Dépistage du cancer colorectal : dépassez la gêne !

Et si on reparlait du cancer colorectal ? Ce lundi débute Mars bleu, le mois d’information dédié à l’un des cancers les plus fréquents en France, avec environ 43 000 nouveaux cas chaque année. Il est aussi le deuxième plus meurtrier avec plus de 17 700 décès annuels. Des chiffres qui restent stables en dépit d’un dépistage national organisé pour les personnes âgées de 50 à 74 ans, sans facteurs de risque ni symptômes. La cause ? Le manque d’adhésion du public concerné. Mais pas de tabou qui tienne quand une tumeur, détectée tôt, peut être traitée. Et c’est justement le cas du cancer colorectal.    

Si Octobre rose revient chaque année, à l’automne, comme une évidence, on n’en dira pas autant de son pendant printanier, Mars bleu, le mal aimé. En plus de dix ans d’existence, sa renommée n’a guère progressé. La prévention contre le cancer colorectal a beau avoir son mois de sensibilisation, comme le cancer du sein, rien à faire : le dépistage organisé du cancer du côlon et du rectum ne fait pas recette. Moins d’un tiers de participants parmi les 16 millions de personnes concernées par cette mesure.

L’édition 2021 de la campagne de prévention contre le cancer colorectal passera-t-elle moins inaperçue que les précédentes ? Certes, l’épidémie a relégué au second plan nombre d’actions de prévention à l’égard d’autres risques que ceux liés à la contamination par le SARS-CoV-2. Pourtant, dans le contexte sanitaire actuel, de distanciation, le dépistage du cancer colorectal a un argument qui plaide particulièrement en sa faveur : on le fait chez soi. En toute sécurité, donc. Et si c’était finalement le bon moment pour répondre à l’invitation de se faire dépister ?

Encore des doutes ou des réticences ? Trois points pour tout savoir de ce dépistage et en finir avec la gêne et l’appréhension qui l’entourent.

Un dispositif simplifié et gratuit

Le programme national de dépistage du cancer colorectal est généralisé depuis 2009. Il s’adresse aux femmes et hommes à partir de 50 ans et jusqu’à l’âge de 74 ans. Rares sont les cancers colorectaux détectés avant 50 ans (environ 5 % des cas).

L’âge moyen au moment du diagnostic est de 72 ans chez l’homme et de 75 ans chez la femme. Les hommes sont un peu plus touchés : 23 000 cas en moyenne, contre 20 000 chez les femmes.

Tous les deux ans, les assurés éligibles reçoivent un courrier les invitant à effectuer le test immunologique de recherche de sang dans les selles. Il faut savoir que la plupart des cancers colorectaux se développent à partir de tumeurs bénignes, préexistantes qu’on appelle des polypes, et qui, dans un petit nombre, peuvent dégénérer. La durée de transformation d’un polype en cancer est estimée entre cinq et dix ans. D’où l’intérêt de se faire dépister régulièrement.

Pour récupérer le kit de dépistage, ils peuvent s’adresser au choix à leur médecin traitant, à un spécialiste (gynécologue ou gastro-entérologue) ou à un médecin d’un centre de santé du régime général d’Assurance maladie. « Des expérimentations sont menées dans des pharmacies, ajoute le Dr Jean-Baptiste Méric, oncologue et directeur du pôle Santé publique et Soins de l’Institut national du cancer (INCa). Tout est mis en œuvre pour faciliter la diffusion du matériel de dépistage. »

En l’absence de réponse à l’invitation à se faire dépister, une relance est envoyée au bout de trois mois, puis de six mois. À noter que depuis 2018, l’envoi postal du kit peut être fait à la seconde relance, mais uniquement pour les personnes qui ont déjà participé, au moins, à trois campagnes précédentes.

De sa remise à son analyse, le test est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie.

Un mode d’emploi allégé

Depuis 2015, le dépistage est réalisé avec le test immunologique de détection de sang occulte dans les selles. Il est beaucoup plus simple d’utilisation que le précédent (Hémoccult). Un tube, une tige, et le tour est joué.

