Méditer, un remède anti-âge ?

Pratique millénaire héritée de différentes traditions, dont le taoïsme et le bouddhisme, la méditation fait aujourd’hui partie intégrante des soins médicaux. En complément des traitements thérapeutiques conventionnels, elle participe, par exemple, à la prise en charge de la douleur chronique, de l’addiction ou de la dépression. Pourrait-elle contribuer à prévenir les pathologies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer ? C’est la piste ouverte par des scientifiques de l’Inserm, dans le cadre du programme de recherche européen Medit-Ageing. Les premiers résultats, publiés en octobre 2022, dans la revue britannique « JAMA neurology », sont encourageants. Le point avec la directrice de recherche Inserm, Gaël Chételat, de l’équipe NeuroPresage de l’Unité Inserm U1237 à l’université de Caen.

Privilégier une alimentation variée et équilibrée, en prévention des maladies cardiovasculaires, du diabète et du cancer, pratiquer une activité physique régulière, pour oxygéner son cerveau, entre autres bienfaits, et favoriser les interactions sociales, pour entretenir ses capacités cognitives…C’est avéré, suivre ces recommandations protège contre les maladies neurodégénératives, à commencer par Alzheimer, première d’entre elles avec un peu plus d’un million de personnes atteintes.1 Mais le « Bien vieillir » consiste aussi à prendre en compte le stress, l’anxiété, la dépression parfois, qui peuvent accompagner l’avancée en âge, synonyme pour certains seniors, d’isolement, de décès des proches, de dégradation, etc. Or ces facteurs de risque dits psychoaffectifs, dont on sait le caractère toxique sur le sommeil, la cognition et la santé mentale, n’avaient jusqu’à encore très récemment, fait l’objet d’aucune intervention non pharmacologique. Peuvent-ils, eux aussi, être corrigés pour retarder le vieillissement du cerveau ?

Ni repos ni relaxation

C’est pour essayer de répondre à cette question que l’équipe de Gaël Chételat, directrice de recherche de l’Institut national de la Santé et de la recherche médicale (Inserm), a initié en 2016 l’essai clinique baptisé Age-Well, avec une cohorte de 136 personnes de 65 ans ou plus, sans pathologie connue. La méditation, qui avait montré lors d’une précédente étude un développement vertueux des structures et des fonctions cérébrales chez six méditants experts âgés comparé à 67 témoins non-méditants âgés, s’est imposée dans ce contexte de prévention du déclin lié à l’âge.2 « La méditation n’est ni du repos ni de la relaxation, souligne Gaël Chételat. Il y a, au contraire, une composante attentionnelle très forte puisque la personne qui médite fait un exercice mental qui exige d’elle de se focaliser ici et maintenant sur un objet, une couleur ou une sensation, et, dès que son esprit se met à vagabonder, de le ramener, avec pour effet de réduire les schémas automatiques négatifs que l’on a tous, comme les pensées obsessionnelles, par exemple. Or ce que l’on cherche, c’est précisément à mieux réguler ses émotions ». En plus de l’entraînement cognitif qu’apporte aussi cet effort de concentration.

Les participants ont été répartis en 3 groupes : l’un s’initiant à la méditation, un autre apprenant l’anglais et un dernier sans intervention proposée. L’essai a duré dix-huit mois, avec pour les deux premiers groupes un programme strictement identique dans son déroulé : une séance hebdomadaire de deux heures, en groupe, avec un enseignant expert, des exercices d’une vingtaine de minutes à faire chez soi et une journée de pratique intensive, soit une retraite pour les méditants et un déplacement sur l’île de Jersey pour les « anglicisants ». Une dernière donnée : pour ce protocole, les chercheurs ont retenu deux formes différentes de méditation, parmi les nombreuses déclinaisons de cette discipline. « Durant les neuf premiers mois, le groupe des méditants a fait de la méditation de pleine conscience, la base de toutes les pratiques, et ont poursuivi avec la méditation sur la compassion et l’amour bienveillant, explique Gaël Chételat. Cette dernière approche ajoute des schémas automatiques positifs, comme apprendre à faire plus facilement preuve de compassion et de bienveillance envers soi et les autres. » Les premières conclusions ont été publiées en octobre dernier.3 Verdict ?

Des bénéfices sur le bien-être

« Après dix-huit mois, notre étude ne montre pas d’effet significatif de la méditation sur le volume de la substance grise, et en particulier au niveau du cortex cingulaire frontal et de l’insula, deux régions connues pour diminuer de taille avec l’âge. En revanche, en termes de fonctionnement de ces structures, les résultats esquissent une tendance en faveur de la méditation, avec une meilleure perfusion (niveau d’alimentation et d’oxygénation) de ces deux mêmes structures, une mesure que l’on sait également diminuer avec l’âge. Enfin, l’analyse des questionnaires valident l’impact positif sur la régulation attentionnelle et socio-émotionnelle, des mesures étroitement liées au bien-être des personnes âgées, chez les méditants », détaille Gaël Chételat. La méditation pourrait-elle donc avoir un effet sur le cerveau peut-être à plus long terme, et selon quels mécanismes ? Ils ne sont pas complètement élucidés, nous dit la directrice de recherche Inserm, ce qui n’empêche pas de livrer des hypothèses. « Des études ont montré que s’exercer mentalement à répéter une séquence de piano a tendance à induire une augmentation de l’aire cérébrale responsable de la sensibilité de la main qui apprend la séquence, répond la directrice de recherche Inserm. La méditation étant un entraînement mental, elle s’accompagne probablement d’une plasticité cérébrale, en particulier au niveau des structures concernées. »

