Mois sans tabac : deux témoignages d’anciens fumeurs

Marie, en sevrage tabagique depuis 7 mois, et Yohan, qui a arrêté de fumer depuis 8 ans, nous confient ce qu’ils traversent ou ont traversé pour réussir à se passer désormais de cigarettes.

Yohan, 39 ans, Paris

“À 31 ans, j’ai réussi à arrêter le tabac de façon durable, sans l’aide d’un professionnel de santé, ni de substituts nicotiniques. Je pense que mon addiction était plus comportementale que liée à la nicotine. Cela dit, mon rapport à la cigarette était pourtant assez obsessionnel. À cette période, je fumais un paquet de cigarettes par jour. Je n’avais rien planifié, je dirai même que l’idée d’avoir une date butoir est assez angoissante pour moi. J’ai pris la décision suite à un coup de froid qui s’était transformé en un mélange de rhume et d’angine. Ce n’était pas la première fois que j’essayais d’arrêter de fumer, puisque j’avais fait déjà une tentative 5 ans auparavant. Cette fois-là aussi, j’avais arrêté suite à un rhume de quelques jours et j’avais tenu quelques mois avant de reprendre intensément de façon très rapide. Lors de ma seconde tentative, je pense que c’est le sport qui m’a permis d’inscrire l’arrêt dans la durée.

En effet, le soir, en rentrant du travail, j’allais courir à chaque fois que j’avais envie d’une cigarette. J’étais alors un coureur occasionnel, par conséquent, je suis devenu un coureur régulier, voire très régulier puisque je courais 5 à 6 soirs par semaine. Je n’ai pas pris cette habitude par peur de prendre du poids, je ressentais surtout que cela me mettait dans un état physiologique où je n’avais plus envie de fumer. Mes alvéoles pulmonaires étaient ouvertes, mon rythme cardiaque s’élevait… En rentrant à la maison, j’avais surtout envie de boire de l’eau, de ne pas trop manger et le principal, c’est que je n’avais pas envie de fumer. Je n’ai pas pris un gramme en arrêtant de fumer. Je ne suis pas sûr que cela soit forcément grâce au sport car j’étais déjà soucieux d’avoir une alimentation saine. Je n’étais pas un gros mangeur, je buvais peu d’alcool et je n’étais pas adepte de « junk food ». Je n’avais pas de poids à perdre et je n’en ai pas perdu malgré la pratique du sport. Pourtant je me suis fait plaisir après avoir arrêté de fumer, j’avais particulièrement envie de diversifier et de parfumer mes repas. Est-ce que c’est parce que je ressentais à nouveau davantage les goûts ? Je ne saurai pas le dire, ce n’est pas l’impression que j’avais pourtant.

J’ai gardé une hygiène de vie plus sportive en continuant à pratiquer la course et d’autres sports, durant ces 8 dernières années, jusqu’à ce que je devienne papa il y a quelques mois et que je ne trouve plus trop ni le temps, ni l’énergie pour faire du sport.

Quatre ans après, j’ai repris un peu la cigarette, de façon occasionnelle, en soirée ou lors de week-ends ou de vacances entre amis. Je reprenais ainsi durant une ou deux semaines. J’ai pu sentir pendant ces vacances que le danger de replonger régulièrement n’était pas loin. J’ai donc mis un sérieux frein à cette habitude de fumer systématiquement entre amis. Aujourd’hui cela peut m’arriver, mais c’est loin d’être un automatisme, d’autant que j’ai désormais une certaine aversion pour cette mauvaise haleine de fumeur, l’odeur de la cigarette sur mes vêtements, etc. Je crois que maintenant, j’ai davantage conscience de ce qui est écrit sur les paquets de cigarettes et combien c’est un poison. Quand je fume en soirée, je me rends compte que c’est plus par mimétisme que par réelle envie même si parfois je me sens sur le fil du rasoir et que je perçois que je pourrai facilement replonger. Avec le recul, je crois vraiment que c’est le sport qui m’a permis de tenir.”

Marie, 43 ans, Paris

“Je n’avais jamais arrêté de fumer avant il y a quelques mois, à part 48 heures, à la naissance de mon fils. Pour mes deux enfants, j’avais réduit ma consommation, mais je n’avais pas totalement stoppé la cigarette. Je reconnais que je suis une énorme fumeuse. Je fumais environ 1 paquet et demi de cigarettes par jour.

