Avortement : méthodes & prise en charge

Le 17 janvier, nous fêterons les 40 ans de la loi « Veil » qui instaura la dépénalisation de l’avortement en France. De nos jours, dans notre pays, 220 000 femmes ont recours à l’avortement, dont 15 000 mineures. Ce chiffre est désormais assez stable depuis le milieu des années 2000. Près d’une femme sur 3 y aura recours durant son existence.
66 Millions d’Impatients fait le point sur la prise en charge des patientes et les méthodes d’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) qui leur sont proposées.

 

12 semaines

C’est le délai légal pour pouvoir avorter en France. Nos voisins européens s’alignent dans l’ensemble sur ce point, avec davantage de souplesse en Suède (18 semaines) et en Grande-Bretagne (24 semaines).
Pour être tout à fait précis, en France, on peut pratiquer une IVG jusqu’à 14 semaines d’aménorrhées, c’est-à-dire jusqu’à la fin de la 14ème semaine après le début des dernières règles. Toutes les femmes, y compris les mineures, peuvent demander une IVG. La procédure veut que l’on s'attache à obtenir un consentement des parents pour les mineures, mais en cas d'opposition entre eux c'est la personne directement concernée par la grossesse qui peut in fine prendre la décision la concernant par rapport aux choix de l'interrompre. Dans ce cas, la jeune fille se fera tout de même accompagner par une personne majeure de son choix.

Deux consultations entrecoupées pour s'informer et choisir

Le protocole de mise en place d’une IVG est plutôt long et nécessite de franchir plusieurs étapes. Il faut prendre également en compte les délais d’attente pour programmer les rendez-vous dans certains centres et établissements de santé.
Dès lors qu’une femme enceinte envisage d'interrompre sa grossesse, la première chose à faire est de voir un médecin ou une sage-femme. Il peut s’agir de son médecin généraliste ou sa gynécologue, mais aussi un médecin dans un centre médico-social, dans un centre de planification et d’éducation familiale (CPEF), ou bien encore à l’hôpital ou en clinique.
Certains établissements de santé et CPEF qui pratiquent la méthode médicamenteuse (voir prochain paragraphe) peuvent coordonner ce premier rendez-vous et ceux qui suivront. Mais, pratiquement, mieux vaut ne pas attendre pour obtenir cette première consultation.
Lors de la première consultation, le médecin explique les différentes méthodes d’avortement, il dirige la patiente vers les endroits où elle peut pratiquer son IVG, enfin il lui remet une attestation de consultation médicale, qu’elle doit impérativement présenter à son second rendez-vous. Lors de la deuxième consultation, là encore pour des questions pratiques notamment de délai, il est préférable de se rendre à l’endroit où l’IVG sera pratiquée. Le médecin reçoit le consentement de la femme à l’IVG et débute la procédure si elle est médicamenteuse ou programme l’intervention chirurgicale si cette option est retenue.

Deux méthodes possibles

Il existe en effet 2 méthodes pour pratiquer une IVG. La première est médicamenteuse, l’autre chirurgicale.

La méthode médicamenteuse – Taux de succès : 95%
Elle ne peut avoir lieu que jusqu’à la fin de la 5ème semaine de grossesse, soit 7 semaines après le début des dernières règles, ce délai pouvant être rallongé de deux semaines si on la pratique à l’hôpital ou en clinique. En effet, cette méthode, sans anesthésie, peut être pratiquée chez son médecin généraliste ou sa gynécologue (mais tous ne le font pas car il faut avoir signé une convention avec un établissement de santé au préalable, établissement où sera dirigée la patiente en cas de complications), dans les centres médico-sociaux ou les CPEF, et bien entendu à l’hôpital ou en clinique.
Il y a deux médicaments à prendre. Le premier comprimé (Mifégyne ) stoppe l’action de la progestérone et le cycle naturel de la grossesse. Il sera pris lors de la seconde consultation et peut entraîner des saignements comme des règles et des douleurs abdominales.
Le second comprimé (Gymiso ) devra être pris en 36 et 48 heures après le premier. Il a pour effet d’augmenter les contractions pour expulser l’œuf. Pour la prise du second médicament, il y a deux alternatives. Soit le prendre à l’hôpital ou à la clinique, où l’on reste quelques heures en observation. Soit, si on passe par un cabinet en ville ou par un centre de santé ou de planification familiale, le prendre au cours d’une troisième consultation et rentrer chez soi. Il faut cependant savoir qu’il est alors préférable d’être accompagnée pour ne pas rentrer et rester seule chez soi et qu’il vaut mieux prévoir de ne pas travailler le jour même et sans doute le suivant. Les saignements et les douleurs peuvent en effet être plus importants que ceux consécutifs à la prise du premier comprimé.
Dans tous les cas, une quatrième consultation est indispensable pour contrôler que tout va bien, 14 à 21 jours après la prise du second comprimé.