Pour tenter de mieux comprendre ces mécanismes, l’équipe caennaise a mis en place un suivi à plus long-terme des participants à cet essai, soit 3 ans après la fin de l’intervention.  Ce sera aussi l’occasion de confirmer ou non les observations concernant l’anatomie et le métabolisme des deux zones cérébrales sollicitées. L’objectif n’est pas d’ajouter la méditation à son mode de vie. « En tant que scientifiques, notre mission est d’apporter des preuves sur les outils qui semblent favoriser un vieillissement réussi. C’est vrai que la méditation présente l’intérêt d’être accessible à tous. Mais à chacun de s’emparer de ce qui lui plaît le plus, pour espérer vivre en bonne santé le plus longtemps possible », déclare Gaël Chételat qui cite sa grand-mère, une nonagénaire suractive de 96 ans qui n’a jamais médité !

1 Chiffre fourni par Santé publique France, 2019.

2 Etude de neuroimagerie sur la réduction des changements cérébraux associés à l’âge chez les méditants experts, Scientific Reports (2017) : www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5578985

3 https://jamanetwork.com/journals/jamaneurology/fullarticle/2796818

Une indispensable évaluation

En l’absence de traitement curatif, l’accompagnement des patients avec une maladie d’Alzheimer passe, en partie, par des thérapies non médicamenteuses qui visent à atténuer les symptômes de la maladie. Parmi celles-ci, figure la méditation de pleine conscience. Anne-Julie Vaillant-Ciszewicz est psychologue clinicienne et docteure en psychologie au CHU de Nice. Elle a également obtenu le DU de méditation pleine conscience et relations de soin à la faculté de médecine de Nice : « J’essaie d’implanter cette pratique dans le soin et surtout la recherche autour des troubles du comportement et/ou de l’humeur (anxiété, dépression) en lien avec la maladie Alzheimer ». Il est possible, même pour les malades présentant les premiers signes de la maladie (troubles de la mémoire et de l’attention) d’adapter la pratique de la pleine conscience, assure-t-elle : « On peut faire des expériences de courte durée, comme marcher en pleine conscience, en s’attachant au ressenti de nos pieds sur le sol, aux sensations dans les jambes, se concentrer sur son souffle (sentir la respiration dans le corps…) ou manger un carré de chocolat en portant toute son attention sur ses sensations, tactiles, olfactives, gustatives, etc., et tout de suite, cela remet de l’attention dans l’ici et maintenant ». Aux stades avancés de la maladie, en revanche, cette pratique est difficile à mettre en place. Mais elle peut profiter aux aidants. Dans un de ses derniers projets, PsyDoMa, un dispositif mobile de psychologues intervenant à domicile auprès de patients Alzheimer à un stade avancé de la maladie et de leurs aidants, des séances de méditation ont été réalisées avec les aidants qui le souhaitaient pour essayer de travailler sur le lâcher-prise et la gestion des émotions. L’évaluation est concluante. « Cette dimension psychologique est centrale, car si l’aidant est davantage capable de gérer ses émotions et qu’il a, en plus, les clés de compréhension de la maladie qui lui permettent de mieux répondre à certains comportements, cela aura un retentissement positif sur le proche malade, à travers ses comportements », rapporte la jeune femme.

« Ne pas mettre en échec nos malades »

Méditation, sophrologie, art-thérapie, musicothérapie, jardins thérapeutiques, danse… Les interventions non médicamenteuses se sont multipliées au cours de ces dernières années. S’il faut s’en réjouir, notamment pour le bien-être des personnes atteintes d’une maladie neurodégénérative, « l’efficacité de ces pratiques doit être scientifiquement étayée », estime Hélène Clari, directrice des missions sociales de l’association France Alzheimer et maladies apparentées. Elle en veut pour preuve le partenariat mis en place en 2019 avec la Fédération française de tennis de table : ouvrir les clubs de ping-pong aux patients et leurs aidants, pour des cours encadrés par des éducateurs sportifs spécialement formés. « Les retours d’expérience des participants sont extrêmement positifs, tant du point de vue physique (meilleure coordination motrice, équilibre, etc.) que psychologique (motivation, estime de soi, confiance en soi, etc.) et cognitif (concentration, attention, mémoire durable, etc.). Et les aidants aussi ressentent du mieux-être (rupture de l’isolement, etc.), relate-t-elle. Mais il est nécessaire d’objectiver ce ressenti et les effets enregistrés, c’est pourquoi nous avons lancé en octobre dernier une évaluation scientifique auprès des malades et de leurs aidants. » Idem avec la médiation équine, autre initiative de l’association, dont les bénéfices ne semblent pas moins impressionnants. D’une façon générale, l’objectif est d’améliorer et harmoniser, sur des bases solides, les formations des professionnels encadrants et les pratiques. Des livrets de modélisation sont ainsi diffusés dans toutes les associations départementales. « Nous ne pouvons pas mettre en échec nos malades, ni ajouter des contraintes aux aidants », souligne Hélène Clari. Reste l’épineuse question de l’accessibilité à ces activités, en termes de transports, en particulier dans les zones rurales, et de prise en charge, notamment de l’activité physique adaptée qui peut être prescrite par le médecin traitant. « Les médicaments contre Alzheimer ont été déremboursés mais, en contrepartie, rien n’a été proposé aux aidants et aux personnes malades. On s’oriente clairement vers une santé à deux vitesses, et c’est regrettable », déplore la directrice des missions sociales de France Alzheimer. A méditer…

www.francealzheimer.org

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