Le TechLab d’APF France handicap : l’innovation au service de l’inclusion

En 2021, APF France handicap lance son « TechLab », qui regroupe divers services de l’association travaillant sur l’innovation technologique au service de l’inclusion. Parmi ceux-ci, son département dédié à l’accès au numérique pour les personnes en situation de handicap, qui existait depuis 1996. Veille et tests de produits réalisés par des professionnels et des usagers, formation des professionnels, accompagnement personnalisé des particuliers, prêt de matériel, etc., les équipes du TechLab assurent des missions indispensables qui relèvent quasiment du service public. Coup de projecteur sur cette plateforme avec sa responsable, Estelle Peyrard.

Comment s’organisent les missions du TechLab ?

Estelle Peyrard : Nous sommes une dizaine, pas tous à temps plein, répartis entre deux sites, l’un à Tourcoing et l’autre à Paris. Nos équipes comptent divers experts, notamment des ergothérapeutes, une orthophoniste et une designer. Certains d’entre nous ont un profil très « technique » et savent décrypter les technologies les plus innovantes, d’autres sont plus à l’aise pour évaluer s’ils sont bien adaptés aux besoins des usagers et faciles à utiliser.

Nous réalisons tout d’abord un important travail de veille de tous les produits qui sortent sur le marché français et jetons un œil aux solutions qui nous paraissent intéressantes à l’étranger. Il arrive que nous prévenions les distributeurs français lorsqu’un produit nous semble vraiment utile et bien conçu. Suite à cette veille, nous opérons une sélection de produits et les testons nous-mêmes, en prenant en compte les retours des usagers. Cela nous permet de produire et de mettre à disposition beaucoup de contenus : 35 fiches complètes par an, des capsules vidéo, des dossiers comparatifs, des newsletters, etc.

A qui s’adressent ces contenus ?

Estelle Peyrard : Ces contenus gratuits sont à destination des professionnels de santé qui suivent et accompagnent les personnes en situation de handicap, comme les ergothérapeutes et les orthophonistes, et sont également accessibles directement aux usagers. Nous avons à cœur de nous adresser de plus en plus aux particuliers eux-mêmes pour soutenir une logique d’autodétermination. Nous essayons d’adopter le plus possible un discours orienté « grand public » dans nos communications, même si certaines explications sont parfois très techniques.

Sur quels types d’innovation travaille le TechLab ?

Estelle Peyrard : Sur la partie veille et conseil, le TechLab est particulièrement tourné vers l’accès au numérique. Nous menons aussi des missions d’accompagnement des entreprises dans leurs démarches d’innovation inclusive : nous les aidons à prendre en compte les besoins des personnes en situation de handicap dans la conception de leurs produits. Nous avons pu ainsi travailler sur les exosquelettes, la réalité virtuelle ou encore sur la conception de tout type de produits manufacturés, comme les packagings cosmétiques pour faciliter leur usage. Récemment, nous avons également participé à la conception d’équipements de jardinage pour une grande entreprise et, en partenariat avec l’École de design de Nantes et la fondation Toyota Mobility, à imaginer ce que pourrait être la voiture plus inclusive de demain. Ces partenariats sont essentiels pour sensibiliser les professionnels à améliorer et concevoir le design et l’innovation inclusifs.

La formation des professionnels et l’accompagnement personnalisé des usagers font également partie de vos missions ?

Estelle Peyrard : Tout à fait ! Nous répondons à des centaines de mails et d’appels chaque année, dont une partie donne lieu à une téléconsultation. L’une de nos missions est d’assurer la formation initiale et continue des professionnels qui travaillent dans le champ du handicap. En effet, la formation initiale prévoit malheureusement trop peu de temps sur l’accès au numérique et sur les nouvelles technologies. En outre, par définition, les nouvelles technologies progressent rapidement et les professionnels ont besoin de soutien pour se tenir au courant des diverses évolutions. Par ailleurs, les conseillers du TechLab répondent directement aux sollicitations des usagers ou de leurs aidants. Ensemble, ils affinent les problématiques au cas par cas afin d’émettre des préconisations adaptées. Le TechLab peut également proposer un prêt de matériel pour quelques semaines afin que les usagers puissent comparer divers outils répondant à leurs besoins.

Ce service de prêt semble très utile. Comment fonctionne-t-il ?

Estelle Peyrard : Nous avons un budget pour l’achat de quelques produits chaque année et parfois les fabricants viennent nous faire une démonstration et nous laissent leurs produits pour ce service de prêt. Cette année, nous avons la chance d’avoir un financement supplémentaire de la part de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) pour acquérir des produits spécifiquement dans le domaine des aides à la communication. C’est formidable, mais nous aurions besoin de davantage de moyens pour financer aussi le temps passé à tester et choisir le matériel, à le conditionner pour l’envoyer aux usagers, à les conseiller sur l’utilisation du matériel prêté, etc.

Comment les usagers participent-ils au TechLab ?

Estelle Peyrard : Des panels d’usagers interviennent lors d’ateliers innovation que nous organisons en partenariat avec des fabricants, pour tester les solutions en cours de développement. Dix à quinze entreprises, de la start-up aux marques bien établies, font appel à nous chaque année. Nous renouvelons nos panels d’usagers quasiment à chaque projet et travaillons pour cela avec les 450 établissements médico-sociaux d’APF France handicap. Ainsi, annuellement, environ une centaine d’usagers en situation de handicap participe à nos travaux.

En quoi, selon vous, un service comme le TechLab est-il indispensable ?

Estelle Peyrard : Comprendre, décrypter, transmettre aux usagers les technologies qui sont ou pourraient être mises à leur service et participer à leur développement est primordial. C’est pourquoi il nous semble essentiel de travailler le plus possible en amont du développement des produits, directement avec les fabricants, afin qu’ils prennent bien en considération les grands principes de la conception universelle du design inclusif. Lors des ateliers qui regroupent les panels d’utilisateurs, nous sommes souvent obligés de leur préciser que s’ils ont du mal à comprendre comment un produit fonctionne, ce n’est absolument pas leur faute et que c’est au fabricant d’améliorer son produit. La grande majorité des fabricants de produits manufacturés ignore souvent qu’ils créent de l’exclusion avec leurs produits, parce que ceux-ci sont trop compliqués, trop difficiles à utiliser, ou simplement inaccessibles. Cela dit, même pour les fabricants qui ont une démarche tournée vers l’inclusion, qui ont compris que la co-conception avec les usagers étaient incontournable, ce n’est pas toujours évident de concevoir des solutions idéales.

Par ailleurs, il nous semble indispensable, chez APF France handicap, de soutenir tout particulièrement l’accès au numérique. Dans le monde actuel, de plus en plus connecté, accéder au numérique est un besoin prioritaire, comme pouvoir se lever, se laver, manger, se déplacer, etc. Être privé de cet accès revient à être exclu d’une grande partie de la vie économique et sociale. Il est temps que les pouvoirs publics se rendent compte de la valeur de nos missions, qui relèvent, ni plus, ni moins, du service public. Il serait pertinent qu’ils nous soutiennent puisqu’il n’existe aucun service public équivalent.

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