Confinement et troubles alimentaires

Qu’il s’agisse d’anorexie, de boulimie, d’orthorexie, d’hyperphagie ou bien d’autres, pour les 8 millions de personnes en France atteintes de troubles des comportements alimentaires (TCA), le confinement peut s’avérer être un moment très difficile à vivre s’il perturbe leurs habitudes alimentaires quotidiennes.


Cependant, les réactions des malades sont multiples, parfois tendues effectivement, mais aussi parfois apaisées voire bénéfiques. Morgane Soulier, la créatrice de feeleat, une application dont nous avions déjà parlé ici et qui accompagne les personnes souffrant de TCA, nous aide à y voir plus clair et encourage les malades à profiter de cette pause forcée exceptionnelle pour prendre le temps de s’écouter, de se confronter en conscience à ses troubles et peut-être aussi de parler à ses proches de ce sujet très tabou.

Une écoute, un diagnostic et une réponse médicale au cas par cas

Chaque trouble alimentaire se vit de façon singulière. Pour un thérapeute, il convient de dialoguer et comprendre le ressenti de chaque patient pour dégager ses besoins propres. Même si des protocoles de soin existent en fonction du type de troubles dont souffrent les patients, ces prises en charge doivent forcément être adaptées au cas par cas. Morgane Soulier a d’ailleurs voulu créer l’application FeelEat pour que les malades puissent noter leurs émotions et leur ressenti en fonction du contexte, du jour de la semaine, de l’heure de la journée ou des personnes qui les entourent afin de mieux identifier les moments où ils se sentent bien ou au contraire où ils vont être mis en difficulté. Ils peuvent également partager ces données avec le médecin qui les suit s’ils le souhaitent. Une fonctionnalité bien utile en ce moment où les consultations sont souvent suspendues et où le suivi des patients n’est pas toujours évident.

Une routine chamboulée

En effet, en cette période de confinement tout est complètement perturbé et les difficultés liées à d’éventuels troubles alimentaires sont exacerbées. Morgane nous confie d’ailleurs recevoir énormément de témoignages de personnes dont les repères sont totalement bouleversés. En temps normal, ces personnes ont créé une routine qui n’est évidemment pas bonne pour leur santé mais cette routine est importante pour maintenir un certain équilibre. Actuellement, entre les rendez-vous thérapeutiques parfois annulés et des situations de « frigos pleins ou vides », les malades ne savent plus comment réagir. L’ennui ou le stress peuvent avoir tendance à être comblés par la nourriture ce qui encourage alors le grignotage, voire des fringales ou des crises d’hyperphagie difficilement contrôlables. À l’inverse, pour d’autres, le confinement provoque une perte d’appétit et certains oublient même de manger. Nombreux se retrouvent également en permanence avec des proches. Ils ne peuvent donc pas manger ce qu’ils veulent, sont obligés de passer à table avec leur famille à des heures précises. Il se sentent alors constamment soumis au regard de leur entourage. Ceux qui paniquent à l’idée de grossir prennent inévitablement quelques kilos, et ceux qui se cachaient pour manger ne peuvent plus le faire. Il peut en résulter un sentiment de honte ou d’angoisse. Cette situation peut s’avérer extrêmement compliquée à gérer.

La tentation des forums d’entraide souvent contre-productifs

Lorsque les personnes souffrent de troubles alimentaires et sont particulièrement fragilisées, elles ont tendance à avoir l’impression que seules les personnes souffrant des mêmes troubles sont capables de comprendre ce qu’elles vivent. La facilité est alors d’aller sur des forums en ligne pour se plaindre et se faire plaindre. Selon Morgane, cela peut avoir des effets dévastateurs. Elle déconseille fortement ces forums où chacun est tenté de donner des conseils parfois parfaitement inadaptés, voire dangereux. Bon nombre de forums ne sont pas modérés et sont animés en partie par des personnes qui, soit ne sont pas sorties de la maladie, soit sont encore dans le déni ou n’ont tout simplement pas les connaissances pour donner des conseils en la matière. Au lieu d’aller sur ces forums, il est indispensable en cette période d’essayer d’effectuer un suivi à distance avec un professionnel de santé. Il est aussi important de tenir un journal pour noter ce que l’on ressent, sur papier, ou sur une application numérique.

Le confinement : l’occasion d’une meilleure prise de conscience par rapport à son trouble alimentaire ?

La situation actuelle rend inévitablement plus compliqué pour certains de fuir la réalité de leur situation et éventuellement de cacher leurs difficultés à leurs proches. Le confinement peut être, par la force de choses, l’occasion de prendre conscience pleinement de l’omniprésence de son trouble au quotidien et sortir du déni. Une fois cette prise de conscience, il est indispensable de vouloir aller mieux, d’arrêter de souffrir de ces difficultés en acceptant de se confronter à sa maladie et d’envisager un suivi avec un professionnel de santé. Le confinement présent offre l’opportunité d’entamer un dialogue avec son entourage qu’on aurait pas eu forcément le courage d’entamer en temps normal. Cela peut engendrer des moments extrêmement douloureux, à la fois pour les malades et les proches, qui peuvent culpabiliser et vivre cela comme un échec car ils n’avaient jusque là pas réalisé les souffrances du malade. Communiquer avec ses proches, leur exprimer ses difficultés quitte à aller à la confrontation, à la dispute et aux pleurs demeure une étape indispensable dans le protocole de soin. Malgré l’appréhension très compréhensible à traverser cette étape, le confinement est pourtant peut-être, pour certains malades, le moment opportun pour s’y confronter.

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