Rendez-vous à Belleville-Pyrénées : visite dans une Maison parisienne de santé participative

A Paris, deux Maisons de santé pluriprofessionnelles, Mathagon dans le 18e arrondissement et Pyrénées-Belleville dans le 20e, ont intégré en 2022, comme 24 autres structures partout en France, l’expérimentation dite « SECPA », pour Structures d’Exercice Collectif PArticipatives. Ce projet ambitieux finance du temps humain afin de promouvoir la santé communautaire. Alors qu’une généralisation de SECPA est théoriquement prévue à partir de 2025, nous avons échangé avec les professionnels et usagers de la MSP de Pyrénées-Belleville, pour comprendre comment ils se sont emparés du dispositif.

« Nous ne mesurions pas en répondant à l’appel à candidature de SECPA à quel point cette expérimentation allait bouleverser la Maison de santé, notre travail, notre organisation », affirme Marie Karsenty, qui occupe tour à tour des fonctions d’accueil, de secrétariat médical et de coordination au sein de la Maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) parisienne de Pyrénées-Belleville. Le constat est le même du côté des soignants : « Je n’ai pas réalisé la portée de cette expérimentation sur le moment, mais notre vie a changé. », confirme Mady Denantes, médecin généraliste associée à la MSP. En moins de deux années, l’effectif est passé de 1,5 à 8 salariés, qui ont rejoint les 7 médecins, 4 infirmiers, ainsi que l’interne, l’externe, les stagiaires et l’agente d’entretien de la structure. En septembre 2023, la structure a dû déménager.

Conformément au cahier des charges de l’expérimentation, les recrutements ont concerné 1 personne supplémentaire pour soutenir l’accueil et le secrétariat médical, 1 psychologue, 3 médiateurs en santé et 1 coordinateur de la santé participative, tous à temps partiel. La MSP a accueilli l’an dernier une file active de 5 000 patients, aujourd’hui croissante et avec la possibilité d’accepter de nouveaux patients.

Une approche de santé plus globale

« Nous avons toujours réfléchi aux façons de lutter contre les inégalités sociales de santé et pensons qu’il est nécessaire de donner plus à ceux qui ont besoin de plus », rappelle le Dr Denantes. A l’accueil, Marie Karsenty, désormais secondée par une autre salariée, souligne la vulnérabilité des patients de la MSP, dont certains ont besoin d’un accompagnement plus individualisé – d’être par exemple rappelé avant leurs rendez-vous. Elle se réjouit de pouvoir améliorer l’accueil des usagers, accueil qu’elle considère comme faisant déjà partie du soin.

Les nouvelles ressources humaines ont, en réalité, permis d’asseoir des actions qui peinaient à se pérenniser faute de temps et de moyens, puisqu’elles reposaient souvent sur le bénévolat des salariés de la MSP. Ainsi l’activité physique adaptée a-t-elle été améliorée grâce à l’expérimentation. L’animateur qui intervenait une fois par semaine est passé à deux séances hebdomadaires, et une médiatrice en santé suit de manière plus personnalisée les bénéficiaires. « Les médiateurs sont nos sauveurs, grâce à eux on agit mieux, plus vite. Nous sommes plus efficaces », constate le Dr Denantes. Ces mêmes médiateurs organisent aussi, une fois par mois, un café-santé pour les usagers qui auraient besoin d’échanger dans un contexte convivial. Autant de projets de santé communautaire, tournés vers les usagers, mais également coconstruits avec eux.

Valoriser l’intégration des usagers

Faire pour, avec, ensemble, c’est évidemment tout l’enjeu de la démarche participative soutenue par l’expérimentation SECPA. Il est donc déjà prévu que les invités aux futurs cafés-santé de la MSP proposent bientôt eux-mêmes les thématiques qui y seront abordés. Par ailleurs, l’une des raisons pour laquelle la MSP Pyrénées-Belleville aurait été intégrée dans l’expérimentation pourrait être qu’elle avait déjà mis en place, depuis plusieurs années, un conseil des usagers. « Nous avons eu très tôt l’intuition qu’associer des usagers à nos activités était capital, même si les soignants ne sont pas habitués à un tel fonctionnement. Nous mettons en place ensemble, petit à petit, de nouvelles activités, de nouveaux modèles », observe le Dr Denantes. Les usagers partagent ce constat puisque Pascale, membre du Conseil des Usagers déclare : « Les médecins de la MSP ne sont pas que des techniciens de la médecine, ils sont des techniciens de l’humain ». Résolument tourné vers les besoins des habitants, François, également membre du Conseil des Usagers apprécie que cette fonction lui permette de mieux connaître les problèmes de son quartier et d’agir avec la MSP pour aider ceux qui en ont besoin, comme cela a été le cas pour s’opposer à l’exclusion de l’une de leurs résidentes âgées. Statutairement, les usagers sont un collège de l’association qui porte la MSP mais ils n’ont pas, pour le moment, de droit de vote. Ils sont déjà présents aux Assemblées Générales et il est question que certains puissent bientôt assister au Conseil d’administration (CA). « Si nous étions invités au CA, cela pourrait me plaire mais dans un simple rôle de conseil car l’équipe soignante est formidable. Ils savent ce qu’ils font et il n’est pas question pour moi de me substituer à l’un d’eux », déclare Claire, membre du conseil des usagers.

D’inévitables conséquences

L’augmentation des effectifs a contraint la MSP à trouver de nouveaux locaux. Or l’expérimentation SECPA ne finançant que du temps humain – aucunement du foncier ou du matériel –, dans un contexte parisien de forte tension immobilière, cet aspect aurait pu freiner l’équipe. Une chance : des locaux assez grands et idéalement situés dans le quartier se sont libérés alors même que la Ville de Paris, la région et l’agence régionale de santé avaient subventionné ce changement d’adresse. En outre, cette augmentation du nombre de salariés a exigé de la part des professionnels de santé libéraux associés de la MSP de gérer des problématiques de ressources humaines, face auxquelles ils ne sont pas spécialement formés, ni forcément à l’aise. Autant d’ajustements que la Délégation interministérielle de la prévention et de la lutte contre la pauvreté (DIPLP), qui pilote l’expérimentation avec la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), a déjà identifiés et qui seront peut-être pris en compte au moment de la généralisation de l’expérimentation en 2025.

Dans l’immédiat, à la MSP de Pyrénées-Belleville, on reste positif, espérant que le niveau de budget restera ambitieux au moment de l’entrée de SECPA dans le droit commun et que tous les recrutements seront maintenus.

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