SOMMES-NOUS EN DANGER FACE AUX PHTALATES ?

Après le Bisphénol A et les parabènes, 66 Millions d’Impatients fait le point aujourd’hui sur un autre perturbateur endocrinien célèbre : les phtalates. Le sujet des perturbateurs endocriniens est désormais si inquiétant que le 29 avril, la nouvelle Ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, a présenté au Conseil national de la transition écologique sa stratégie sur les perturbateurs endocriniens.

 Où se cachent les phtalates ?

Tout comme le Bisphénol A et les parabènes, les phtalates entrent dans la fabrication des matières plastiques et servent notamment à les rendre plus ou moins souples. Trois millions de tonnes de phtalates sont produits chaque année dans le monde (source INRS). On en retrouve ainsi dans notre environnement au quotidien. Ils sont particulièrement présents dans les articles en PVC (polychlorure de Vinyle) ; or la liste de ces articles est très longue et s’étend des tuyaux installés dans nos maisons, aux emballages alimentaires en passant par les jouets, les revêtements de sols en vinyle, nos rideaux de douche ou nos imperméables. On les retrouve également en abondance dans les dispositifs médicaux, comme les poches de sang, les cathéters, les gants à usage unique… Les phtalates contenus dans des emballages alimentaires et a fortiori dans les dispositifs médicaux en contact direct avec les patients sont évidemment à surveiller de très près, car un phénomène de migration peut avoir lieu vers les aliments ou directement dans le corps des patients exposés.

Mais les phtalates se glissent dans notre quotidien, bien au-delà des produits en PVC. Ainsi les retrouve-t-on dans les peintures, les colles et les adhésifs, les produits ménagers, les cosmétiques comme certains vernis à ongles, shampoings ou déodorants par exemple. Malgré les actions de l’ANSM (agence nationale de Sécurité des Médicaments et des produits de santé) pour réduire leur utilisation, on en trouve également dans certains médicaments.

Une étude, qui vient d’être menée par le Laboratoire Excell, révèle que 59% des vins et 40% de spiritueux de production française contiendraient des phtalates. Reste l’éternel bras de fer sur le Nutella, opposant la société Ferrero qui le fabrique et affirme qu’aucun phtalate n’entre dans la composition de la pâte à tartiner ou de ses emballages et les auteurs d’un reportage intitulé « L’Emballage qui tue », diffusé sur Arte en juillet 2010. Le reportage indiquait que non seulement le Nutella contenait des phtalates mais encore pas n’importe quel phtalate… l’un des plus dangereux et le plus utilisé de tous : le DEHP.

Classification des substances selon leur gravité et règlementation

En effet, dans la grande et belle famille des substances chimiques baptisées phtalates, il y en a qui sont plus ou moins nocifs. Certains ont ainsi été classés par l’Agence européenne des Produits Chimiques (ECHA) comme substances CMR (Cancérogènes, Mutagènes, Reprotoxiques) selon 3 catégories. La première comprend les CMR avérés pour l’homme, la deuxième comprend ceux avérés pour les animaux et suspectés pour l’homme, la troisième retient les « suspects ».

Dès 1999, l’utilisation de six phtalates DEHP, DBP, BBP, DIDP, DINP, DNOP n’est plus autorisée par l’Union européenne dans le cadre de la fabrication de jouets et d’articles de puériculture. En 2007, leur usage est restreint en ce qui concerne les emballages alimentaires. En 2009, c’est au tour des cosmétiques, puis des dispositifs médicaux l’année suivante. En 2011, l’Assemblée Nationale vote un texte visant à réduire davantage encore l’utilisation des phtalates et des parabènes.

Heureusement les progrès continuent puisqu’à partir de 2015, le fameux DEHP dont nous parlions plus haut, ainsi que trois de ses cousins seront tout simplement interdits (enfin presque… des dérogations restent possibles). Le problème, c’est qu’au jeu des chaises musicales des perturbateurs endocriniens, l’un remplace l’autre et la tourmente est encore loin de se calmer malgré ces interdictions successives.

Les conséquences sur notre santé

Rappelons que les perturbateurs endocriniens déséquilibrent le système hormonal et entraînent des problèmes de fertilité chez l’homme comme chez la femme. Leur très large utilisation augmente également les cas d’obésité, de diabète ainsi que certains cancers.

L’effet négatif des phtalates sur la fertilité a fait l’objet de plusieurs études ces dernières années, et il a été prouvé qu’elle fait baisser la production de testostérone chez l’homme. Dans cet article de mars 2012, l’INSERM compulse quelques uns des travaux sur le sujet.

Les femmes ne sont pas en reste évidemment et prennent des risques lors des expositions aux phtalates. Au cours d’une étude menée aux Etats-Unis sous la direction de Kelly K. Ferguson, il a été démontré à la suite d’analyses d’urine de femmes ayant accouché prématurément comparées à d’autres étant arrivées à terme, que la présence de phtalates était associée aux accouchements précoces.

Espérons que la montée au créneau de Ségolène Royal fasse évoluer l’utilisation des perturbateurs endocriniens vers plus de sobriété. En attendant, le CISS (Collectif Interassociatif Sur la Santé) se réjouit de ces récentes dispositions annoncées dans la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens !

 

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