Action d’éloignement des auteurs de violences conjugales

Assurer l’éloignement des auteurs de violences conjugales ou intrafamiliales est un enjeu important pour assurer la sécurité des victimes, principalement des femmes et des enfants, et éviter les risques de récidives. De nombreux drames, parfois révélés dans l’actualité, nous le prouvent chaque jour.
Dès lors que ces auteurs sont incarcérés, le problème est écarté, du moins de façon temporaire, mais s’ils sont en attente d’un procès, condamnés sans peine de prison ou sortis de détention, ils peuvent être tentés de retourner au domicile de la victime, voire de rester y vivre s’ils n’ont pas de solutions d’hébergement économiquement viables.
C’est pour éviter ce type de situations que l’UDAF de l’Aude s’est portée volontaire pour proposer une action de prévention concrète et immédiate, qui consiste en des solutions d’hébergement sur leur territoire pour les auteurs de violences conjugales, afin de minimiser les risques des récidives.  

Prise de position et genèse du projet

Le sujet des violences conjugales n’est pas inconnu au sein des équipes de l’UDAF de l’Aude. Cette Union départementale des associations familiales, qui compte 70 salariés et fédère 54 associations familiales, représentant ainsi plus de 3 000 familles sur leur territoire, participe déjà depuis quelques années au comité de pilotage de la permanence d’accueil des auteurs de violences conjugales. Celle-ci propose des accueils collectifs et individuels uniquement d’un point de vue psychologique, voire thérapeutique. Par ailleurs, l’UDAF a répondu présente pour donner suite au mouvement lancé dans le cadre du Grenelle sur les violences conjugales et suite à l’appel de Mme Sophie ELIZEON, ancienne préfète de l’Aude en 2019, qui a souhaité associer l’UDAF à sa réflexion sur l’accueil des auteurs de violences conjugales, pour éviter les récidives et favoriser les prises de conscience.
En automne 2020, une convention a donc été́ établie entre les services de l’Etat, de la justice, et les forces de police et de gendarmerie, ainsi que trois partenaires opérationnels, à savoir le SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation), l’UDAF de l’Aude et l’association KYATIS. Le dispositif a commencé́ à héberger les premiers auteurs mi-octobre 2020.
« Faute de ressources financières suffisantes, certains auteurs de violences conjugales retournent vivre auprès de leur compagne victime et même si certains sont sur le chemin de la prise de conscience, en revenant chez eux, le risque de récidive est important. Depuis que nous avons mis ce dispositif en place, il y a quelques mois, les bénéficiaires nous confirment qu’ils arrivent à prendre davantage de recul du fait qu’ils n’ont pas, pendant les quelques mois de cette prise en charge, à se soucier de trouver un logement. Ainsi la prise de recul sur le fait que leur comportement est inadapté est facilitée. », précise Thibault Tornabene, directeur de l’UDAF de l’Aude.

Déploiement du dispositif

Avec ses équipes, Thibault Tornabene a donc travaillé sur la mise à disposition de logements autonomes, répartis sur le département.
A ce jour, 3 hébergements sont donc occupés à Carcassonne, Narbonne, et Castelnaudary. Les locataires sont hébergés pour des périodes de 3 mois renouvelables et participent au loyer et aux frais (eau, électricité, assurance), à hauteur de 10 à 30% de leurs revenus.
Pour le reste, le dispositif est financé à la fois par les services de l’Etat au titre du logement d’urgence et temporaire et également par le Fonds interministériel de prévention de la délinquance, pour un budget global d’environ 40 000 euros par an.
Les auteurs de violences conjugales sont adressés à l’UDAF par le SPIP ou par les magistrats, dans la cadre de procédures judiciaires pré́-sentencielles et post-sentencielles, c’est-à-dire après la commission des faits, soit en attente de jugement, soit après un jugement, et parfois à l’issue d’une incarcération.
Parmi les conditions d’accès et de maintien dans ces logements, il est obligatoire pour les auteurs de participer à des groupes de parole organisés par KYATIS, une association de prévention et lutte contre les violences intrafamiliales. En parallèle, les travailleurs sociaux de l’UDAF de l’Aude assurent un suivi avec les auteurs de violences conjugales ainsi hébergés, et organisent avec eux des rencontres pour les accompagner dans une insertion ou une réinsertion sociale et professionnelle. « Nos salariés investis dans ce projet ont suivi une première formation au cours de laquelle ils ont acquis des outils pour prendre en charge ces auteurs. Cette formation sera complétée à la rentrée par une formation de prévention sur les troubles dont souffrent les victimes de violences conjugales. On ne peut effectivement pas accompagner le parcours des auteurs sans comprendre ce que vivent leurs victimes. », ajoute Thibault Tornabene.

Après quelques mois, le bilan de cette action est déjà tout à fait positif, puisque son objectif premier, qui est de permettre aux femmes victimes d’être maintenues dans leur domicile, le cas échéant avec leurs enfants, le plus sereinement possible, est atteint.
Il reste à améliorer le cadre de ce dispositif, qui doit rester une solution de transition temporaire liée à une démarche de responsabilisation des auteurs de violences conjugales par rapport à leur comportement violent et par rapport à leur projet de réinsertion sociale et professionnelle.

Voir la fiche-action de ce dispositif dans le répertoire des actions de prévention et de promotion de la santé de France Assos Santé.

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