Le plasma sanguin en haut de l’affiche : une campagne pour sensibiliser le public

Si on ne présente plus le don de sang total, il n’en va pas de même pour ce qui est du plasma, un des quatre composants du sang, avec les globules rouges, les plaquettes et les globules blancs. La première campagne spécifiquement dédiée au don de plasma, qui a débuté le 17 octobre dernier, devrait nous permettre de combler nos lacunes. Mais le but de cette opération de sensibilisation orchestrée par l’Etablissement Français du Sang (EFS) est au moins autant pédagogique que stratégique : en cherchant à augmenter les prélèvements de ce liquide aux vertus précieuses, l’EFS entend renforcer son autonomie et moins dépendre des importations.

Chaque année, des milliers de patients polytraumatisés, immunodéprimés, dont les patients atteints de maladies chroniques inflammatoires, hémophiles sévères ou grands brûlés ont besoin d’une transfusion de plasma ou de l’injection de médicaments dérivés du plasma. Deux exemples : les médicaments dérivés du plasma sont utilisés pour pallier les troubles sévères de la coagulation sanguine, notamment dans la maladie de Willebrand ou l’hémophilie A (déficit en facteur VIII ou IX), et les transfusions de plasma sont nécessaires pour certaines pathologies rares, telles que les microangiopathies thrombotiques, notamment en phase aiguë. Sans ce liquide jaune translucide, qui représente 55 % du volume sanguin, ces personnes malades ou en soins intensifs ne pourraient pas vivre normalement.

Si l’Etablissement Français du Sang (EFS), qui a la charge des collectes en France, bat la campagne cet automne en faveur du don de plasma, cette initiative inédite vise à attirer de nouveaux donneurs pour renforcer les stocks. Un plan plasma sur cinq ans est en effet en gestation. « L’objectif est d’atteindre 1,4 million de litres de plasma prélevés, contre 900 000 actuellement, voire moins depuis la pandémie du Covid », précise le Dr Cathy Bliem, Directrice Générale de la Chaîne Transfusionnelle, Thérapies et Développement à l’EFS.

Un approvisionnement sous tension

Riche de plus de 300 protéines différentes (albumine, immunoglobines, facteurs de coagulation, etc.), le plasma est une matière première extrêmement précieuse. En le fractionnant, il est possible de fabriquer plusieurs produits à partir d’un même lot. Ainsi, 90 % du plasma collecté par l’EFS sert à la fabrication des médicaments dérivés – les 10 % restants étant utilisés comme plasma thérapeutique. Cela reste toutefois insuffisant pour couvrir les besoins au niveau national. « Le Laboratoire Français du Fractionnement et des Biotechnologies (LFB), qui produit des médicaments dérivés du plasma, détient environ 35 % des parts du marché hexagonal, les 65 % restants sont importés, majoritairement des Etats-Unis qui prélèvent 70 % du plasma mondial, explique notre interlocutrice. L’enjeu est donc de renforcer notre indépendance, surtout dans un contexte de forte tension sur les stocks d’immunoglobulines (Ig), appelés aussi anticorps. »

De fait, la demande en immunoglobulines a beaucoup augmenté ces dernières années, ce qui a conduit l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) à mettre en place, en 2021, « une gestion assez fine pour ne pas gaspiller les ressources ». Il existe deux types d’immunoglobulines : les Ig spécifiques, utilisées pour éviter le développement d’une maladie, comme le tétanos ou l’hépatite B chez les personnes non vaccinées – ces anticorps sont extraits du plasma de donneurs vaccinés contre l’une ou l’autre de ces maladies –, et les Ig polyvalentes, majoritaires, prescrites aux patients qui présentent un déficit immunitaire (manque ou absence d’anticorps), une pathologie auto-immune ou une neuropathie, par exemple. La seconde catégorie est plus particulièrement menacée de pénurie.

Jusqu’à 24 fois par an

Il faut donc sensibiliser, recruter et fidéliser de nouveaux donneurs. Si le don de sang total fournit environ 600 000 litres de plasma, cette quantité a atteint son plafond (déterminé par les besoins en concentrés de globules rouges). « Le prélèvement par aphérèse qui fournit actuellement 300 000 litres doit augmenter considérablement », estime le Dr Cathy Bliem. La technique d’aphérèse prélève le sang d’un donneur, le centrifuge pour ne conserver que le plasma et lui restituer les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes.

