Transports sanitaires : Cas d’école difficile dans les Pays de la Loire

En lisant la fiche pratique (fort utile) de Santé Info Droits sur la prise en charge des frais de transports par la sécurité sociale, on comprend d’emblée à quel point le système est complexe. En outre, dans la mesure où l’Assurance maladie a besoin de faire baisser les coûts en santé de manière générale, on imagine sans peine qu’elle passe au crible les dépenses liées aux transports des malades.
Les résultats qui en découlent sont que les usagers, comme les professionnels de santé connaissent mal les modalités de prise en charge, qu’il n’est pas rare que l’Assurance maladie refuse de rembourser les usagers sur leurs transports, alors même qu’ils ont parfois déjà effectué la dépense, et que les professionnels de santé eux-mêmes réduisent les prescriptions médicales pour transports, nécessaires bien sûr à leur remboursement (sauf cas urgents).
Par ailleurs, dans les Pays de la Loire, la situation fait apparaître d’autres dérives du système, dues au quasi-monopole de deux compagnies d’ambulances, qui, motivées par le profit, se soucient de moins en moins de la qualité de la prise en charge, multiplient les retards et refusent même parfois les demandes de prise en charge des patients jugées peu « rentables ».

Nombreuses réclamations sur les transports sanitaires dans la région nantaise

Gérard Allard, référent santé à l’UFC Que Choisir des Pays de la Loire et représentant des usagers au CHU de Nantes, déplore le nombre de réclamations reçues au CHU pour des problèmes des transports : « Les problèmes principaux sont l’attente et les retards. Les conditions de circulation difficiles dans l’agglomération nantaise incitent les compagnies d’ambulances, au mieux à regrouper les malades pour perdre moins de temps et gagner évidemment davantage d’argent, au pire, tout simplement à faire des refus de transports quand les distances en ville sont trop courtes et le trafic très dense. Bien évidemment, regrouper les malades ajoute parfois d’importants temps de transport pour les patients puisque cela oblige les ambulanciers à faire des détours. On note aussi une sorte de chantage qui s’est instauré, surtout de la part des deux principales compagnies d’ambulances, qui poussent les professionnels de santé à prescrire des transports couchés, plus rémunérateurs, même quand l’état du patient ne le justifie pas. Les réclamations font aussi état d’un manque de professionnalisme de certains ambulanciers par rapport aux conditions de prise en charge et à la manipulation des patients. Probablement les ambulanciers auraient-ils besoin de davantage de formation, d’une meilleure valorisation de leur rémunération et également d’être moins sous pression puisque leur direction les pousse à la rentabilité. ».
Selon Gérard Allard, il est temps de revoir les quotas du nombre d’autorisations pour les ambulances sur les Pays de la Loire, d’autant que la région, ces dernières années, a gagné en attractivité et que sa population a augmenté. En outre, il constate que les conventions passées entre les établissements de soins et les compagnies d’ambulance permettent certes, de faire baisser les coûts des transports sanitaires pour la collectivité, mais incitent certains ambulanciers à travailler trop rapidement et à dégrader sans doute la qualité de la prise en charge des patients.

Les malades pris en otage

Les retards et les refus de prise en charge sont très extrêmement pénibles, voire préjudiciables lorsque cela revient à arriver en retard à un rendez-vous médical planifié de longue date et pour lequel il y a peu de places disponibles. A fortiori, pour les usagers ou malades qui ont besoin de transports sanitaires très régulièrement, une telle situation est tout simplement invivable.
Dans le groupe de travail qui s’est organisé sur le sujet au sein de France Assos Santé Pays de la Loire, les associations de patients représentées comme La Ligue contre le cancer, APF France Handicap et France Rein sont particulièrement touchées par la situation difficile liée aux transports sanitaires. Bien évidemment, les personnes en situation de handicap, les malades en chimiothérapie, ceux qui doivent se rendre dans un centre de dialyse 3 fois par semaine, et tant d’autres, touchés par des pathologies chroniques qui ont besoin de soins très fréquents, voient leur qualité de vie sérieusement éprouvée.
Anne Hiegel, présidente de France Rein Pays de la Loire explique que les personnes qui se rendent en centres de dialyse 3 fois par semaine, souvent pendant de nombreuses années, sont particulièrement affectées. Elle rappelle qu’une dialyse dure déjà environ 4 heures, et qu’arriver en retard à son rendez-vous va allonger probablement le temps passé sur place puisque le service doit alors se réorganiser. En plus du temps d’attente à l’aller, ceux au retour aussi sont courants. Si certains patients, sans comorbidités, pourraient éventuellement venir jusqu’au centre avec leur propre véhicule ou en transport en commun, le retour en revanche doit être sécurisé, car après une dialyse, on peut facilement faire une chute de tension et il n’est alors pas question d’être seul dans les transports en commun, encore moins de conduire une voiture. Anne Hiegel précise : « Les retards, voire les refus de prise en charge sont extrêmement compliqués à gérer pour les patients. Heureusement, ils peuvent, la plupart du temps, compter sur le soutien des équipes soignantes dans les centres de dialyse qui prennent plutôt efficacement le relai pour les aider à s’organiser. Cette situation est navrante et nous avons du mal à voir le bout du tunnel. Malgré nos alertes auprès de l’ARS, de la CPAM et du défenseur des droits, à qui nous avons présenté de nombreux témoignages de patients, on ne voit aucune amélioration. Les malades subissent une réelle perte de chance et parfois aussi une véritable maltraitance. ».

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