« Le Nutri-Score évolue pour devenir plus performant »

Le Nutri-Score, logo nutritionnel apparu dans les rayonnages en 2017, a fait l’objet d’un changement du mode de calcul de son algorithme. En se calant sur les dernières avancées scientifiques, il se rapproche davantage de la vraie valeur nutritionnelle des produits qui ont adopté cet étiquetage composé de 5 lettres et autant de couleurs. Quels sont les aliments concernés, quelle traduction sur les emballages… Entretien avec Serge Hercberg, nutritionniste et « père » du Nutri-Score.   

Parleriez-vous de durcissement en ce qui concerne le Nutri-Score ?  

Serge Hercberg – Oui, on peut parler de durcissement, puisque le nouvel algorithme est plus strict, notamment pour un certain nombre de produits sucrés, salés, gras, édulcorés, etc. Ces modifications sont liées aux progrès des connaissances scientifiques. Si on prend le sucre, il existe maintenant un rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) qui affirme qu’il n’y a pas de seuil en-dessous duquel il n’y aurait pas d’effet négatif ; pour la viande, il y a davantage d’études encore qui montrent le surrisque de cancer et pour les édulcorants, des travaux attestent de leur absence d’intérêt, voire de possibles effets délétères. Ces avancées ont été intégrées aux recommandations nutritionnelles de santé publique au niveau européen. Ce nouveau Nutri-Score est donc davantage en cohérence avec celles-ci.

Quelle est la proportion de produits concernés par ce nouvel algorithme ?

Serge Hercberg – Le déploiement de ce nouvel algorithme touche à peu près 30 à 40 % des aliments. Le Nutri-Score est souvent modifié de manière défavorable, mais parfois plus favorablement. C’est le cas, par exemple, de l’huile d’olive ou de l’huile de colza qui vont passer de C à B. Les produits céréaliers complets sont de même mieux classés, ce qui va permettre de les distinguer de l’offre plus raffinée. Les fromages moins salés, comme l’Emmental passent, quant à eux, de D à C.

La marque Bjorg (céréales du petit-déjeuner, biscuits, etc.) a préféré abandonner le Nutri-Score pour ne pas perdre son A. Qu’est-ce que vous inspire cette décision ?    

Serge Hercberg – Ce rétropédalage signe une absence de respect du consommateur et met en évidence une forme d’opportunisme. Certains industriels jouent le jeu quand la transparence les arrange, mais préfèrent cacher la réalité des choses quand cela ne sert plus leurs intérêts. À ce jour, seul Bjorg a pris officiellement la décision de se retirer du Nutri-Score, en mettant en avant un argumentaire très discutable. Remplacer un score nutritionnel par un logo environnemental, en l’occurrence le Planet-score, n’a pas de sens : ce n’est pas du tout la même information. Et c’est d’autant plus malhonnête qu’aujourd’hui, il n’y a pas encore de logo environnemental officiel.[1] D’autre part, son graphisme, proche de celui du Nutri-Score (même lettres et couleurs, du vert au rouge), peut induire une confusion chez le consommateur.

Justement, ne craignez-vous pas de déstabiliser le consommateur qui avait peut-être pris ses repères ?  

Serge Hercberg – Aujourd’hui, 90 % des consommateurs plébiscitent le Nutri-Score et souhaiteraient même qu’il soit rendu obligatoire, et 57 % rapportent avoir déjà changé leurs habitudes. Je pense que le consommateur comprendra très facilement que cet outil évolue pour devenir plus performant, plus utile.

Et de toute façon, cette évolution était prévue…

Serge Hercberg – Effectivement, dès 2014, quand on l’a proposé, dans le rapport remis à Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, il était explicite que le Nutri-Score devait évoluer, en fonction des avancées scientifiques et de l’évolution du marché alimentaire. Et c’est ce qui s’est fait dans les 7 pays de l’Union qui l’ont adopté. L’occasion de rappeler que le comité de pilotage européen, qui a travaillé durant près de deux ans sur cette mise à jour, est constitué d’experts indépendants, sans liens d’intérêt, issus de ces 7 pays.[2]

Au-delà du cas « Bjorg », des résistances subsistent vis-à-vis du Nutri-Score, à l’instar de l’Italie, vent debout contre ce logo…        

