Mois sans tabac : pourquoi consulter un tabacologue ?

La dépendance au tabac est considérée comme une maladie chronique, qui dure toute la vie, même chez les fumeurs qui ont réussi à arrêter de fumer. C’est une dépendance qui s’installe très vite, en quelques semaines et de façon tenace, même si l’on commence avec peu de cigarettes et sans que cela ne soit quotidien. Chez les adolescents dont le cerveau n’est pas encore mature, même avec quelques cigarettes de temps en temps, la dépendance s’installe encore plus rapidement que chez les adultes. Comparé à l’alcool ou à d’autres drogues comme la cocaïne ou l’héroïne, les études prouvent que le tabac est la substance addictive la plus difficile à arrêter. C’est pourquoi il existe des consultations dédiées pour aider les fumeurs à ne plus fumer grâce à un traitement médical et une prise en charge adaptée. Être accompagné par des professionnels de santé spécifiquement formés multiplie de 3 à 4 fois les chances d’un fumeur d’arrêter le tabac de façon définitive. Discussion avec le docteur Nathalie Wirth, médecin spécialiste en addictologie au centre hospitalier universitaire régional de Nancy. 

Quel professionnel de santé faut-il consulter ? Qui sont les tabacologues ?

« Tabacologue » est un terme français qui correspond au diplôme universitaire de tabacologie, une formation validante pour la prise en charge des patients fumeurs, ouverte aux médecins mais aussi aux psychologues, sages-femmes, infirmières ou infirmiers. Les médecins spécialisés en addictologie traitent évidemment l’addiction au tabac, mais également celle à l’alcool et aux drogues illicites.

Le docteur Nathalie Wirth, médecin spécialisée en addictologie au CHRU de Nancy précise : « Il y a des consultations de tabacologie à l’hôpital, mais s’il est sensibilisé et formé à la question, un médecin généraliste en ville peut tout à fait accompagner un patient à arrêter le tabac. Il y a en réalité différents niveaux de prise en charge. Une personne peu dépendante pourra arrêter spontanément suite aux conseils avisés d’un professionnel de santé quand d’autres auront besoin d’une prise en charge plus longue avec un professionnel de santé spécialisé, voire d’un suivi en consultation hospitalière avec une équipe pluridisciplinaire. Dans tous les cas, les choses se règlent rarement en une consultation. Il s’agit de mettre en place un suivi sur le moyen ou le long cours. ».

Extrait du témoignage de Marie, 43 ans, Paris, à retrouver en intégralité ici

« Il y a deux ans, j’ai été voir un médecin addictologue que j’ai consulté 3 fois. J’avais le sentiment que mon corps était fatigué et que c’était le tabac qui était en cause. Chaque hiver notamment, j’avais des bronchites. À vrai dire, je n’avais pas la volonté d’arrêter et j’y allais pour des conseils. Cela n’a donc pas suffit à ce moment-là pour arrêter. Ce qui m’a sérieusement motivé c’est que j’ai eu un problème cardiaque quelques mois plus tard. »

Le « manque »

La nicotine contenue dans le tabac est une substance addictive, comme l’alcool ou les drogues illicites, qui agit sur des zones bien particulières du cerveau, entraînant des actions neurobiologiques. D’un individu à l’autre, le cerveau de chacun réagira différemment et la dépendance se manifestera plus ou moins durement. Le docteur Nathalie Wirth met en garde : « Ce n’est pas la quantité de cigarettes qui détermine le niveau de dépendance et conséquemment l’intensité des signes de manque à l’arrêt du tabac. En général, les personnes qui parviennent à arrêter seules de fumer sont celles qui sont le moins dépendantes à la nicotine. Elles souffrent physiquement moins du manque à l’arrêt du tabac. ». En effet, certains fumeurs ressentent de véritables situations de souffrances physiques du fait du manque de nicotine. Celles-ci se manifestent par des envies de fumer impérieuses, de l’irritabilité, de la nervosité, voire de l’anxiété plus ou moins exacerbée. La sensation de manque peut avoir des répercussions sur le moral et entraîner des troubles de l’humeur. Elle peut également conduire à des troubles du sommeil ou de la concentration, à des fringales, qui peuvent alors entraîner une prise de poids (lire notre article sur le sujet). Le sevrage de la nicotine dure environ 3 à 4 mois, et c’est la période où il y a le plus de rechutes chez les plus dépendants qui ont donc souvent besoin d’être accompagnés par un tabacologue.