Il y a deux ans, j’ai été voir un médecin addictologue que j’ai consulté 3 fois. J’avais le sentiment que mon corps était fatigué et que c’était le tabac qui était en cause. Chaque hiver notamment, j’avais des bronchites. À vrai dire, je n’avais pas la volonté d’arrêter et j’y allais pour des conseils. Cela n’a donc pas suffi à ce moment-là pour arrêter. Ce qui m’a sérieusement motivé c’est que j’ai eu un problème cardiaque quelques mois plus tard.

Il y a 7 mois, je me suis retrouvée en soins intensifs en cardiologie. Une infirmière me dit alors que je suis la plus jeune patiente du service, qu’elle voit de plus en plus de femmes fumeuses qui meurent, non pas de cancer mais de problèmes cardio-vasculaires et que je n’étais donc pas à l’abri que ma vie s’arrête précocement. Cela m’a fait vraiment peur. J’ai fumé une demi-cigarette en sortant de l’hôpital en me disant que c’était ma dernière et j’ai tout arrêté. L’infirmière m’a prescrit des substituts nicotiniques pour m’aider à me sevrer et par la suite, mon cardiologue a renouvelé mes ordonnances. Au début, je me suis aidée des patchs pendant environ 1 mois, doublés de gommes à mâcher, que je continue encore aujourd’hui. Il se trouve que je traverse une période de grande anxiété en ce moment pour raisons familiales et que je ne suis pas prête à arrêter les gommes pour l’instant. Aujourd’hui cela fait 7 mois que j’ai arrêté la cigarette et cela me rend très fière. Une autre chose me rend fière, c’est que l’un de mes collègues a arrêté la cigarette il y a quelques semaines, et qu’il m’a confié que c’était d’avoir vu que j’avais réussi qui l’avait convaincu d’arrêter.

Rien n’a réussi à me démotiver, même le fait d’avoir pris beaucoup de poids, alors même que deux ans auparavant, quand j’avais consulté un addictologue, l’idée de prendre éventuellement du poids freinait mon désir de cesser la cigarette. Les deux premiers mois de sevrage, ma silhouette n’a pas changé, mais les 2 ou 3 mois qui ont suivi, j’ai pris 8 kilos. Le mois dernier, du fait de mes soucis familiaux, j’ai perdu l’appétit et j’en ai reperdu 3 sans y prêter attention.

Les moments les plus difficiles sont pour moi ceux où je suis en situation d’attente. Il y a également une cigarette qui me manque toujours beaucoup, c’est la dernière que je fumais avant de monter dans un train. L’autre type de situations difficiles est lié au fait que je ne peux plus boire plus de 2 ou 3 verres d’alcool sans avoir énormément envie de fumer. En outre, je ne peux pas mâcher mes gommes pendant que je bois, donc dans ces moments là précisément, je n’ai rien pour calmer mon besoin de nicotine. Chez moi, l’ivresse appelle violemment l’envie de fumer et cela devient une obsession qui dure jusqu’à 3 jours. Aujourd’hui encore rien n’est acquis et je reste une amoureuse inconditionnelle de la cigarette. Une des choses qui me permet de tenir, c’est que les deux premiers mois m’ont paru tellement difficiles que je ne suis pas prête à le revivre. Je note cependant que plus on avance, plus on reste fragile, et moins notre entourage nous soutient. Au début, j’étais très soutenue par ma famille et mes amis, mais pour eux désormais, c’est acquis. Quand j’ai fêté mes 6 mois d’arrêt, ils étaient contents pour moi bien sûr, mais au quotidien c’est devenu normal pour eux alors que pour moi cela reste un effort énorme. Pour leur faire mieux comprendre ce que je vis, je dis parfois que je suis une « ancienne alcoolique du tabac », car je suis persuadée qu’il suffirait que je prenne une bouffée de cigarette pour replonger. Cela fait rire les gens, mais ils cernent ainsi combien c’est difficile pour moi.”

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Logo Santé Info Droits

Partager sur

Copier le lien

Copier