Kit de survie, volume 3 : « on ne peut pas soigner gratuitement tous les immigrés alors que beaucoup de Français ne sont déjà pas bien soignés ! »

Pour ces fins d’années, nous proposons un kit de survie aux repas de fin d’année, où les conversations pleines d’idées reçues sont souvent légion. On a généralement dans nos familles, un tonton « réac » ou une tata acide, volontiers égoïstes voire, racistes et homophobes dont les sorties durant les dîners de fêtes de fin d’année nous font bondir et sont si déconcertants qu’ils parviennent même à nous clouer le bec. Cette année, on pourra sortir son mégaphone à table pour leur répondre avec aplomb, au moins sur quelques questions de santé, grâce aux arguments avancés par les associations de patients à qui nous avons soumis quelques phrases salées qui pourraient bien s’inviter à nos tables de réveillon.

Contrer l’idée reçue : les arguments de l’association Médecins du Monde, avec Delphine Fanget, chargée de plaidoyer pour l’organisation

“Il est nécessaire dans un premier temps, de savoir exactement de qui l’on parle quand on parle de personnes immigrées car toutes n’auront pas le même type de protection santé en France. Il est à noter déjà que les immigrés qui travaillent, cotisent automatiquement à la sécurité sociale et précisons que beaucoup de personnes en situation irrégulière travaillent également, et par conséquent, elles cotisent et payent des impôts. En outre, toutes les personnes immigrées, avec ou sans papier, contribuent aux ressources publiques puisqu’elles payent, comme tout le monde, la TVA sur tous les produits de consommation.

Certes les personnes immigrées, même celles sans papier, peuvent bénéficier d’une protection sociale pour leur permettre un accès aux soins, mais c’est le cas de tous les Français également, qu’ils travaillent ou non. Tous les assurés sociaux bénéficient en réalité de la solidarité nationale.

Pour faire le point sur l’AME (Aide médicale d’état), qui est la protection santé des personnes en situation irrégulière, elle représente environ 900 millions d’euros, soit 0,5% du budget global de la sécurité sociale, ce qui est donc très peu. En outre, pour bénéficier de l’AME, il ne faut pas dépasser un certain plafond de ressources qui est faible. Cette aide s’applique donc uniquement à des personnes en situation de précarité et n’est, en outre, valable qu’un an, renouvelable sur demande. La plupart du temps, les personnes qui demandent l’AME le font seulement quand ils sont très malades, souvent accompagnés par des associations car c’est un véritable parcours du combattant pour l’obtenir et éventuellement la renouveler. Il n’est pas du tout question, dans ce contexte, d’un cliché de personnes privilégiées qui viendraient profiter d’une protection santé facile à obtenir et valable aussi longtemps que l’on en a besoin. Bien loin de profiter du système, les personnes éligibles à l’AME y ont, en réalité, très peu recours. Ce non-recours à l’accès aux soins vient d’être documenté par l’institut de recherche et de documentation en économie de la santé (IRDES) et a montré que la moitié des personnes qui pourrait bénéficier de l’AME, ne la demande pas, soit parce qu’ils ne sont pas informés de l’existence de ce dispositif, soit parce que la barrière de la langue et les difficultés administratives les dissuadent de demander cette protection, soit parce qu’ils ont peur qu’une telle demande ne leur porte préjudice et qu’ils soient renvoyés dans leur pays. Enfin les personnes qui bénéficient de l’AME consomment moins de soins courants que la moyenne des assurés sociaux, ce qui prouvent qu’ils ne cherchent pas à profiter du système.

Il est aussi nécessaire de comprendre qu’en termes de santé publique, nous sommes tous interdépendants et que les maladies infectieuses ou épidémiques ne s’attaquent pas uniquement aux personnes qui ont des conditions de vie difficiles, voire précaires, ont de faibles revenus et sont, de fait, les plus exposés aux problèmes de santé. Faciliter l’accès aux soins aux plus démunis, immigrés ou non, et bien les soigner, c’est également protéger l’ensemble de la société. En outre, en termes économiques, si on restreint la prise en charge financière à l’accès aux soins, ce qui semble être l’orientation des mesures annoncées par le gouvernement, les personnes les plus défavorisées retarderont leur prise en charge et iront se faire soigner principalement lorsqu’ils seront très malades, ayant recours à des soins pratiqués en urgence, ou des hospitalisations, qui coûteront finalement beaucoup plus cher à la collectivité que s’ils avaient pu bénéficier d’une prise en charge en amont, en médecine de ville par exemple.  En outre, cela augmenterait davantage encore la charge de travail des équipes de soins de premier recours des associations et des équipes hospitalières, notamment des services des urgences, déjà extrêmement saturées et épuisées.”

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