Une appli pour accompagner les personnes souffrant de troubles alimentaires

Inspirée par sa propre expérience de patiente souffrant de troubles alimentaires, par l’animation de son compte Instagram où elle partage des photos de ses repas avec une communauté d’autres patients, d’échanges de mails avec son médecin résumant en photos ses menus quotidiens, et d’une application qui existait déjà aux Etats-Unis, Morgane Soulier a créé FEELEAT, une application pour accompagner, sans les culpabiliser, les personnes souffrant de troubles alimentaires.

« Pas de poids, pas de calories, pas de chiffres. On vous aide à vous reconnecter à vos sensations » : c’est le slogan annoncé sur le site de FEELEAT, qui n’est effectivement pas une énième application de coaching alimentaire mais un outil d’accompagnement et d’analyses bienveillant, à utiliser comme un journal intime orienté sur les troubles alimentaires. Les utilisateurs enregistrent le contenu de leur repas en même temps que le contexte dans lequel ils ont mangé, leurs émotions sur le moment et leurs réactions (comme le fait de se faire vomir ou de prendre des laxatifs après les repas par exemple). L’idée est de réussir à appréhender les situations où les troubles alimentaires se manifestent le plus durement. Pour l’y aider et s’il le désire, chaque utilisateur peut partager ses données avec son médecin afin qu’il connaisse mieux les troubles vécus par son patient.

Quelques mots de Morgane Soulier, fondatrice de l’application FEELEAT :

« En 2015, il a fallu que j’arrête de travailler, car je souffrais de troubles alimentaires qui étaient devenus intenses et envahissants et j’ai eu la chance d’être hospitalisée dans un service où les repas étaient appétissants et où l’équipe soignante était positive et agréable. J’étais alors assez active sur les réseaux sociaux sur lesquels j’échangeais avec des personnes qui souffraient également de troubles alimentaires. Nous nous entraidions et partagions nos expériences. Il faut bien comprendre que lorsque l’on souffre de troubles alimentaires, nos repères sur la quantité ou la qualité de ce que nous mangeons sont totalement faussés. On a besoin d’aide pour savoir si l’on équilibre bien nos repas et cela fait partie des questions que nous nous posons les uns et les autres sur les réseaux sociaux. C’est comme cela que j’ai créé un compte Instagram où je postais des photos de mes plateaux repas à l’hôpital. Je le voyais comme un outil intéressant pour les personnes avec qui j’échangeais, afin de leur permettre de s’inspirer, d’avoir des exemples de menus sains. En sortant de l’hôpital, je savais que j’allais avoir du mal à continuer seule et que les professionnels de santé, souvent, ne comprennent pas ce que nous vivons au quotidien. Ainsi, de moi-même, j’ai instauré un échange avec le médecin qui me suivait à l’époque, en lui envoyant chaque soir par mail les photos de ce que j’avais mangé. Cela me permettait de faire le point quotidien sur ce que j’avais mangé dans la journée, sur ce que j’avais vécu et comment je me sentais. J’avais davantage conscience de la nature pathologique ou non de mes repas ou du sentiment de fierté que je ressentais quand je mangeais de façon équilibrée. En outre, comme je savais que le médecin allait voir ce que je mangeais, je m’obligeais à manger suffisamment et à rendre mes assiettes plus appétissantes. En 10 ans de maladie, tout n’était pas résolu, mais c’était la première fois que j’allais enfin mieux.

Comme je travaillais dans les nouvelles technologies avant mon hospitalisation, et qu’au fur et à mesure il y avait pas mal de personnes qui me suivaient sur les réseaux sociaux, je me suis dit que je pourrais mettre à profit ces atouts pour créer une version plus aboutie de mon journal quotidien de photos et d’émotions associées. C’est ainsi qu’est née l’application FEELEAT. L’idée était de créer un outil qui soit profitable aux patients et aux professionnels de santé, pour améliorer les prises en charge des troubles alimentaires. »

Un succès dès le premier mois de lancement !

L’application gratuite a donc été lancée le 14 janvier 2019 et, après 1 mois, elle a dépassé les 5 000 téléchargements. Plus de 30 000 repas et 20 000 émotions ont déjà été enregistrés sur FEELEAT. Si elle peut être un outil intéressant pour aider les patientes et les patients à réaliser qu’elles ou ils souffrent de troubles alimentaires, l’application est aussi conçue comme une passerelle entre les patients et les médecins pour aider à mieux comprendre et soigner les troubles alimentaires. Déjà, après 1 mois d’existence, certains patients en parlent à leur médecin et inversement, constate la fondatrice de FEELEAT. Elle a effectivement pu le vérifier car elle a déjà reçu des appels de médecins qui en avaient entendu parler par leurs patients et voulaient en savoir plus.