Le prélèvement de selles est effectué par vous-même, à votre domicile. Il n’est plus nécessaire de réaliser six prélèvements comme avant, un seul suffit. En dix minutes, top chrono, c’est fait.

Une fois le prélèvement effectué, il ne vous reste plus qu’à le glisser dans l’enveloppe déjà affranchie, fournie avec le kit. À poster au plus tard le lendemain du prélèvement.

Vous recevrez le résultat dans un délai de quinze jours. Si rien n’a été décelé, la lettre vous invitera à renouveler le test dans deux ans.

En revanche, si du sang est détecté dans l’échantillon, vous vous verrez proposer une coloscopie pour rechercher la cause de cette présence. Cela arrive très rarement, assure Jean-Baptiste Méric : « On ne compte que 4 % de tests positifs, et un résultat positif ne signifie pas nécessairement une lésion cancéreuse ».

Un test plus performant

Autre atout : le test immunologique est plus sensible. « Il permet de détecter (et traiter) 2,4 fois plus de cancers et 3,7 fois plus d’adénomes avancés, à haut risque de transformation maligne », rapporte Jean-Baptiste Méric. Le dépistage peut donc prévenir l’apparition d’un cancer colorectal.

Par ailleurs, détecté tôt, le cancer colorectal peut être guéri dans 9 cas sur 10. En comparaison, poursuit l’oncologue, « cinq ans après un diagnostic de cancer colorectal détecté à un stade avancé, seuls 13 % des patients sont encore en vie ».

Pourtant, le cancer colorectal reste l’un des cancers les plus meurtriers. « Les modalités de prélèvement, pourtant très simples aujourd’hui, sont encore un frein. Prélever des selles reste malheureusement trop souvent un acte qui rebute ! »

Conséquence, le taux de participation ne décolle pas. Douze ans après la généralisation du programme de dépistage, il excède à peine 30 %. « La recommandation au niveau européen est de 45 %, nous sommes loin du compte », commente le Dr Méric.

Exprimé en risque relatif, le dépistage de 60 % de la population éligible devrait permettre une réduction de la mortalité par cancer colorectal de 15 à 20 %, selon la Haute Autorité de santé. Ce bénéfice du dépistage n’est constaté que si l’on dépiste durant de nombreuses années : il faut dépister 1 000 personnes pendant dix ans pour réduire le nombre de cancers colorectaux. Exprimé en risque absolu, cela revient, sur dix ans, à dénombrer entre 4 et 5 décès sans dépistage contre 3 dans la population dépistée.

Il n’empêche, massivement suivi, le dépistage du cancer colorectal peut sauver des vies. Il convient de s’en souvenir en cette période de pandémie. La Covid 19 ne doit pas faire oublier le cancer.

Personnes à risque et hygiène de vie : conseils de prévention

L’hygiène de vie est importante pour prévenir la survenue du cancer colorectal. Parmi les facteurs aggravants figurent le tabagisme, l’alcool, la sédentarité, indice de masse corporelle élevé et certains aliments comme la viande rouge, la charcuterie et autres produits de salaison, dont il faut limiter la consommation. Des antécédents familiaux (au 1er degré) et/ou personnels sont également à prendre en considération. Il est recommandé, dans ce cas, d’en parler à son médecin traitant, avant même 50 ans. Celui-ci vous orientera vers des modalités de dépistage adaptées, en premier lieu, la coloscopie qui devient l’examen de référence. Même conseil si vous avez des douleurs abdominales persistantes, sans cause identifiée, ou des troubles du transit. À la lisière du diagnostic et de la surveillance, la coloscopie est également indiquée dans le suivi des personnes touchées par des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Enfin, dans certains cas, une coloscopie incomplète, appelée rectosigmoïdoscopie, destinée à n’explorer que la partie basse de l’intestin, peut être pratiquée. Moins invasif, cet examen ne nécessite pas d’anesthésie.

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