Gare aux produits chimiques cachés dans les couches et textiles de nos enfants

Avez-vous déjà imaginé qu’un vêtement, un linge de maison ou une peluche puisse directement nuire à la santé de votre enfant ? C’est pourtant bel et bien le cas quand on tombe sur certains tissus synthétiques, des matières hi-tech ou des textiles colorés avec des produits nocifs.

L’industrie textile a fait preuve d’inventivité ces dernières décennies pour nous faciliter la vie en créant des tissus infroissables, imperméables, anti-froid, anti-tâches, anti-odeurs, anti-acariens, anti-UV, etc… Malheureusement cela se révèle aujourd’hui avoir un prix sur notre santé.

En outre, par souci d’économie, les marques, même les plus connues, n’utilisent pas toujours les procédés de fabrication, ni les produits les plus écologiques et naturels.

Le résultat est que s’immiscent dans nos vêtements des produits chimiques indésirables. Ils sont la plupart du temps présents en faible quantité mais participent à l’effet cocktail de ces incalculables polluants chimiques qui s’invitent désormais au quotidien dans notre alimentation, nos cosmétiques, nos meubles, produits ménagers, les jouets, etc.

Les vêtements et linge de maison pour bébés et enfants n’échappent pas à ces polluants chimiques, or leur organisme, encore en pleine croissance, peut se trouver tout particulièrement fragilisé par ce type d’exposition chimique.  

 

DES PRODUITS CHIMIQUES DANS NOS VÊTEMENTS

Greenpeace a enquêté sur la présence de produits chimiques dans nos vêtements…

En 2011 et 2012, l’organisation Greenpeace avait épinglé plusieurs grandes marques de la mode en publiant plusieurs rapports (dans Toxic Threads: The Big Fashion Stitch-Up, Dirty Laundry et Dirty Laundry 2) sur la présence de produits toxiques dans leurs vêtements.

Ainsi pour Toxic Threads, l’organisation a analysé 141 articles, provenant de 20 grandes marques et achetés dans 29 pays différents. Il y avait dans cette sélection des tee-shirts, des jeans, des pantalons, des robes, des sous-vêtements pour femmes, hommes et enfants.

63% de ces vêtements contenaient ce que l’on appelle des nonylphénols éthoxylates, parfois dans des proportions inacceptables.

Le danger actuellement connu par rapport à la présence de nonylphénols éthoxylates n’est pas leur contact direct, mais le fait qu’au lavage ces produits chimiques, qui agissent comme des perturbateurs endocriniens, se retrouvent indéniablement dans la nature et polluent insidieusement tout ce que l’on mange, ce que l’on boit.

Lors de cette même étude, Greenpeace a également recherché la présence d’un autre type de perturbateurs endocriniens tristement célèbre : les phtalates (lire notre article consacré aux phtalates). Les chercheurs se sont concentrés sur les impressions en plastisol, les logos et les textes imprimés sur 31 vêtements et tous contenaient effectivement des phtalates.

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) fait ses propres analyses…

En 2018, dans une évaluation des effets sensibilisants ou irritants cutanés des substances chimiques présentes dans les articles chaussants et textiles d’habillement, l’Anses s’est intéressée aux nombreux cas d’allergies et/ou d’irritations cutanées, a priori en lien avec les textiles d’habillement ou des articles chaussants, rapportés ces dernières années par la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes). D’après l’analyse de vêtements achetés en France uniquement, l’Agence conclue, à l’instar de Greenpeace, à la présence de nonylphénols éthoxylates, mais pour 20% des vêtements testés seulement (contre 63% pour l’enquête de Greenpeace). Le constat est plus alarmant encore en ce qui concerne les articles chaussants où sont retrouvés de la colophane (sensibilisant cutané) dans 34% de la sélection, du benzoate de benzyle (toxicité aigüe) dans 21%, du formaldéhyde (cancérigène et sensibilisant cutané), et plusieurs autres substances inquiétantes.

Quelques gestes à adopter pour réduire l’exposition des enfants aux polluants chimiques contenus dans les textiles :

  • Privilégier des fibres naturelles, et si possible les labels écologiques.
  • Sachez que la culture du coton est très gourmande en eau et souvent en pesticides. Privilégiez le coton biologique.
  • Lavez systématiquement tous les vêtements et linge de maison avant de les porter ou de les utiliser.
  • Evitez les tissus techniques ou traités (ultra-absorbants, imperméables, anti-tâches, anti-UV, anti-acariens, etc.). Certains cachent même des nanoparticules !

DES COUCHES TOXIQUES

Dans son édition de février 2017, le magazine 60 millions de consommateurs a publié une étude sur l’analyse de plusieurs couches jetables pour bébé, qui a révélé que la plupart contenaient des produits chimiques, même dans des produits se vantant d’être écologiques. Pesticides, composés organiques volatils, dioxines, se retrouvent en contact direct avec la peau fragile des bébés, d’autant plus fragile qu’elle est souvent lésée au niveau des fesses, donc plus sensibles à une éventuelle contamination par des produits chimiques. Rappelons qu’une exposition chimique est particulièrement inquiétante chez les tout-petits puisque leur organisme est encore en pleine croissance. Du glyphosate a même été retrouvé dans les couches d’une marque dite « écologique » de la grande distribution. Les couches exposent donc largement les bébés à un cocktail de substances au mieux allergisantes, au pire cancérigènes ou qui agissent comme des perturbateurs endocriniens.

Alerté par ce sujet et par le manque d’informations disponibles sur la composition et les procédés de fabrication des couches jetables, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a également mené ses propres analyses entre 2016 et 2018 sur plusieurs modèles de couches jetables en vente sur le marché français (lire l’article sur le site de l’Anses). Il en résulte que plusieurs substances chimiques présentant un risque pour la santé des bébés ont été identifiées et que, dans certains cas, elles dépassaient les seuils sanitaires. L’Anses conclue qu’ « Au regard des risques que peuvent présenter ces substances et de la population particulièrement sensible concernée, l’Anses recommande d’éliminer ou de réduire au maximum les substances chimiques présentes dans les couches pour bébé à usage unique. ». L’Agence a donc émis des recommandations à l’intention des industriels, en leur précisant notamment de supprimer les substances parfumantes. Tout récemment, suite au rapport de l’Anses sur les couches jetables de janvier 2019, des parents et une association ont saisi le Conseil d’Etat, demandant l’obligation aux pouvoirs publics et aux fabricants de donner le nom des marques de couches potentiellement toxiques pour les bébés (lire l’article du Parisien du 10 juin 2019 à ce sujet).

Sans réglementation stricte, ni informations sur la composition des couches de la part des fabricants, les parents se retrouvent face à un vrai casse-tête, puisqu’ils ne peuvent même pas avoir confiance dans toutes les couches dites écologiques. Restent les couches lavables en tissus biologiques qui sont plus sûres et moins polluantes pour ceux qui sont prêts à changer leur organisation côté langes.

 

 

 

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