L’immunité chez les enfants et les personnes âgées

L’immunité des enfants et des personnes âgées fonctionne très différemment. Dans notre article sur les anticorps, la mémoire immunologique et la Covid-19, nous avons exploré avec l’aide du Pr Sophie Candon, immunologiste au CHU de Rouen, le fonctionnement des cellules de notre système immunitaire. Elle nous éclaire ici sur l’état de ces cellules à la naissance, et comment elles évoluent tout au long de notre existence, afin d’expliquer pourquoi les enfants et les personnes âgées sont parfois plus fragiles face à certaines infections.

66 Millions d’Impatients : Pourquoi l’immunité des personnes âgées est-elle moins performante ?

Pr Sophie Candon : Tout simplement parce que le système immunitaire vieillit, bien qu’il soit en constant renouvellement. La moelle osseuse et le thymus produisent en permanence de nouvelles cellules immunitaires (les lymphocytes T et B) qui n’ont jamais rencontré d’agent pathogène et qui sont susceptibles de s’activer correctement au moment où elles rencontrent un agent infectieux, pour organiser une bonne défense immunitaire. Cependant, avec l’âge, la production de ces cellules « naïves » diminue.
De plus, on pense que chez les personnes âgées certains virus, capables d’établir pour une grande partie de la population une infection chronique latente et bénigne dans la plupart des cas, « accaparent » en quelque sorte leur système immunitaire qui va être plus orienté pour reconnaître et combattre ces virus au détriment de nouveaux agents pathogènes. Cela expliquerait, en partie, pourquoi les défenses immunitaires des personnes âgées sont moins performantes.

Pourquoi les enfants sont-ils plus fragiles sur le plan immunitaire ?

Ils sont plus fragiles, car leur système immunitaire est immature, mais c’est un terme un peu trompeur. Il est immature du fait que le bébé, à sa naissance, n’a pas encore rencontré d’agents microbiens. Il est brutalement submergé par ces agents, pathogènes ou non, lors de l’accouchement, puis du fait de son exposition à l’environnement et à l’introduction d’une alimentation solide. Il doit apprendre à y répondre. Cependant, afin que le système immunitaire des tout-petits ne se mette pas à répondre de façon exubérante compte tenu de la « masse » antigénique à laquelle il est exposé, des mécanismes de régulation permettent de diminuer un peu les réponses immunitaires des enfants. En réalité, l’immunité des enfants est très performante, très compétente et elle répond efficacement à de nombreux challenges infectieux.

Afin de favoriser une bonne immunité chez les enfants, vaut-il mieux les exposer à des agents pathogènes ou au contraire les protéger ?

La réponse à cette question est issue principalement d’observations épidémiologiques rassemblées autour de ce que l’on appelle « la théorie de l’hygiène ». On sait d’une part que la fréquence des maladies auto-immunes, des maladies allergiques et même de certains cancers impliquant les lymphocytes, augmente, surtout dans les pays « à fort produit intérieur brut », c’est à dire les pays les plus riches. Parallèlement, la fréquence des maladies infectieuses, notamment dans la petite enfance a beaucoup diminué. Une théorie établit un lien entre ces deux observations. L’hypothèse émise est que la diminution des maladies infectieuses, et de l’exposition à des agents microbiens en général, favorisent les maladies dysimmunitaires du fait d’une mauvaise « éducation » du système immunitaire. Est envisagée l’idée que, dans la mesure où le système immunitaire n’aurait plus suffisamment d’agents pathogènes à combattre, soit il se retournerait contre lui-même dans le cas des maladies auto-immunes, soit il réagirait de manière inappropriée dans les cas des allergies. Inversement, une exposition suffisante à des agents microbiens pendant la petite enfance serait bénéfique à l’éducation du système immunitaire.
Cependant, il existe un paradoxe dans cette théorie de l’hygiène puisque l’on sait également que certaines maladies infectieuses, notamment virales, sont probablement aussi des facteurs déclenchant des maladies auto-immunes.
Les données épidémiologiques autour de la théorie de l’hygiène sont très solides mais cette théorie n’est encore que partiellement démontrée de façon expérimentale, et les mécanismes en jeu dans l’organisme ne sont pas complètement compris.

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