L’art de la santé participative à la MSP du Kruysbellaert à Dunkerque

Répondre à l’appel à candidature de l’expérimentation SECPA, structure d’exercice coordonnée participative, a été une évidence pour la Maison de santé pluriprofessionnelle Dunkerquoise du Kruysbellaert, dont les équipes ont toujours envisagé la santé à travers une approche « médico-psycho-sociale ». L’équipe de la MSP se présente comme étant « engagée dans des soins intégrés et centrés sur le patient ».  Un programme qui s’inscrit pleinement dans la démarche de santé communautaire justement visée par SECPA.

« La maison familiale de santé » …

… C’est ainsi, nous explique Florane Lemee, coordinatrice à la MSP du Kruysbellaert, que les patients ont renommé la Maison de santé dunkerquoise… Un surnom auquel adhère totalement Jean-Pierre. Après un AVC il y a deux ans et demi, cet usager a découvert la MSP grâce à son orthophoniste. Sa prise en charge au Kruysbellaert a été concomitante avec la mise en place des activités rendues possibles grâce au budget de l’expérimentation SECPA. Jean-Pierre a donc pu bénéficier d’une prise en charge pour des séances avec une psychomotricienne et d’aide pour toutes ses démarches administratives grâce au temps qu’a pu lui consacrer Elise, à la fois coordinatrice et assistante sociale à la MSP. Séduit par la dynamique bienveillante de la structure, Jean-Pierre y a finalement pris ses habitudes et participe désormais régulièrement à de nombreux rendez-vous proposés au sein de la MSP, comme à l’activité physique adaptée, aux « bla-bla santé » ou encore aux « cafés-santé », autant d’ateliers mis en place grâce à SECPA. « Ce sont des moments de partage, d’écoute. Pour moi ce n’est pas une simple maison de santé, c’est une maison familiale où chacun a sa place et peut participer. Voir un médecin est parfois indispensable mais la santé va au-delà et à la MSP tout le monde l’a bien compris », explique-t-il.

Florane Lemee ajoute que les professionnels de santé à l’origine de la création de la MSP étaient tous, depuis longtemps, sensibilisés à la santé globale et participative. Formés à l’éducation thérapeutique du patient (ETP), ils ont à cœur de coconstruire les projets de santé et de ne pas faire « à la place » des usagers, mais avec eux. C’est pourquoi les thématiques abordées lors des « bla-bla santé », animés par une médiatrice en santé, partent systématiquement des besoins et des envies des usagers. En ce moment on y parle souvent de plantes médicinales, dont quelques-unes poussent au milieu des fruits et légumes du potager de la MSP, en partie entretenu par les usagers. Les experts qui interviennent lors des « cafés-santé » orientent, pour leur part, les discussions en fonction des sujets qui intéressent le quotidien des usagers, comme le sommeil, la nutrition, le sport, le diabète, etc.

Un projet de santé artistique bâti avec les usagers

Si les usagers ne sont pas organisés en conseil ou comité à la MSP du Kruysbellaert, du moins « pas encore », précisent Florane et Jean-Pierre, certains sont pourtant très impliqués au sein de la structure, voire résolument pro-actifs pour faire bouger les lignes. Cela s’est traduit, par exemple, par leur participation à un podcast présentant la MSP, axé sur ce qu’est la santé participative et le projet « Vivre en mouvement », né d’une rencontre entre la photographe Marie Manecy et les équipes et surtout les usagers de la MSP, et réalisé en partenariat avec l’association Les Nuanciers. Cela a donné lieu à une exposition de photos pour laquelle les usagers étaient à la fois photographes et modèles. Ils ont également eux-mêmes accroché les œuvres dans les locaux de la MSP. Le projet a été parachevé par la création d’un slam et d’un clip vidéo où la phrase « La vie qui bouge » revient comme un refrain, chanté par chacun des « usagers-artistes ». Ils y exposent, tour à tour, leurs difficultés, entre peurs et douleurs parfois, mais tous portés par l’espoir de trouver ensemble des solutions pour honorer la vie qui bouge et rester en bonne santé.

« La demande autour d’initiatives mêlant art et santé est forte et un nouveau projet, une fois encore entièrement coconstruit avec les usagers, est en préparation », témoigne Elise Debruyne, coordinatrice à la MSP du Kruysbellaert. Elle se félicite que lors de ce premier projet, les patients, se sentant de plus en plus à l’aise au fil des mois qui ont nécessité sa réalisation, ont pu s’exprimer sur leur vision de la MSP et sur leurs propres difficultés. Cela a permis d’enclencher des accompagnements individuels ou collectifs et d’identifier les besoins d’usagers ayant des parcours de vie complexes. Pour Elise, c’est bel et bien grâce à SECPA que les équipes de la MSP, au travers de projets qui peuvent aller bien au-delà du soin ou de la prévention, prennent enfin du temps d’écoute, d’observation et de mise en place de solutions adaptées et efficaces pour la santé et le bien-être des usagers.

Ce qui a changé grâce à SECPA

Ainsi que le prévoit le cahier des charges de l’expérimentation, les dotations reçues par la MSP du Kruysbellaert ont permis de mettre en place un certain nombre de consultations, entièrement prises en charge, notamment avec une diététicienne, une psychomotricienne ou encore un psychologue. Tous ces professionnels participent également à des ateliers collectifs, à l’instar des autres professionnels libéraux de santé de la MSP, qui jusque-là le faisaient le plus souvent bénévolement, et peuvent grâce à SECPA, voir ce temps de travail justement valorisé. Les professionnels de santé nouvellement arrivés apprécient également de pouvoir mixer leur activité libérale avec des actions de prévention collectives. Par ailleurs, le temps financé pour de la coordination, de la médiation et de l’accueil en santé a permis de soulager, sur bien des aspects, la vie des usagers et le travail des divers praticiens. Elise Debruyne, coordinatrice, et Naïma El Amrani, médiatrice en santé, ont notamment pu aider les patients qui avaient de grandes difficultés par rapport à leurs parcours de soins ou leurs démarches administratives, allant parfois jusqu’à les accompagner en personne lors de consultations extérieures à la MSP, ou pour des rendez-vous à la CAF, à la CPAM ou à la rencontre de diverses associations.

Reste que, comme toutes les MSP intégrées à SECPA, celle du Kruysbellaert espère que ces nouvelles actions continueront d’être financées dans le temps. Pour l’instant, le calcul des dotations dépend, en partie, du nombre de médecins traitants dans la structure. Or l’un d’eux vient de partir. « Nous essayons de démontrer que ce n’est pas parce qu’un médecin part que sa patientèle ne fréquentera plus la MSP. En l’occurrence, ce médecin avait de nombreux patients particulièrement fragiles. Ils ont plus que jamais besoin de maintenir le lien avec la MSP puisqu’ils ont pris l’habitude, pour certains, de consulter d’autres professionnels de santé de la structure ou de participer à nos ateliers collectifs », plaide Florane Lemee.

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