Cette méthode qui demande au donneur une disponibilité de l’ordre de quatre-vingt-dix minutes présente deux avantages : elle permet de prélever davantage de plasma qu’à partir d’une poche issue d’un don de sang total (800 ml versus 250 ml) et plus fréquemment. Le don par aphérèse peut se faire deux fois par mois. « Aujourd’hui, la moyenne est de trois dons par an, il faudrait monter à cinq ou six. »

Un plan comme une série d’obstacles

Avoir des ambitions, c’est bien, encore faut-il avoir les moyens de les mener à leurs termes. L’EFS peine à recruter du personnel, qu’il s’agisse de techniciens de laboratoire ou d’infirmières et de médecins. Et pour cause : ces derniers n’entrent pas dans le Ségur de la santé, ce qui majore les difficultés de l’établissement. « De ce fait, nous privilégions le don de sang total et l’autosuffisance en produits sanguins labiles immédiatement disponibles, généralement pour des prises en charge en urgence, aux dépens du don de plasma », reconnaît le Dr Cathy Bliem. Autre handicap, le prix du plasma. « En France, le tarif de vente du plasma comme matière première est de 77 euros le litre de plasma issu du don de sang total et de 110 euros par aphérèse, bien inférieur au cours européen. Aux Etats-Unis, le prix de vente du plasma est quasi le double. Résultat, cela génère un déficit chronique de plusieurs millions d’euros pour l’EFS. »

Enfin, il faut ouvrir de nouvelles maisons du don, au nombre de 90 actuellement, élargir les plages horaires d’accueil, informer et communiquer sur ce don important, investir dans des machines transportables pour toucher le plus grand nombre de donneurs. « Le plan plasma nécessitera un fort soutien de l’Etat », souligne le Dr Bliem. Quant à s’insurger contre le fait que le don de plasma soit rémunéré outre-Atlantique, elle rappelle que « si le modèle français n’est pas négociable, sans le plasma américain, il n’y aurait pas assez de médicaments dérivés du sang, or l’éthique, c’est aussi de faire en sorte que les patients pour qui ces produits sont indispensables puissent en bénéficier ».

On ne le sait pas forcément, mais une compensation de 7 euros est prévue en France, mais rarement proposée. Ailleurs, en Europe, certains pays accordent des compensations qui peuvent atteindre environ 25 euros pour le don de plasma, quand celui-ci ne donne pas droit à un jour de travail payé et une autorisation d’absence. Ces pratiques existent notamment en Allemagne, Autriche, Italie et Espagne.

« L’important, c’est que les patients aient les médicaments sécurisés dont ils ont besoin »

Trois questions à Thomas Sannié, président d’honneur de l’Association française d’hémophilie (AFH).

À l’AFH se félicite-t-on de la mobilisation autour du don de plasma, avec cette première campagne d’information, qui devrait être bientôt suivie d’un plan ?

Thomas Sannié – Toute campagne de mobilisation en faveur du don de sang total ou de plasma est évidemment la bienvenue, dès lors que les collectes sont sécurisées ainsi que toutes les étapes du processus de fabrication des produits et médicaments issus du plasma, notamment pour détruire des agents pathogènes. Pour la sécurisation des collectes, l’Etablissement français du sang évalue le risque VIH de toutes les poches et, si nécessaire, pour des agents pathogènes spécifiques, s’ils circulent sur le territoire. Bref, aujourd’hui, l’EFS sait traiter le risque sanitaire. Le problème est ailleurs : l’EFS a-t-il les capacités de développer les collectes de don de plasma ? L’Institution traverse actuellement une crise sérieuse, liée au manque de ressources humaines. Entre 400 et 500 postes, sur 9 500, ne sont pas pourvus. Des collectes de don de plasma sont annulées, et les objectifs en matière de collectes de plasma pour 2022 ne seront sans doute pas remplis.

Faut-il craindre que les besoins ne soient plus couverts ?

Thomas Sannié – Le Laboratoire Français du Fractionnement et des Biotechnologies (LFB) a des stocks, mais sera-t-il toujours en capacité de pourvoir aux besoins…De toute façon, la réalité en France, c’est que plus de 50 % des besoins en plasma ne sont pas couverts. La demande est plus forte que l’offre. Nous sommes en sous-capacité de production d’immunoglobulines (Ig) et, en parallèle, le plasma est devenu une denrée rare. La question est donc plutôt de savoir ce que l’on fait pour s’assurer que les besoins soient assurés. Au Canada, la Société Canadienne du sang, l’équivalent de l’EFS, a mis en place un partenariat avec un industriel privé pour la fourniture de plasma afin de garantir l’approvisionnement sur tout le territoire, peu importe l’origine du plasma, qu’il provienne d’un prélèvement compensé, c’est-à-dire rémunéré, ou d’un don. À l’AFH, c’est la ligne que l’on défend : ce qui est important, c’est que les patients aient les médicaments dont ils ont besoin. Nous soutenons le principe du don non rémunéré, défendu par la France, mais l’exclusivité ne nous semble pas acceptable quand elle risque de mettre la vie des patients en danger.

Qu’en est-il justement des patients que l’AFH représente ?

Thomas Sannié – L’association représente à la fois les personnes atteintes d’hémophilie, dont 50 % sont touchées par des formes modérées à sévères, qui ont des besoins réguliers de facteurs coagulants majoritairement issus du génie génétique, mais aussi extraits du plasma pour les patients avec des pathologies plaquettaires constitutionnelles (PPC). Donc, oui, l’enjeu existe pour nous en ce qui concerne la capacité de l’EFS à fournir le marché français. D’autant que pour ces 500 à 1 000 patients qui souffrent de PPC, il n’existe pas d’alternative thérapeutique.

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