Danger face à la NASH, ou maladie du foie gras

La NASH (pour « Non Alcoholic Steatose Hepatitis ») porte également quelques noms très éloquents tels que « la maladie du soda », « la maladie du foie gras » ou encore pour les versions plus scientifiques : « la stéato-hépatite », ou « hépatite métabolique ».

Cette maladie, due à une surcharge de graisses au niveau du foie, est engendrée la plupart du temps par un excès de poids, épidémie quasi mondiale, qui nous menace tous de plus en plus, et oblige parfois les patients les plus sévèrement atteints à devoir recourir, heureusement encore rarement, à une greffe hépatique pour survivre.

Pourtant, avant d’en arriver aux phases les plus critiques de la maladie, cette surcharge en graisses est réversible si l’on adopte une alimentation adaptée et une activité physique suffisante.

Faisons le point sur les facteurs de risques, le diagnostic, les traitements de cette maladie sourde et indolore, identifiée il y a seulement 15 ans environ mais qui, d’après le docteur Pascal Mélin, président de l’association SOS Hépatites & Maladies du foie et praticien hospitalier, et le Dr. Eric Buleux-Osmann, président de l’association Transhépate, pourrait devenir dans les années à venir, la première cause de transplantation hépatique.

Qu’est-ce que la NASH ou « Non Alcoholic Steatose Hepatitis » ?

Une « stéatose » est une surcharge du foie en graisses, principalement induite par une alimentation trop riche et une trop grande sédentarité. Elle concerne environ un quart de la population, car en réalité, une grande partie des gens en surpoids, et a fortiori en état d’obésité, ont une stéatose ou NAFLD (Non Alcoolique Fatty Liver Disease). Malheureusement, dans 20% des cas, cette surcharge en graisse créé une toxicité, une inflammation au niveau du foie, qui évolue en fibrose, voire en cirrhose ou en cancer et peut nécessiter, dans les cas les plus sévères, une greffe hépatique. C’est la NASH. Les dégâts sur le foie sont finalement identiques à ceux causés par une consommation chronique d’alcool. C’est pourquoi on parle également de « cirrhose non-alcoolique ». De fait, le foie subit une double intoxication qui peut précipiter la dégradation des fonctions hépatiques chez les patients souffrant d’hépatite métabolique ou NASH et qui consomment, en plus, de l’alcool.

La stéatose (NAFLD) et l’hépatite métabolique (NASH) sont souvent associées au surpoids ou à l’obésité, au diabète de type 2 et au syndrome métabolique. L’épidémie d’obésité qui touche désormais une bonne partie de la planète n’épargne évidemment pas la France qui voit la prévalence des cas de NASH augmenter régulièrement. On estime aujourd’hui que dans notre pays, 2 à 3% de la population serait concernée par la NASH, au moins à un stade de fibrose avancée.

A quoi est due la NASH ?

La « malbouffe » de façon générale, avec l’explosion de la consommation de sucre tout particulièrement, et une trop grande sédentarité, sont les principaux responsables de la flambée de la NASH.

Il y a encore quelques années, c’était une maladie que l’on rencontrait principalement aux Etats-Unis, les champions de la consommation de soda, ce qui lui a valu son surnom de « maladie du soda ». Pourquoi faire cette stigmatisation du soda ? Tout simplement, ainsi que l’explique le Dr Eric Buleux-Osmann, président de l’association Transhépate, parce que : « Le sucre se transforme en graisse au niveau du foie. Même s’il faut surveiller ses apports en graisses, on a dans l’ensemble, et sauf contre-indication médicale particulière, plus à craindre du sucre que du gras. En outre, il faut savoir que l’activité physique est importante car elle va aider à assimiler le sucre. L’idéal est de marcher au moins 1 heure par jour. ». Pour insister sur les méfaits du sucre dans le développement de la NASH, Dr Mélin précise qu’il peut arriver, même si cela ne représente que 10% des cas de NASH, qu’une personne sans surpoids présente une NASH, par exemple si elle est très sportive mais boit énormément de boissons sucrées. Parmi les 10% de cas de NASH sans surpoids, se trouvent également des patients atteints à cause d’un trouble métabolique ou d’une maladie rare.

Comment diagnostiquer une NASH ?

La NASH est une maladie sournoise car elle peut passer très longtemps inaperçue. Le Dr Buleux-Osmann, qui a lui-même subi une greffe suite à une NASH, témoigne : « C’est une maladie vicieuse car il n’y a pas de symptômes douloureux par exemple. Une NASH, le plus souvent c’est insidieux, ça arrive très doucement. A part la fatigue, il n’y a pas de signe évocateur avant que le foie ne lâche vraiment. ». (Retrouver son témoignage complet à la fin de l’article)

Dès lors que l’on est en surpoids ou en situation d’obésité, il faut être vigilant, car on a de grandes chances d’avoir déjà des graisses au niveau du foie et on estime aujourd’hui que la stéatose, c’est à dire la surcharge du foie en graisses, concerne en France un quart de la population. « Reste à identifier parmi ces 25% de Français, lesquels présentent une fibrose au niveau du foie, si elle est avancée ou pas, si elle a évolué en cirrhose, voire en cancer. Pour cela il y a quelques marqueurs qui peuvent donner l’alerte comme une analyse sanguine des transaminases ou l’augmentation de l’hypertension.  Le dépistage de la NASH se fait par palier. On peut passer ensuite à l’échographie, puis à la biopsie. Il y a aussi deux outils intéressants et non invasifs qui permettent de dépister une fibrose du foie, qu’elle soit due à une NASH, une consommation excessive d’alcool, une hépatite auto-immune, génétique, médicamenteuse ou virale. Il s’agit d’abord du FibroScan®, un appareil qui permet de mesurer l’élasticité du foie et ensuite, du « FIB-4 », qui, sur la base de l’âge et des résultats des transaminases et plaquettes d’une personne, permet de calculer un score de risque de fibrose. Cet outil très simple pourrait permettre de dépister au plus tôt les fibroses et de mettre en place des mesures, notamment hygiéno-diététiques, pour éviter une dégradation fatale du foie. », commente le docteur Mélin.

Des traitements à venir

Des traitements encourageants devraient bientôt être disponibles, mais selon les docteurs Mélin et Buleux-Osmann, c’est une nouvelle à accueillir avec précaution. Évidemment c’est une très bonne chose pour les malades dont le pronostic vital est engagé, mais pour tous ceux qui pourraient se passer de médicaments, uniquement en modifiant leur alimentation et mode de vie, il serait dommage que cela devienne un traitement de première intention. Il faut absolument réussir à juguler les ravages causés par une alimentation trop riche et de mauvaise qualité et par la sédentarité en s’en prenant à la source car ces facteurs ne provoquent pas uniquement la NASH mais également du diabète de type 2, des maladies cardio-vasculaires, rénales, articulaires, des cancers, etc. Prendre des médicaments pour chacune de ces maladies, d’autant plus si elles se cumulent, n’a aucun sens si l’on n’améliore pas l’état de santé général des personnes qui n’ont pas appris ou qui ont perdu, pour diverses raisons, les bonnes habitudes liées à l’alimentation et à l’activité physique.

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