Formes de Covid persistantes : Quand les patients ne guérissent pas vraiment

Ainsi que nous l’avons vu dans notre article sur le stress post-traumatique après une réanimation pour Covid-19, les patients hospitalisés et sévèrement touchés par la maladie mettent beaucoup de temps à s’en remettre sur le plan physique et psychologique. Mais ce qui est troublant avec la Covid-19, c’est que 10 à 15% des patients qui ont fait des formes peu sévères de la maladie et n’ont pas nécessité d’hospitalisation, souffrent de formes persistantes avec des symptômes qui perdurent pendant plusieurs mois, et peuvent même en voir apparaître de nouveaux au fur et à mesure.
Si l’on connaît de mieux en mieux la phase aiguë de la Covid-19, cette phase post-Covid reste sujette aux observations de la part du corps médical qui ne parvient pas encore à expliquer la persistance de ces symptômes et ne peut pas encore se prononcer sur une éventuelle évolution chronique de la maladie.
Faisons le point avec le Professeur Tattevin, infectiologue au CHU de Rennes et Président de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française. Il déclare : « Nous devons bien entendu nous occuper et être à l’écoute des patients qui souffrent de formes de Covid persistantes, car elles existent. Cependant j’encourage à rester positif, car dans la très grande majorité des cas, c’est à dire 85 à 90%, la Covid-19 guérit d’elle-même en quelques semaines. »

66 Millions d’Impatients : Quels sont les symptômes décrits dans les formes de Covid persistantes ?

Pr Tattevin : Au premier plan, le symptôme le plus souvent rapporté par les patients est la fatigue. Des personnes qui étaient vraiment très dynamiques ont du mal à reprendre des activités parfois minimes. Les troubles respiratoires, sous la forme d’essoufflement ou de sensation d’oppression thoracique, représentent le deuxième grand groupe de symptômes. De façon plus secondaire, on rapporte également des problèmes dermatologiques et des douleurs diffuses. Les patients parlent aussi du temps assez long pour recouvrer le goût et l’odorat, pour ceux qui les ont perdus.
Ce qui est étonnant également, c’est que certains symptômes peuvent apparaître plusieurs semaines après le début de la maladie. La sensation d’oppression thoracique notamment n’est pas particulièrement un symptôme de la phase aigue des patients non sévères, mais ce symptôme peut avoir tendance à apparaître plus tard chez les patients qui présentent des formes persistantes de la maladie. Ce qui est troublant, c’est que lors d’examens cliniques de ces patients, il n’y a aucun signe particulier qui expliquerait ces symptômes.
Il n’est pas exclu que certains symptômes soient liés à l’angoisse qu’ont pu ressentir certains patients face à cette maladie ou au confinement, comme une réponse psychosomatique. La persistance des symptômes chez des patients déjà anxieux pourrait aggraver encore leur angoisse et parfois se répercuter sur leur état de santé général.

Ces formes de Covid persistantes peuvent-elles être dues à une deuxième infection des malades par la Covid-19 ?

Il y a peu de raison de penser que cette persistance des symptômes serait la conséquence d’une réinfection des malades par la Covid-19. D’une part, car une fois que l’on a attrapé ce type de virus, s’il réagit comme les virus respiratoires que l’on connaît déjà, on a toutes les chances de croire que l’on est ensuite « immunisé » pendant au moins quelques mois. D’autre part, dans plus de 90% des cas, les patients aux symptômes persistants à qui l’on a fait de nouveaux tests virologiques (PCR) 30 à 45 jours après le début des symptômes, se sont avérés négatifs. Actuellement, les hypothèses ne vont donc pas dans le sens, ni d’une réinfection, ni de la persistance du virus dans l’organisme. Le virus a bel et bien disparu de l’organisme. Seuls les symptômes persistent et peuvent parfois se manifester par phases, comme des rechutes. Dans ce sens, la Covid-19 se rapprochent de maladies virales connues mais qui ne sont pas respiratoires. La mononucléose serait un bon exemple de maladie à comparer à la Covid-19. On sait dans le cas de la mononucléose que les patients peuvent demeurer fatigués durant plusieurs mois après avoir été infectés.

