Les malades psychiques et leurs proches face au COVID-19

Après deux mois de confinement, le quotidien des malades psychiques et de leurs proches a été bouleversé. De nombreux établissements ont renvoyés chez eux des patients qui n’étaient pas forcément stabilisés et les structures d’accueil de jour (hôpitaux de jour, CMP ou CATTP) ont fermé, même si des permanences téléphoniques ont souvent été mises en place pour suivre les malades et usagers.

Ces derniers se sont retrouvés souvent seuls chez eux, parfois en famille. Si dans certains cas, ils ont mal vécu cette période de grand stress et que leurs symptômes se sont aggravés, les malades les plus solitaires en revanche peuvent avoir assez bien vécu ce repli forcé, qui doit cependant rester temporaire pour ne pas risquer qu’ils rompent avec leur vie sociale déjà fragile après le confinement et n’arrêtent pas non plus leurs soins.

Augmentation des troubles et rehospitalisations très pénibles pour les malades psychiques

« Depuis le début de confinement, nous avons noté des cas de malades dont l’état de santé s’est parfois dégradé. Leurs troubles, les conduites addictives ou les angoisses ont pu s’aggraver et certains cas ont nécessité une ré-hospitalisation. », constate Marie-Jeanne Richard, présidente de l’UNAFAM. Elle explique par exemple, qu’un patient bipolaire peut traverser une phase dépressive profonde ou au contraire une phase maniaque particulièrement intense. Pour un malade touché par la schizophrénie, cela peut provoquer des crises de violence, des hallucinations importantes et très éprouvantes. En outre, le confinement augmente les troubles du sommeil, ce qui aggrave encore les troubles psychiques. Marie-Jeanne Richard précise surtout que lors de ces hospitalisations, du fait que les tests de dépistage au COVID-19 manquent, même dans les hôpitaux, les patients passent d’abord par une quarantaine sous la forme d’un isolement renforcé durant quelques jours, particulièrement difficile à vivre chez un malade psychiatrique.

Les malades psychiques fragiles face au COVID-19

Les personnes souffrant de troubles psychiques souffrent également souvent d’autres maladies chroniques (diabète, obésité, etc.) et sont de fait plus fragiles face au COVID-19. En outre, elles présentent le risque de tarder à se soigner ou de mal se soigner car elles sont souvent davantage préoccupées par leur souffrance mentale, que par leurs souffrances physiques qu’elles peuvent même occulter. Marie-Jeanne Richard indique qu’il est important que les pouvoirs publics les protègent, que ces malades puissent bénéficier d’un suivi efficace dès les premiers symptômes du COVID-19 et de leur fournir aussi, par exemple, des masques gratuits.

L’exemple de Maryse en Nouvelle-Aquitaine et de ses deux fils malades psychiques

Maryse et son mari ont ré-accueilli à la maison le plus jeune de leur fils, 42 ans, qui souffre de troubles schizophrènes et vit d’ordinaire à une centaine de kilomètres de chez eux, dans une grande ville, où il bénéficie d’un bon suivi thérapeutique. Leur fils ainé, également schizophrène et souffrant également de tendances bipolaires, a préféré rester dans son appartement à 6km de chez ses parents. Maryse explique : « Notre fils ainé a fait une crise majeure à l’annonce du confinement. Il nous appelait sans cesse, nous menaçait, nous insultait, et avait de fortes idées paranoïdes et morbides. Il refusait de sortir ou que quelqu’un rentre chez lui tant il avait peur du virus. Nous nous sommes beaucoup inquiétés sans nous affoler, car en général, quand il parvient à exprimer ses angoisses, il n’y a pas de passage à l’acte. Quelque part nous étions soulagés qu’il préfère rester chez lui car les relations auraient sûrement été très difficiles à gérer entre nous tous. Nous sommes bien sûr restés très présents et alertes. Nous lui avons proposé de l’aide, comme de financer pour lui la livraison de plateaux repas. Tout est rentré dans l’ordre peu à peu. Nous avons réussi à réguler avec lui le nombre de ses appels quotidiens et il nous a même agréablement surpris car il a pris l’initiative d’aider un voisin âgé de son immeuble pour lui apporter ses médicaments. Notre plus jeune fils est resté calme et les référents de son équipe thérapeutique l’ont appelé dès le lendemain du confinement et gardent avec lui un lien régulier. »

Le confinement bien vécu par les patients malades psychiques les plus solitaires

Marie-Jeanne Richard constate qu’il y a finalement également de nombreux patients peu impactés par le confinement. En effet, l’un des symptômes, dans divers troubles psychiques, est que certains malades ont tendance à s’isoler d’eux-mêmes, à se désocialiser. Pour ces derniers, ce confinement a été vécu avec un certain apaisement.

