne préconise plus que des mesures renforcées de protection en cas de reprise du travail et si possible la mise en place du télétravail (voir son avis). Cependant, pour Anne-Sophie Joly, c’est faire fi de la difficulté des personnes obèses à trouver du travail et donc d’oser demander, lorsqu’elles en ont un, que l’on prenne en compte leur fragilité face au virus. Le risque, c’est également que le résultat de cette crise sanitaire soit que les employeurs hésitent encore davantage à embaucher des personnes en surpoids ou obèses puisqu’ils se disent désormais que ces employés ont une santé plus fragile et qu’il faut adapter leur condition de travail dans un contexte comme celui lié à la Covid-19. Anne-Sophie Joly précise : « La situation est réellement complexe. Il faut protéger les personnes fragiles, sans leur faire peur, ni les isoler, ou les stigmatiser. Pour y parvenir, je crois qu’il serait vraiment temps que les avis et les décisions, dont celles émises par exemple par le conseil scientifique, se fassent enfin en concertation avec les associations de patients. ». Anne-Sophie Joly, qui milite bien sûr pour que le collectif qu’elle préside soit reconnu d’utilité publique, ajoute : « Il est également urgent de reconnaître la « Maladie Obésité » qui serait plus impactant dans la tête de tous, population, employeurs, médecins, État, et permettrait enfin de mettre en œuvre une véritable prise en charge de la pathologie. À ce sujet, les associations de patients concernées par l’obésité comptent beaucoup sur l’écriture la feuille de route Obésité et sur le PNNS 4. Enfin, la prévention, aujourd’hui quasiment inexistante, est un enjeu capital. Si elle était effective et efficace, nous n’aurions peut-être pas à déplorer tant de décès causés par la Covid-19. ».

 

INTERVIEW DU DOCTEUR NICOLAS VEYRIE, CHIRURGIEN DIGESTIF ET BARIATRIQUE

66 Millions d’Impatients : Depuis le début de l’épidémie, on observe que les personnes en surpoids ou souffrant d’obésité sont plus à risque face à la Covid-19. Que cela signifie-t-il exactement ?

Docteur Veyrie : Très rapidement après le début de l’épidémie, on a compris que les personnes en situation d’obésité risquaient plus que les autres de développer des formes graves de la maladie, nécessitant plus souvent une hospitalisation et de la réanimation avancée.
Alors qu’en Chine, durant les quelques semaines qui avaient précédé l’épidémie en France, on avait noté que les plus touchées étaient les personnes âgées, quand le virus s’est propagé dans l’hexagone, il a été rapidement remarqué qu’il y avait des cas graves parmi des publics de moins de 65 ans, principalement des hommes, et souffrant d’obésité et/ou des comorbidités associées à celle-ci. L’Indice de Masse Corporelle (IMC) moyen des personnes obèses qui ont eu besoin de réanimation dans le cadre de la COVID-19 se situait entre 32 et 34, ce qui correspond à des formes d’obésité qui ne sont pas forcément toujours avancées. On a également observé que plus l’obésité était importante chez les patients hospitalisés pour la COVID-19, et plus le risque de mortalité augmentait.
Si l’on sait actuellement que l’obésité est un facteur de risque de développer des formes graves de la Covid-19, en revanche, même si les personnes souffrant de surpoids ou d’obésité apparaissent être plus à risque d’être infectées par le virus, il n’y a pas encore de certitudes sur ce point.

Comment explique-t-on cette fragilité des personnes souffrant de surpoids ou d’obésité face à la Covid-19 ?

La physiopathologie qui explique la fragilité des personnes en situation de surpoids ou d’obésité face à la Covid-19 n’est pas encore parfaitement comprise. Deux grandes causes semblent se dessiner. La première est liée aux maladies thromboemboliques, puisqu’il y a eu, parmi les patients décédés, de nombreux cas d’embolies pulmonaires (un caillot de sang qui obstrue les vaisseaux au niveau des poumons). Or on sait que l’obésité est, en elle-même, un facteur de risque de maladies thromboemboliques.
La deuxième cause serait liée à ce que l’on appelle « l’orage cytokinique », dont on a souvent parlé dans le cadre des complications à la Covid-19. Il s’agirait d’un emballement du système immunitaire et de la réponse inflammatoire du malade, secondaire à l’agression virale. Or l’obésité provoque déjà, en soi, un état d’inflammation chronique systémique. En effet, dans le tissu adipeux, c’est à dire dans la masse grasse, entre les adipocytes (cellules de la graisse), il y a beaucoup de cellules immunitaires, qui sont des globules blancs. Par conséquent, chez des personnes qui ont une masse grasse importante, l’ensemble de ces cellules produit et libère un certain nombre ce que l’on appelle des cytokines, qui sont des protéines synthétisées à la suite d’une agression de l’organisme. Cela fait de ce tissu adipeux, la première glande productrice de l’organisme devant le foie. Chez les personnes obèses, la production de ces cytokines est si abondante, qu’elle entraine un terrain inflammatoire chronique, qui prédisposerait à l’orage cytokinique observé dans les cas graves de COVID-19. Celui-ci serait donc en réalité une réponse immunitaire inadaptée, un emballement de la production de cytokines, devenant toxique, voire fatal pour l’organisme. Ces explications restent cependant des hypothèses à affiner au stade des connaissances que nous avons actuellement par rapport à la Covid-19.

Rester confiné est-elle la solution pour les personnes en surpoids ou en situation d’obésité face à Covid-19 ?

En soi, les personnes obèses sont effectivement plus à risque de développer des formes graves de la maladie et c’est pourquoi elles doivent d’autant plus rester attentives. Pour autant, ce n’est pas parce que l’on souffre d’obésité que l’on va forcément être hospitalisé en cas d’infection par le coronavirus. Il n’est donc pas question que les personnes obèses ne sortent plus de chez elles, s’isolent ou vivent dans la peur. Au contraire, le manque d’activité physique, la rupture dans leur suivi médical ou la perte d’une vie sociale seraient sincèrement bien plus préjudiciables pour leur santé. Il n’est pas souhaitable de se focaliser sur la Covid-19 au détriment de tous les autres problèmes de santé, d’autant que les personnes souffrant d’obésité ont malheureusement souvent des troubles cardiovasculaires, de l’hypertension du diabète et sont plus sujettes aux cancers colorectaux ou gynécologiques.
Je rappelle que l’obésité touche plus de 600 millions de personnes dans le monde et est, à elle seule, une véritable pandémie qui continue de s’accroitre et qu’il est au moins aussi urgent d’endiguer que la Covid-19. D’ailleurs si l’on regarde le nombre de décès dus à la Covid-19, ce sont bien les pays occidentaux avec une population vieillissante et/ou un fort taux d’obésité, qui sont les plus touchés.
Il est enfin temps de reconnaitre, prévenir et prendre en charge médicalement la maladie obésité comme n’importe quelle autre maladie chronique. La crise sanitaire liée à la Covid-19 a mis en exergue combien cela s’avère urgent.

 

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