Le point sur le Covid et l’oxygénothérapie

Parmi les symptômes du Covid, les troubles respiratoires sont les plus redoutés. Ils peuvent être les signes d’une aggravation de la maladie et nécessiter une hospitalisation pour traiter les patients en leur apportant de l’oxygène (oxygénothérapie), voire envisager une intubation dans les cas les plus sévères.
Mais que sait-on, avec plus d’un an de recul, sur l’usage de l’oxygénothérapie pour les malades du Covid qui ont eu des atteintes pulmonaires ? En outre, ces patients se remettent-ils de leurs séquelles aux poumons ? Voici des éléments de réponses recueillis auprès des professeurs Frappé et Tattevin, respectivement médecin généraliste à Saint-Etienne et Président du Collège de médecine générale pour le Pr Frappé et infectiologue à Rennes et Président de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française pour le Pr Tattevin.

Quand envisager une oxygénothérapie : mesure de la saturation et risque d’hypoxie ?

Pour beaucoup de malades du Covid souffrant de troubles respiratoires ces derniers mois, la question de savoir quand se rendre aux urgences n’était pas évidente. En effet, l’un des principaux dangers du Covid est que l’organisme vienne à manquer d’oxygène, ce qui peut entrainer la mort. C’est ce que l’on appelle « désaturer ». On peut mesurer la saturation, c’est-à-dire le taux d’oxygène dans le sang (plus précisément dans les globules rouges) selon deux méthodes. La première est la saturation pulsée effectuée à l’aide d’un saturomètre, également appelé oxymètre, qui est un petit appareil placé au bout du doigt. La seconde est la saturation artérielle, réalisée en faisant une prise de sang, spécifiquement prélevé à partir d’une artère. Dans le cas de la saturation pulsée (SPO2), en dessous de 95%, on considère qu’une personne est en hypoxie, c’est-à-dire qu’elle manque d’oxygène. « Lorsque le corps manque d’oxygène, il s’ensuit une souffrance cellulaire et un risque pour les différents organes. Dans le cas du Covid, en cas d’hypoxie sévère, il y a un risque de décès. On traite donc le patient par oxygénothérapie, tout simplement en lui assurant un apport d’air enrichi en oxygène, par inhalation. Il ne s’agit pas d’un médicament qui vient soigner ou prévenir une maladie, il s’agit d’un traitement qui vient suppléer le manque d’oxygène. Il n’a pas d’intérêt à titre préventif. Cela ne soigne pas l’infection, cela traite simplement l’un des éventuels symptômes du Covid. », explique le Pr Paul Frappé.
L’apport d’oxygène par oxygénothérapie se fait à l’aide d’un masque facial ou de tubes dans le nez, reliés à un dispositif qui permet de régler le débit d’oxygène. L’oxygénothérapie peut, dans certains cas (voir le paragraphe suivant), être envisagée à domicile. Cependant lorsque l’état des patients se dégrade, la situation peut devenir rapidement instable et nécessiter des méthodes d’oxygénation plus poussées, pratiquées à l’hôpital, notamment dans les services de réanimation, et imposant souvent l’intubation. Ces méthodes sont cependant plus invasives et peuvent donc entrainer des complications.

L’oxygénothérapie à domicile pour éviter l’hospitalisation, à envisager avec des précautions car les malades du Covid peuvent désaturer très brusquement