C’est d’ailleurs plutôt ce que ressent Dominique Laurent, Présidente de la Maison Bleue, un lieu d’accueil à Perpignan pour les usagers de la psychiatrie, dont nous avions déjà parlé dans cet article. Dominique garde le lien avec sa centaine d’adhérents et nous parle de leur quotidien confiné. « Nous sommes 5, avec les responsables des activités de la Maison Bleue, à appeler régulièrement chaque adhérent. Au début ils répondaient timidement et maintenant c’est eux qui nous appellent pour demander de nos nouvelles ! Ils s’appellent également entre eux, pour ceux qui ont noué des liens d’amitié, et certains jouent même aux échecs à distance. Finalement je constate que la grande majorité va plutôt bien même si je crains que certains se soient réfugiés dans le sommeil, négligent leur hygiène, et se laissent happer par leurs éventuelles addictions. Il faudra surtout être attentif à les faire rapidement revenir à la fin du confinement en prenant toutes les précautions nécessaires. J’ai bon espoir puisque le lien continue de circuler entre nous et entre eux. »

Un regard bienveillant sur ces voisins et du soutien téléphonique gratuit pour ceux qui en ont besoin

Votre voisin qui n’est pas sorti depuis 10 jours est peut-être très déprimé et a besoin d’aide ? Cet autre voisin qui au contraire sort plusieurs fois par jour vit peut-être une phase de grande agitation due au stress et aurait besoin de parler pour se sentir apaisé ? Le handicap psychique est malheureusement souvent très stigmatisé, alors si on profitait du confinement et du post-confinement pour changer notre regard sur ces maladies et prendre soin les uns des autres ?

Pour aider les malades et leurs proches, de nombreuses plateformes de soutien téléphonique ont renforcé leurs équipes pendant la crise sanitaire ou se sont récemment créées. Retrouvez sur notre site une liste de lignes d’écoute à destination des usagers, des personnes malades et de leurs proches.

 

Photo by Sharon McCutcheon on Unsplash

3 commentaires

  • DAUGA Patrick dit :

    En Nouvelle Aquitaine , comme dans d’autres régions, les Délégations UNAFAM des départements ont accentué les accueils téléphoniques pour les familles et les personnes malades psychiques, gérant au jour le jour leurs demandes d’aide souvent inhabituelles. La coordination des actions s’est faite au travers de visio entre les bénévoles et un groupe whapsapp national, permettant de régir aux situations changeantes tous les jours . Environ 30 % des adhérents n’ont pas déclaré avoir de moyens internet, ils ont été contactés par téléphone et par courrier postal. Des questionnaires ont été envoyés aux familles,leur permettant d’exprimer leur mal être. On a du se battre dès le début pour que tous les handicapés, quelque soit leur handicap puissent supporter le confinement. Il y a eu les autorisations de sorties de plus de une heure et plus de 1 km pour les handicapés psychiques.Une lutte contre la discrimination. Nous avons alerté les préfets sur ces autorisations de sortie,ils nous ont répondu avec bienveillance.
    Maintenant nous sommes en phase déconfinement, nous agissons pour que tous les GEM (90 en NA) aient les moyens de respecter les mesures de déconfinement ( masques,gel,..).Nos bénévoles et salariées sont sur le terrain sans compter. Nous demandons que les mesures de confinement en hôpital psychiatrique soient plus adaptées à la maladie psychique. que les CDU dans les hôpitaux psychiatriques et dans tous les hôpitaux soient réactivées. Les associations de familles et de malades psychiques continuent à se battre ainsi pour la démocratie en santé comme des citoyens à part entière, pas simplement comme des personnes qui inspirent la pitié. C’est une voie pour lutter contre la stigmatisation.

  • André Bonvallet dit :

    Il est à noter que les mesures de confinement bien évidemment nécessaires dans ce contexte de crise sanitaire ont eu cependant un impact non négligeable sur les personnes hospitalisées vivant avec des troubles psychiques. Ma fille hospitalisée depuis une dizaine d’année dans un services de réadaptation commence depuis 2 ans a retrouvé le besoin et l’envie de reprendre un contact plus proche avec nous ses parents notamment le week-end et commençait un début de resocialisation avec des sorties autonomes en ville avec d’autres patients. Les mesures de confinement imposées l’ont contrainte non seulement à un retour en arrière par rapport à son récent début d’autonomie, mais aussi à une montée d’une inquiétude lié au climat anxiogène. Nous n’avons plus la possibilité d’aucun contact direct depuis le début du confinement, les visites ont été interdites ainsi que les sorties. Si cette nécessité a été bien comprise de part et d’autre dans un contexte de confinement dans un premier temps et bien qu’une visite de 30 minutes une fois tous les 15 jours soit autorisée par une personne de son entourage dans le respect des gestes barrières contrôlés par la présence continue d’un soignant, cette isolement forcé qui perdure avec son entourage dans ce nouveau contexte de déconfinement contribue à son mal être et dessert l’amélioration de sa santé mentale.
    Il est vraiment temps de revoir le dispositif mis en place lors du confinement et de voir comment mettre en place le plus rapidement possible des dispositions de déconfinement adaptés aux personnes hospitalisées vivant avec des troubles psychiques.

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