Quand nicotine rime avec routine…

Parallèlement à la dépendance à la nicotine, une dépendance psychologique et comportementale s’établit. Des automatismes se mettent en place. Tout le quotidien du fumeur tourne autour de la cigarette qui saute presque systématiquement sur la moindre occasion de fumer. Des rituels s’installent, comme de fumer avec son café, en voiture, sans forcément avoir besoin de nicotine. Les situations de stress ou les moments de fêtes sont également des moments propices à fumer. Le fumeur gère finalement ses émotions avec la cigarette. Pour soigner cette dépendance  psycho-comportementale, le traitement pharmacologique prescrit par un tabacologue ou médecin addictologue est souvent associé à des thérapies cognitivo-comportementales. Ce sont des thérapies bien structurées et évaluées qui augmentent les chances d’arrêter la cigarette.

Les traitements pharmacologiques de sevrage tabagique

Parmi les traitements, en première intention, il y a bien sûr les substituts nicotiniques sous forme de patch, de pastilles, de gommes à mâcher, d’inhaleurs (à différencier des cigarettes électroniques), ou de sprays buccaux. Ce sont des médicaments en vente libre en pharmacie et remboursés par l’assurance maladie sur ordonnance, qui peut être établie par un médecin, un(e) infirmièr(e), une sage-femme, un masseur-kinésithérapeute, ou un chirurgien-dentiste.

En seconde intention, il existe des comprimés à base de « varénicline ». Ils ne peuvent être obtenus que sur prescription médicale et le traitement dure 12 semaines environ, qui correspondent à la durée nécessaire pour être sevré de la nicotine.

Le docteur Nathalie Wirth explique : « Dans tous les cas, les médicaments traitent la dépendance à la nicotine et diminuent donc l’envie de fumer mais ne l’éliminent pas complètement. Les patients sont moins nerveux, n’ont en général pas de troubles du sommeil ou de prise de poids, mais les habitudes psycho-comportementales liées à la cigarette peuvent subsister. Certains patients qui ont arrêté de fumer continuent d’ailleurs à rêver de cigarette même après 15 ou 20 ans. Et pour ceux qui sont fortement dépendants à la nicotine, même après plusieurs années d’arrêt, il peut suffire de quelques bouffées de cigarette pour réenclencher la dépendance nicotinique et la reprise régulière du tabac. »

Extrait du témoignage de Marie, 43 ans, Paris, à retrouver en intégralité ici

« Pour leur faire mieux comprendre ce que je vis, je dis parfois que je suis une « ancienne alcoolique du tabac », car je suis persuadée qu’il suffirait que je prenne une bouffée de cigarette pour replonger. Cela fait rire les gens, mais ils cernent ainsi combien c’est difficile pour moi. »

Le tabac… la plus dure des drogues ?

Des études ont comparé les taux d’arrêt à 6 mois, pour des groupes placebo (qui n’ont donc pas de traitements mais l’ignorent) concernant le tabac, l’héroïne, la cocaïne, l’alcool. 44% des personnes dépendantes à l’héroïne ont réussi à arrêter. Elles sont 47% pour les dépendantes à la cocaïne et on tombe à 18% pour celles dépendantes l’alcool. Enfin, on descend très nettement chez les fumeurs puisque seuls 8% parviennent à arrêter de fumer dans les 6 mois. En réalité, sur une période d’un an, un fumeur dépendant qui déciderait d’arrêter la cigarette sans aide n’a que 3 à 5% de chance de parvenir à être abstinent. Les patients sous traitements, quant à eux, multiplient par 3 ou 4 les chances d’y arriver au bout d’un an. Le tabac est la substance addictive la plus difficile à arrêter. Il est donc urgent de faire en sorte que les fumeurs déculpabilisent et osent demander de l’aide. La plupart des fumeurs qui veulent arrêter de fumer sont réellement motivés mais arrêter la cigarette n’est pas une simple question de volonté. La dépendance au tabac est une maladie chronique, à vie, qui nécessite une prise en charge adaptée selon le niveau d’addiction du fumeur. Il ne faut pas hésiter à se faire aider, d’autant que les rechutes font partie du parcours du fumeur. Ce n’est pas parce que l’on rechute que l’on ne va pas y arriver.

En outre, malheureusement, il est prouvé que réduire sa consommation de tabac n’apporte aucun bénéfice pour la santé. Le docteur Nathalie Wirth explique : « S’ils réduisent leur nombre de cigarettes, les fumeurs ont tendance, de façon inconsciente, à tirer plus fort sur chacune d’elle pour consommer finalement la même dose de nicotine qu’avant. C’est ce que l’on appelle le phénomène de compensation. La toxicité sera la même, alors que sur le plan comportemental, cela demande beaucoup d’efforts aux fumeurs de réduire leur nombre de cigarettes. En mesurant le taux de monoxyde de carbone expiré par des fumeurs qui ont réduit leur consommation, grâce à un CO Testeur, on constate qu’il n’y a pas d’amélioration par rapport à leur consommation d’auparavant. »

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