Est-ce que ces formes persistantes pourraient être le signe d’une maladie post-virale qui s’installerait et pourrait devenir chronique, comme un syndrome de fatigue chronique ?

C’est un peu tôt pour le dire, mais il semblerait que cela ne soit pas le cas. Pour l’instant, dans l’ensemble, on constate que les patients finissent par récupérer après 2 ou 3 mois de symptômes persistants. Cela dit, on s’apercevra peut-être dans 1 ou 2 ans, que certains malades présentent des symptômes qui se chronicisent. Le syndrome de fatigue chronique est malheureusement un syndrome que l’on connaît mal encore. Il est difficile d’identifier des formes post-virales de fatigue chronique et pour l’instant, il est trop tôt pour dire si ces formes de Covid persistantes pourraient évoluer vers un tel syndrome.

Combien de temps faut-il pour établir un tableau des connaissances d’une maladie émergente comme la Covid-19 ?

Cela dépend moins du temps d’étude de la maladie que du nombre de patients qu’elle a touché. Or dans le cas de la Covid-19, nous avons un grand nombre de patients infectés. De très nombreuses études de qualité, dans beaucoup de pays différents ont été mises en œuvre. A priori, nous connaissons désormais bien la forme aiguë de la maladie. Dans 3 à 6 mois, nous aurons de bonnes connaissances sur les séquelles, la convalescence et cette fameuse persistance des symptômes. Cela dit, comme on a pu le constater, surtout au début de la maladie, on fait des découvertes quasiment quotidiennes. Il faut donc rester prudent concernant les hypothèses établies sur la Covid-19.

Qui aller voir quand on pense souffrir de formes de Covid persistantes ?

Dans la mesure où il n’y a malheureusement pas de traitement pour la Covid-19, le médecin généraliste reste le médecin de premier recours à aller consulter. Il pourra prescrire des traitements pour soulager ces symptômes, comme du paracétamol pour apaiser d’éventuelles douleurs par exemple. Il faudra d’ailleurs en premier lieu que le médecin s’assure que de telles douleurs sont bien la conséquence d’une persistance des symptômes post-Covid et non de l’apparition d’une autre pathologie. En effet, le danger d’une maladie aussi médiatisée que la Covid-19 est que les patients finissent par lui attribuer tous nouveaux symptômes.
Selon l’état de santé de ses patients, le médecin généraliste qui soupçonne des formes de Covid persistantes, peut les orienter vers des médecins spécialistes. À Rennes par exemple, nous pouvons organiser pour les patients post-Covid qui se plaignent de symptômes respiratoires persistants, des examens complémentaires planifiés sur une seule journée et comprenant une épreuve fonctionnelle respiratoire, une prise de sang, et selon son résultat, un scanner pour une recherche d’embolie pulmonaire.

Les séquelles post-Covid peuvent-elles être graves ?

Nous avons tendance à être confiants sur le fait que les patients, même après des formes graves, pourraient recouvrer une bonne santé. Nous suivons bien entendu de près les patients qui ont été touchés par des atteintes cardiaques post-Covid. En ce qui concerne les patients qui présentent des formes de Covid persistantes chez qui nous avons effectué des scanners, ces derniers ne révèlent presque aucun cas d’embolie pulmonaire. Enfin, le suivi des patients ayant souffert de pneumonie lors de la phase aiguë de la maladie, montre qu’ils ont tendance à bien cicatriser plutôt qu’à se transformer en fibrose. Cependant là encore, il faut rester prudent et étudier l’évolution des séquelles des patients dans les mois à venir.

Pour les patients présentant des formes de Covid persistantes, vaut-il mieux se ré-entrainer à l’effort ou se reposer ?

Cela dépend vraiment des cas. Certains patients se sentent prêts à reprendre une certaine activité, auquel cas, ils sont réorientés en médecine du sport pour une rééducation à l’effort, sous surveillance, et l’on constate qu’ils ressentent un mieux-être. Pour d’autres, on comprend en consultation que ce n’est pas encore le moment de proposer une reprise de l’effort, tant ils sont épuisés. Ils peinent simplement à marcher ou monter quelques marches et l’on ne peut pas encore envisager une reprise sous la forme d’activité physique, même très adaptée. Dans tous les cas, il ne faut pas négliger l’intérêt du repos pour les patients très fatigués.

 

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