Face à l’encombrement des urgences durant les pics de contaminations, et du fait que certains patients sont fermement opposés à l’hospitalisation, la HAS (Haute Autorité de Santé) a émis une fiche de réponses rapides dans le cadre de la Covid-19 sur la prise en charge à domicile des patients atteints de Covid-19 et requérant une oxygénothérapie. Ce protocole qui exige de mettre en place un certain nombre de précautions a cependant été peu utilisé. Il est en effet réservé aux patients ayant une SPO2 en dessous de 95%, dans le but de les maintenir à plus de 92%, n’ayant pas des besoins en oxygène supérieurs à 4 L/minute et répondant à un certain nombre de critères dont l’âge et l’état de santé général. Il est indispensable pour bénéficier de ce dispositif que le patient se trouve en présence permanente d’un aidant, qu’il vive dans un logement fixe et salubre avec la possibilité d’avoir une chambre isolée, que son établissement de référence abritant une structure d’urgence soit à moins de 30 minutes, enfin, d’obtenir l’accord et la coordination d’une équipe pluriprofessionnelle avec un(e) médecin généraliste, un(e) kinésithérapeute, un(e) prestataire d’oxygénothérapie à domicile et un(e) infirmièr(e).
La principale raison de la mise en place de toutes ces précautions est que l’on a remarqué, dans le cas du Covid, que malgré une saturation initiale rassurante, les patients pouvaient désaturer très rapidement. Ainsi, les ressentis des patients atteints de Covid, concernant une éventuelle détresse respiratoire, ne reflètent pas forcément la gravité de leur état de santé, notamment chez les patients les plus jeunes. Il est donc nécessaire de vérifier non seulement la saturation mais également plusieurs fois pas jour, la fréquence ventilatoire (ou respiratoire), c’est-à-dire le nombre de cycles respiratoires (inspirations + expirations) dans un laps de temps donné. Ainsi, si pour les patients il n’est pas évident de savoir quand se rendre aux urgences, cela ne l’est pas toujours non plus pour les médecins dans la mesure où la désaturation peut survenir brusquement.

Sortie de l’hôpital et suivi d’oxygénothérapie à domicile

L’oxygénothérapie est un traitement connu depuis longtemps et sa pratique à domicile est particulièrement répandue pour certaines maladies comme la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive). Le Pr Tattevin rappelle que : « Dans le cas de la BPCO, la désaturation est secondaire à un stade évolué d’une pathologie des bronches. Pour le Covid, qui est une pneumonie, ce sont les poumons qui sont touchés, plus précisément les alvéoles qui sont infectées et freinent le passage de l’oxygène, dans un contexte aigu ». Il précise également que le Covid altère les alvéoles, la plupart du temps sans les détruire, ce qui permet à la majorité des malades de récupérer des poumons fonctionnels, même après une longue période de réanimation. Cependant, lorsque les poumons ont été sévèrement touchés, il faut continuer l’oxygénothérapie pendant plusieurs semaines. « L’oxygénothérapie ne guérit pas, elle permet seulement de survivre, le temps que les poumons guérissent, autrement dit, qu’ils cicatrisent. Cette étape peut prendre du temps et passe, au-delà de l’oxygénothérapie par le biais d’une rééducation et également souvent par une renutrition pour avoir une meilleure ventilation, avec des muscles respiratoires qui fonctionnent mieux », explique le Pr Tattevin.
« L’oxygénothérapie reste un traitement lourd puisque dans le cas du Covid, l’apport d’oxygène, pré ou post hospitalisation, se fait en continu 24h/24h. Pour la sortie du traitement, petit à petit, on baissera les débits d’oxygène. A la suite d’une hospitalisation, l’essentiel du danger est passé, car la phase aigue du Covid est terminée. Le risque de désaturation post-hospitalisation dans le contexte du Covid est rare si on respecte bien les principes de l’oxygénothérapie. Reste que certains symptômes peuvent perdurer plusieurs mois pour les patients qui souffrent de ce que l’on appelle les « Covid longs ». Il s’agit alors plutôt de fatigue générale, de douleurs thoraciques, de sensations d’oppression, mais pour la grande majorité, ces patients-là n’ont pas besoin d’apport supplémentaire en oxygène », termine le professeur.

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Témoignage du Professeur J, professeur en médecine

J’ai été contaminé par le coronavirus lors d’un cours que j’ai donné à des étudiants en décembre 2020. J’ai été hospitalisé une dizaine de jours après les premiers symptômes, au moment où les signes se sont aggravés. J’étais juste à la limite de facteurs de risques de formes graves du Covid, puisque j’avais 62 ans et 3 kilos de trop. J’étais cependant en parfaite santé et j’avais une vie très active. A l’aggravation des symptômes, j’ai appelé un collègue qui travaille en réanimation, où j’ai alors été admis. Je n’avais pas de saturomètre chez moi, et me suis fié uniquement à mes ressentis avant l’hospitalisation. Au repos, tout allait bien, mais le moindre effort était très pénible. J’étais extrêmement essoufflé. Lorsque le SAMU est arrivé chez moi, je ne me sentais pas en détresse respiratoire d’un point de vue clinique, mais ils ont alors pris ma saturation et j’étais pourtant à 78%, donc très très bas. J’aurais plutôt imaginé être à 85 ou 86%. C’est ce qui est vraiment très particulier quand même dans cette maladie. Le SAMU m’a donc mis sous oxygénothérapie immédiatement, ce qui m’a d’emblée apporté un certain confort. Je craignais beaucoup d’être intubé. Arrivé en réanimation, j’ai été mis sous oxygénothérapie à haut débit, et j’ai échappé, de peu, à l’intubation.