Serge Hercberg – De fait, il y a d’abord des industriels qui ne l’ont jamais accepté, comme Ferrero, Coca Cola, Lactalis, etc. Il y a aussi ces syndicats agricoles qui défendent les charcuteries, les viandes et les fromages. Et, depuis quelques années, cette résistance est particulièrement prégnante au niveau européen et, particulièrement, en Italie, surtout depuis l’arrivée à la tête du Conseil des ministres de Giorgia Meloni, du parti d’extrême-droite Frères d’Italie. Les arguments « gastro-nationalistes » flattent la fibre identitaire, laissant penser que le Nutri-Score constitue une atteinte au patrimoine culinaire italien, ce qui est ridicule. Leurs fromages et charcuteries ne seraient pas plus mal classés que les autres, et même parfois mieux, à l’instar de la Mozzarella ou de la Ricotta.

Et par ailleurs, le Nutri-Score n’interdit rien…

Serge Hercberg – Les consommateurs comprennent très bien que les lettres D et E ne signifient pas une interdiction de consommer. C’est une alerte : s’il y a une alternative, mieux vaut la choisir, mais si le consommateur maintient son choix, cela signifie qu’il est préférable de consommer le produit en question en petite quantités. Le Nutri-Score se veut un rappel en couleurs des messages de santé publique, assorti de la possibilité de comparer les produits d’une même gamme. Ce système simple, intuitif et compréhensif peut vraiment aider le consommateur au moment de son acte d’achat, notamment pour certains produits où il n’est pas évident de penser qu’ils contiennent du sucre ou du sel. Il permet de voir en un coup d’œil que dans les 35 müesli aux pépites de chocolats qui existent en France, par exemple, le classement va de A à E ! Et ceci vaut aussi pour les plats cuisinés, etc. Enfin, chacun est libre de suivre, ou non, le Nutri-Score.

Vous parlez des plats dits ultra-transformés. Ne sont-ils pas plus particulièrement ciblés par ce nouveau Nutri-Score ?

Serge Hercberg – Le concept d’ultra-transformation n’est pas directement pris en compte par le Nutri-Score, ni par aucun autre logo nutritionnel. Ce sont en effet deux notions différentes, mais en pénalisant les produits sucrés et salés ainsi que les boissons édulcorées, certains de ces produits sont, de fait, davantage ciblés, en cohérence avec les repères nutritionnels. Mais il y a des produits pour lesquels il y a une divergence. C’est pourquoi nous proposons de fournir un complément d’information au Nutri-Score sur les produits ultra-transformés, sous la forme d’un bandeau noir autour de notre logo. Compte tenu des enjeux de santé publique, nous espérons que les pouvoirs publics prendront en compte les données scientifiques pour entériner l’ajout de ce bandeau sur l’ultra-transformation.

Où en êtes-vous de la restauration collective ?

Serge Hercberg – Le principe a déjà été entériné et cette mesure devrait officiellement entrer en vigueur en 2024. D’ores et déjà, des entreprises ont adopté le Nutri-Score pour ce type de restauration. Il est possible de trouver sur le site du ministère de la Santé la méthodologie pour l’appliquer.

Vous sentez-vous soutenu par les pouvoirs publics ?    

Serge Hercberg – Oui, il est prévu que les autorités de santé publique communiquent davantage autour du Nutri-Score. Il est indispensable que cela soit fait. Théoriquement, l’affichage du Nutri-Score doit être étendu cette année aux denrées alimentaires vendues en vrac, de façon expérimentale dans un premier temps. En résumé, avec la restauration collective, le Nutri-Score devrait connaître une double extension dans les mois qui viennent.

Quel est votre prochain combat pour 2024 ?  

Serge Hercberg – Faire en sorte que la Commission européenne tienne ses promesses et rende enfin le Nutri-Score obligatoire. Elle s’était engagée choisir un logo nutritionnel unique et obligatoire, basé sur la science (ce qui est le cas du Nutri-Score) en 2022, puis fin 2023. Cela a été reporté après les élections européennes de juin prochain. Mais la Belgique qui assure la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne a annoncé tout récemment qu’elle remettait à l’agenda la mise en place du Nutri-Score au niveau européen. C’est une lueur d’espoir.

En savoir plus

Blog Nutri-score
Programme national nutrition santé (PNNS) - mangerbouger.fr

[1] Il doit être choisi cette année.

[2] Ces pays sont la Belgique, la France, l’Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Espagne et la Suisse.

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