La méthode chirurgicale – Taux de succès 99,7%
Elle ne peut se pratiquer qu’à l’hôpital ou à la clinique car elle aura lieu sous anesthésie locale ou générale. L’intervention dure une dizaine de minutes et consiste à « aspirer » l’embryon. Du point de vue du timing, une semaine après la première consultation, la deuxième permettra au médecin de recueillir le consentement de la patiente et de planifier l’intervention chirurgicale. Une consultation pré-anesthésique sera également programmée en cas d’anesthésie générale. L’hospitalisation dure quelques heures seulement et permet de retourner chez soi le jour même. Dans les jours suivants l’intervention, la patiente peut avoir un peu de fièvre, de fortes douleurs abdominales et d’importants saignements. Comme pour l’IVG médicamenteuse, une visite de contrôle sera prévue entre le 14ème et le 21ème jour après l’intervention.

Témoignages

Elodie, 25 ans, région parisienne : « J’ai choisi la méthode médicamenteuse mais les heures qui ont suivi la prise du second médicament ont été si douloureuses que je me suis rendue dès le lendemain aux urgences. On m’a dit que c’était normal. Trois jours après, les saignements et les douleurs ont continué tant et si bien que je suis retournée aux urgences. On m’a alors fait une échographie et on s’est rendu compte que l’œuf était toujours là. Il a donc fallu que je fasse un avortement chirurgical, programmé le surlendemain. Je suis arrivée à l’hôpital vers 8 h du matin, on m’a fait une anesthésie générale, et j’étais ressortie vers 15 h, sans aucune douleur par la suite. »

Julie, 30 ans, Marseille : « J’ai subi une intervention chirurgicale. La prise en charge s’est très bien déroulée, en revanche, à mon réveil et pendant 3 ou 4 jours j’ai eu des saignements très importants et des douleurs abdominales, mais c’était suffisamment supportable pour me passer d’antidouleur ».

Combien ça coûte ?

Depuis le 31 mars 2013, les frais liés aux IVG, consultations, médicaments, intervention chirurgicale, analyses… sont pris en charge à 100% du tarif de base par l'Assurance maladie, mais uniquement dans le cadre d’un forfait qui diffère selon la méthode choisie et le lieu où elle sera pratiquée. Dans la réalité donc, l’ensemble des étapes n’est pas pris en charge en totalité. La toute première consultation par exemple n’est jamais prise en charge à 100%, mais elle sera quand même remboursée sur la base de prise en charge habituelle d’une consultation. En outre, si la patiente possède une mutuelle complémentaire, celle-ci peut couvrir tout ou partie du reste à charge.
Vous pouvez retrouver tous les détails de remboursements sur le site de l’Assurance Maladie, Ameli.fr, en cliquant ici.

Délai de prise en charge des patientes

Comme nous l’avons vu, le parcours de soins lié à l’IVG est ponctué de nombreuses étapes, parfois difficiles à gérer, surtout lorsqu’on habite loin des grandes villes. En effet 130 établissements de santé pratiquant l’IVG ont fermé leurs portes ces 10 dernières années, signale le Rapport relatif à l’IVG publié en novembre 2013 par le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes. Cela pose un problème d’accessibilité pour les patientes, de délais également et par conséquent réduit les chances de pouvoir choisir la méthode et ne garantit pas toujours une prise en charge maximale en termes de coût pour les patientes.
Pour mieux appréhender la réalité sur les délais d’attente, 66 Millions d’Impatients a tenté de prendre rendez-vous dans deux hôpitaux, le premier à Paris, à l’hôpital Lariboisière, et le second au Centre hospitalier de Gassin dans le Var. Dans les deux cas, le personnel hospitalier a été attentif, impliqué et de bon conseil.
À Lariboisière, l'hôpital ne pratiquant pas la première consultation, nous avons été dirigés vers un médecin de ville de secteur 1 (sans dépassement d’honoraires), qui avait de la place dès le lendemain. Lariboisière nous a demandé de venir pour le deuxième rendez-vous avec l’attestation médicale et une échographie pour dater l’avancement de la grossesse. L’échographie pouvait être pratiquée par le médecin de ville pour un total de 37€, nous a-t-on précisé. Le rendez-vous disponible pour la seconde consultation à Lariboisière était 10 jours après, mais on nous a assuré qu’il y avait de grandes chances pour que l’IVG soit ensuite pratiquée dès le lendemain de cette deuxième consultation.
À Gassin, l’accueil a été très chaleureux et l’infirmière s’est inquiétée que l’on reste dans les délais pour une IVG médicamenteuse. Tous les rendez-vous, même la consultation préalable, pouvaient se faire sur place, mais comme on était samedi matin, elle nous a conseillé de voir un médecin de ville le soir même pour que le délai de réflexion puisse commencer à courir le plus vite possible. Elle pouvait ensuite nous recevoir immédiatement à l’issue des 7 jours de réflexion.

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