En tout, j’ai fait 6 jours de réanimation, ce qui est très court, puis 2 jours de soins intensifs, suivis de 2 jours au service d’infectiologie. Le séjour à l’hôpital s’est bien passé. J’ai gardé le masque à oxygène 24h/24h. Je le retirais simplement quelques instants à chaque bouchée, pour manger. J’étais cependant épuisé, et je mangeais justement très lentement. Chaque effort me coûtait. Je pouvais à peine me lever. Les médecins m’ont cependant laissé partir au bout de 10 jours seulement d’hospitalisation, mais c’était parce que j’étais « de la maison ». Cela me convenait d’être avec de l’oxygène à domicile, j’étais à l’aise avec ce protocole, mais je reconnais que mes médecins étaient plus stressés que moi à cette idée. Je leur ai promis d’être raisonnable car au moment où j’ai quitté l’hôpital, je désaturais rien qu’en faisant quelques pas dans le couloir.

A la maison, j’ai donc été mis sous oxygénothérapie à raison de 4 litres/minute. A titre de comparaison, à mon entrée à l’hôpital, j’étais à 60 litres/minute. J’ai gardé l’oxygénothérapie à domicile durant 4 semaines. Cela a été long, je pensais récupérer plus vite. Petit à petit, j’ai baissé le débit à 2 litres/minute et je remontais à 4 litres/minute lorsque je devais faire un effort, comme prendre une douche. J’avais un saturomètre, qui me permettait de me contrôler très régulièrement. Durant les 4 semaines je ne suis pas sorti de chez moi. Chaque effort était épuisant. J’ai quand même mis 4 semaines à réussir à monter un étage. Ce n’est donc absolument pas possible d’envisager une oxygénothérapie à domicile ainsi, sans l’aide d’un proche à domicile. J’avais également la visite d’une infirmière matin et soir et je restais quotidiennement en contact avec les infectiologues. J’ai abandonné le masque de façon très progressive. J’avais mis en place une sorte de stratégie. Je me suis plus basé sur mon ressenti que sur les chiffres du saturomètre. Petit à petit, quand j’étais au repos et que je me sentais bien, je me passais de mon masque. A la fin, je l’enlevais pour dormir. Pour le réentrainement à l’effort, j’ai commencé par du vélo d’appartement. Au départ, le simple fait de monter dessus était un exercice en soi. Au début je faisais des sessions de 3 minutes mais peu à peu, j’ai réussi à monter à 45 minutes, à un rythme assez tranquille, en gardant à la fin mon oxygénothérapie à 1 litre/minute. Il fallait absolument que je me remuscle à nouveau car j’avais perdu 15 kg en quelques semaines. J’ai gardé la machine à oxygène une semaine supplémentaire mais c’était plus pour me rassurer car en réalité, je ne l’ai pas utilisée. Par la suite, j’ai eu de la kiné à domicile, et j’ai alors été beaucoup plus gêné par l’atteinte musculaire que par l’atteinte respiratoire. Après 5 flexions, j’avais les cuisses « en feu ». Les douleurs musculaires étaient impressionnantes. A ce jour, alors que les examens ont montré que j’ai totalement récupéré au niveau pulmonaire, j’ai encore du mal à récupérer au niveau musculaire et suis très limité sur le plan de la résistance physique. Mes fins de journées sont compliquées, j’ai souvent besoin de dormir une trentaine de minutes en fin d’après-midi et j’ai besoin de plus de sommeil durant la nuit qu’auparavant. Cet épisode a modifié mes priorités, m’a incité à réduire mon rythme de travail qui a toujours été très intense et à anticiper un peu mon départ à la retraite.

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