Le cheminement d’une patiente-entrepreneuse pleine de bonnes idées…

Pour créer son application, Morgane Soulier s’est inspirée d’une application américaine en améliorant son design, son ergonomie et en ajoutant des fonctionnalités.

Pour développer son projet, elle a échangé avec plusieurs entreprises en France qui ont lancé des applications de monitoring dans le bien-être ou la santé sur les maladies cardiaques ou le diabète notamment. Ces entrepreneurs lui ont tous accordé du temps et lui ont donné des conseils précieux. Elle a alors déposé le dossier de son projet auprès d’un incubateur spécialisé en santé pour être accompagnée dans cette aventure et a collaboré avec une agence pour le développement technique de l’application. Pour assurer le financement de son projet, Morgane a monté une campagne de financement participatif, comptant sur la communauté qu’elle avait rassemblé sur les réseaux sociaux lorsqu’elle était hospitalisée. Elle a ainsi collecté 13 000 €, a obtenu en parallèle une subvention de 5 000 € et a aussi avancé de l’argent sur ses propres fonds.

Une application pour accompagner au quotidien les 8 millions de personnes en France qui souffrent de troubles alimentaires

Au moment de concevoir l’application, Morgane Soulier décide de n’oublier personne parmi les 8 millions de malades en France qui souffrent de troubles alimentaires. Parmi eux, les plus répandus sont l’anorexie (dont le taux de mortalité est de 10%), la boulimie et l’hyperphagie (qui peut conduire au surpoids et à l’obésité), mais la fondatrice veut que son application soit également un soutien possible pour les personnes souffrant de maladies plus rares comme l’orthorexie (c’est-à-dire le contrôle excessif de la qualité de son alimentation – voir notre article sur l’orthorexie) ou le PICA (ingestion de substances non nutritives et non comestibles comme de la terre ou du plastique).

Morgane Soulier sait bien que lorsque l’on souffre de troubles alimentaires, il est nécessaire d’être accompagné par des professionnels de santé pour se soigner et précise que l’utilisation de l’application seule ne permet pas de sortir d’un comportement alimentaire pathologique. La fondatrice a pensé FEELEAT comme un outil qui peut, dans un premier temps, aider les malades qui ne sont pas encore pris en charge médicalement à prendre conscience qu’ils pourraient en avoir besoin mais l’application a surtout vocation à être un dispositif d’évaluation à partager entre le malade et son médecin. Ainsi, un malade encore non suivi médicalement, en prenant l’habitude d’utiliser l’application pendant quelques jours ou semaines, peut réaliser que la prise de ses repas est un moment conflictuel ou angoissant, puisque dans FEELEAT, on renseigne le contenu de ses repas mais aussi ce que l’on ressent après avoir mangé, ses symptômes, ses douleurs (de ventre, de tête, etc.), ses réactions (vomissements, compulsions, prise de laxatifs, pleurs, etc.).

Chaque semaine, un tableau d’humeur résume l’évolution des ressentis de l’utilisateur, afin qu’il réalise plus facilement s’il s’est senti plutôt angoissé, triste, heureux, frustré, en colère, fier, etc. dans son rapport à son alimentation.

Morgane a d’ailleurs déjà reçu le retour d’une utilisatrice qui lui a dit qu’elle avait enfin franchi le pas d’aller voir un médecin pour parler de ses troubles alimentaires après avoir utilisé FEELEAT.

Une meilleure collaboration patient/médecin grâce à l’application

L’application reste ensuite un outil d’accompagnement intéressant une fois que la personne malade est suivie médicalement pour ses troubles alimentaires, puisque le patient peut transférer les données enregistrées dans l’application à son médecin. Ce dernier peut donc connaître précisément les contenus des repas de son patient ou de sa patiente, dans quelles conditions ils ont été pris, quelles émotions ou réactions cela a générées. Pour l’instant les médecins reçoivent les données de façon brute mais l’équipe de FEELEAT travaille à la mise en place d’une interface dédiée aux soignants qui intègrera un tableau de bord d’analyses des informations renseignées par les patients. Cela permettra de voir par exemple qu’une personne est finalement plus angoissée lorsqu’elle mange en famille qu’à la cantine avec ses amis, et qu’elle a systématiquement des douleurs au ventre en mangeant un aliment en particulier.

À ce titre, FEELEAT peut d’ailleurs être utilisé pour d’autres types de pathologies ayant un rapport avec l’alimentation, pour identifier notamment des allergies ou des intolérances alimentaires et Morgane espère lier des partenariats dans ce sens… Affaire à suivre :

EN SAVOIR PLUS :
L’application FEELEAT est disponible sur l’App Store ou Google Play et sur le site internet, vous pouvez retrouver le blog et les événements de FEELEAT, notamment un cycle de conférences en ligne : www.feeleat.fr

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