RPIB : l’outil pour évaluer les risques liés à l’alcool

Alors que le dry january s’achève, coup de projecteur sur un outil de prévention appelé RPIB, pour Repérage Précoce Intervention Brève. Trop peu connu et déployé, le RPIB est pourtant facile et rapide à mettre en œuvre, au moins pour sa partie axée sur le repérage des personnes en difficultés avec l’alcool. Quelques questions suffisent. Répandre son usage permettrait de sensibiliser davantage de personnes aux dangers de l’alcool. Le RPIB, un dispositif à vulgariser, en attendant l’édition 2025 du dry january !

Au moins une fois par an, et dans les situations particulières comme une visite à son médecin traitant, le suivi d’une grossesse ou la survenue d’un stress psychologique, il serait pertinent que les professionnels de santé interrogent leurs patients sur leur consommation d’alcool. Ce serait d’autant plus pertinent que la Haute Autorité de santé a édité en 2014 un rapport pour aider ces professionnels à se saisir de la question. L’instance évoque l’intérêt d’un outil baptisé le « RPIB », ou Repérage précoce et Intervention brève. « Une seule séance d’intervention brève ou d’entretien motivationnel peut avoir des effets significatifs et durables sur la consommation d’alcool », stipule l’organisme de santé publique, se basant sur de nombreux travaux.

Malgré l’efficacité établie du RPIB, les médecins ont du mal à s’emparer de cet outil. Pour le Dr Jean-Marie Cohen, médecin généraliste, une partie du problème tient à la propre position des médecins vis-à-vis de l’alcool. « Il s’agit de ne pas faire semblant d’être non-buveur, pour sortir de la dialectique sur le bien et le mal quand on parle d’alcool. En stigmatisant trop l’alcool, on crée le tabou. Or, boire de l’alcool n’est pas ‘’ mal ‘’ ». Le Pr Pascal Perney, addictologue au VCHU de Montpellier enseigne le RPIB aux médecins et infirmières. Il sait que, parmi eux, certains ne sont pas à l’aise avec le sujet et l’aborderont peu avec leurs patients. Il les encourage néanmoins à pratiquer au moins la partie repérage du RPIB.

Le plus important : déclencher le dialogue

La phase de repérage du RPIB, rapide et simple, prend la forme d’un questionnaire validé scientifiquement, qui évalue si l’on a, ou pas, une consommation à risques pour sa santé. Il en existe plusieurs comme le questionnaire AUDIT, développé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), composé de 10 questions ou le questionnaire « FACE » (Formule pour Approcher la Consommation par Entretien), en cinq questions. Pour le Pr Perney, « l’idéal serait de pouvoir proposer ces questionnaires partout, dans les salles d’attente des médecins et des laboratoires, dans les pharmacies, etc., car le repérage est la première étape sans laquelle rien n’est possible ». Une question pertinente, au cours d’une consultation, peut parfois suffire à enclencher l’échange, estime le Dr Cohen : « Personnellement, je pose assez systématiquement une question sur l’alcool et le tabac à tous mes patients, quelle que soit la raison de la consultation. Concernant l’alcool, la plupart du temps, soit les patients se renferment, soit ils rebondissent sur la question. Lorsque c’est le cas, on peut s’en féliciter car la prise de conscience des patients et le déclenchement du dialogue sont les étapes les plus difficiles ». Mais bien sûr d’autres signes peuvent alerter, à ceci près, admet le médecin généraliste, que les patients qui présentent des troubles de la consommation, consultent rarement pour ce motif. Ils peuvent même rester très longtemps dans le déni, malgré l’apparition de symptômes parfois graves. « Il est important d’évaluer la quantité d’alcool consommée avant même de repérer une éventuelle dépendance, reprend le Dr Perney. On peut consommer en grande quantité sans être dépendant. Or, les épisodes de forte consommation ponctuels sont aussi toxiques, voire plus qu’une consommation diluée dans le temps. » L’idée avec le RPIB est de faire rentrer dans le champ sanitaire des personnes qui n’ont pas encore de complications nettes, qui ne sont pas forcément dépendantes au sens strict de la définition, mais qui ont déjà une consommation à risques pour leur santé.

Privilégier le travail en réseau pour la prise en charge

Simplicité de l’outil de repérage, brièveté de la prise en charge. Bien que brève, cette seconde phase du RPIB ne dispense pas de se documenter sur ses modalités d’application. Le Pr Perney encourage même les médecins à suivre une formation. C’est aussi le conseil du Dr Cohen : « Les médecins qui ont le désir d’assurer des prises en charge pour des patients qui présentent des troubles de l’usage d’alcool doivent être compétents, d’autant plus qu’il pourra s’agir d’aider tour à tour un jeune de 16 ans, une femme enceinte ou un retraité de 80 ans ». Concernant le déroulé du RPIB en consultation, dans son rapport la HAS indique qu’une minute suffit pour recueillir l’information sur la consommation, puis cinq minutes pour restituer les résultats du questionnaire et informer sur les éventuels risques sur la santé du patient. Si ce dernier souhaite réduire ou stopper ses consommations, une « check-list » est ensuite mise à la disposition des médecins pour assurer un suivi d’intervention brève sur la base de consultations spécifiquement dédiées d’une durée de 15 à 20 minutes. « L’entretien d’intervention brève s’appuie sur l’entretien motivationnel, fondé sur une écoute réflective et une attitude empathique qui visent à conforter le patient dans son désir de changement, à renforcer sa motivation, en lui apportant des informations et des aides tout en respectant ses choix et son ambivalence », souligne la HAS.

Pour le Dr Cohen, si le RPIB est efficace et bien conçu, le médecin généraliste a tout intérêt à travailler en synergie avec d’autres professionnels médico-sociaux et/ou des associations. Il insiste également sur l’importance d’anticiper les problèmes annexes, d’ordre professionnel, familial, etc., comme c’est souvent le cas chez les personnes qui ont de fortes consommations d’alcool. En réglant une difficulté liée au logement, par exemple, grâce à l’intervention d’une assistante sociale, le patient pourra alors se sentir peut-être plus disponible pour s’occuper de sa dépendance à l’alcool ou à tout autre substance d’ailleurs.

Repérer et intervenir auprès des jeunes

Outre le désir de transgression qui peut conduire à des consommations à risque chez les adolescents, l’un des problèmes concernant les plus jeunes tient au fait que certains parents considèrent que s’enivrer de temps en temps est de leur âge. « Tant que les jeunes ne boivent pas en semaine, nombre de parents estiment qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Or si le binge drinking est toxique chez les adultes, il l’est d’autant plus chez les plus jeunes, dont le cerveau est encore en phase de développement, rappelle Valérie Lemaire, Chargée de mission Prévention Jeunesse à la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MIDELCA). Par ailleurs, on sait que ce type de consommation peut être prédictif de conduites addictives à l’âge adulte. » Avec les publics jeunes, la question de l’alcool fera l’objet d’une approche particulière. Dans le kit addictions élaboré par le Collège de la Médecine Générale, avec le soutien de la MILDECA, une des 8 fiches pratiques à l’intention des médecins généralistes porte justement sur les conduites à risques des adolescents. Jean-Claude Tomczak, Président de la Fédération Nationale des Amis de la Santé en profite pour signaler que la Coordination des Associations et Mouvements d’Entraide (CAMERUP) propose deux formations à la réduction des risques : l’une sur l’alcool en général et l’autre sur la réduction des risques sur les jeunes. « Il est important de travailler auprès des jeunes, car ils peuvent souvent se sortir plus facilement d’un trouble de l’usage d’alcool qu’une personne qui consomme depuis des décennies », observe-t-il.

Pour la partie intervention brève, il est possible d’utiliser l’application Mydéfi qui, outre un programme de réduction de consommation, a aussi un programme spécifiquement orienté vers le binge drinking, pratique particulièrement répandue chez les jeunes consommateurs.

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