Ne plus désinfecter sa maison pour lutter contre l’antibiorésistance ?

« Désinfecter », c’est éliminer les microbes, soit en s’en débarrassant, soit en les tuant. On peut cependant tout à fait se passer de désinfectants, c’est-à-dire de produits « biocides » qui ont pour objectif de tuer des êtres vivants, et avoir un environnement bien assez propre pour y vivre sans aucun danger…

Malgré les grands moyens en marketing et publicité utilisés par les industriels pour nous convaincre d’acheter des produits désinfectants à usage ménager, il est grand temps d’éviter de les utiliser à toutes les sauces, et tout particulièrement ceux que l’on retrouve en mélange dans la majorité des détergents issus de la pétrochimie.

En effet, quand on utilise des biocides, on tue des êtres vivants, or nous avons la même chimie que les bactéries, nous sommes simplement plus gros et il faudrait donc beaucoup plus de désinfectants pour nous tuer. Quand on se sert de désinfectants tous les jours, on s’expose alors quotidiennement à des produits dangereux pour la santé. Les enfants et les femmes enceintes tout particulièrement doivent s’en éloigner.

L’un des principaux dangers, qui a une conséquence indirecte sur notre santé, est que l’on rend les bactéries qui survivent« résistantes » aux désinfectants, et, parce que le mécanisme de défense des bactéries aux désinfectants est le même que celui qu’ils mettent en place pour se défendre contre les antibiotiques, on augmente malheureusement également l’antibiorésistance.

Il ne faut pas perdre de vue que la lutte contre la résistance des bactéries aux antibiotiques est un enjeu de santé publique majeur. Aujourd’hui déjà, nous n’avons plus de solution thérapeutique face à certaines bactéries devenues multirésistantes qui peuvent s’avérer mortelles, et il se peut que d’ici 20 ou 30 ans, les antibiotiques deviennent inefficaces, au point de ne plus nous permettre de soigner des maladies infectieuses aujourd’hui bénignes. N’oublions pas qu’avant l’apparition des antibiotiques, les maladies infectieuses étaient la première cause de mortalité.

Les désinfectants peuvent donc évidemment être utiles, mais il faut en faire un usage raisonné, à commencer par celui que l’on fait à la maison, au quotidien, car en en utilisant, nous participons à l’augmentation de l’antibiorésistance.

INTERVIEW DU Dr PHILIPPE CARENCO, MÉDECIN HYGIÉNISTE AU CENTRE HOSPITALIER DE HYÈRES

66 Millions d’Impatients : Les détergents participent-ils beaucoup à l’antibiorésistance ?

Docteur Carenco : Tous les détergents n’ont pas un impact direct sur l’antibiorésistance mais c’est le cas des désinfectants et, malheureusement, beaucoup de détergents contiennent des désinfectants. On fait souvent un amalgame entre détergent et désinfectant, d’autant que l’une des classes de désinfectants les plus utilisés, celle à base d’ammonium quaternaire, a également la propriété d’être détergente. Ces produits sont vendus à la fois comme détergents et détergents-désinfectants, mais ils sont bel et bien, avant tout, des désinfectants et, en cela, ils ont un impact indéniable sur la résistance des bactéries et l’antibiorésistance.

Il faut savoir que cet impact est au moins aussi important que l’abus d’antibiotiques sur l’antibiorésistance, car l’enjeu tient, pour les détergents, dans les volumes utilisés. On utilise finalement peu d’antibiotiques dans la vie de tous les jours par rapport à la consommation très importante de désinfectants. Je ne parle pas ici simplement de leur utilisation dans le secteur de la santé mais dans l’industrie au sens large, dans tous les secteurs. L’agro-alimentaire notamment utilise énormément de désinfectant pour sécuriser leurs produits et faire en sorte que les bactéries ne viennent pas manger les produits avant que nous les consommions.

On utilise les désinfectants en quantité d’autant plus importante qu’on ne les utilise pas directement sur l’homme mais, pour la plupart, sur les surfaces à nettoyer. On prend donc peu de précautions quant aux doses consommées. Cependant, lorsque ces désinfectants arrivent dans les égouts, puis dans la nature, cela représente des niveaux de toxicité forts pour tous les organismes vivants, car les désinfectants ne tuent pas uniquement les bactéries mais aussi les micro-organismes de la faune et de la flore. En outre, les désinfectants ne font pas le tri entre les « bonnes » et les « mauvaises » bactéries.

Par quel mécanisme les bactéries deviennent-elles résistantes aux antibiotiques à cause de l’utilisation de produits désinfectants ?

Ce phénomène de résistance, c’est-à-dire de mécanisme d’autoprotection des bactéries à des milieux hostiles, est en réalité très ancien et existe depuis que la vie existe. On a aujourd’hui la preuve que tous les gènes de résistance aux antibiotiques sont accompagnés, sur leur structure génétique, de gènes de résistance à certains désinfectants très primaire, qui existait naturellement dans la nature, comme le mercure. Avec la pression humaine des désinfectants depuis 150 ans environ, on ne fait que réactiver des mécanismes très anciens que les bactéries avaient déjà appris pour survivre.

Dans le cas des désinfectants, une fois utilisés, souvent à haute dose par l’industrie ou pour l’entretien des bâtiments professionnels et privés, ils continuent à se diluer dans les égouts et dans la nature. À ce stade, ils ne tuent plus l’ensemble des bactéries mais seulement les moins résistantes. Les bactéries les plus adaptées survivent, or le mécanisme de défense d’une bactérie face aux désinfectants est le même que celui qu’elle met en place pour se protéger des antibiotiques. Quand une bactérie a appris à résister aux désinfectants, elle a acquis des gènes de résistance, soit elle-même en modifiant sa structure par mutation, soit par informations passées entre bactéries. En effet, les bactéries ne vivent jamais isolées mais en communauté complexe et s’échangent des informations sous la forme de petits matériels génétiques. Elles se protègent grâce à la production de ce que l’on appelle un « biofilm », que de façon non savante on appelle la « crasse ». La crasse est l’expression des bactéries qui fabriquent une substance plus ou moins dure, qui les rend, entre autres choses, hermétiques à la pénétration des désinfectants. Donc, non seulement les désinfectants perdent leur efficacité au contact de ces biofilms qu’ils ont du mal à pénétrer mais en outre, une fois dilués dans l’environnement, les désinfectants sont responsables de l’acquisition de résistance aux antibiotiques. Notons également que l’on ne parle pas de bactéries en particulier mais de toutes les bactéries, puisqu’elles échangent leurs informations. Elles survivent autant en compétition qu’en collaboration entre elles.

Le phénomène d’antibiorésistance n’est pas le seul danger pour notre santé par rapport à cette forte activation de la résistance des bactéries provoqué par les biocides ?

En effet, non seulement nous avons de moins en moins d’antibiotiques efficaces, mais en outre nous perdons l’intérêt de ce que l’on appelle le « service écosystémique », lié à la capacité des bactéries à être très largement sensibles les unes envers les autres. Dans les milieux naturels, cette résistance qu’elles acquièrent contre un certain nombre d’ennemis naturels et contre les antibiotiques va réorienter les habitats naturels, c’est-à-dire les écosystèmes naturels, qui seront définitivement perdus. Un très bon exemple de service écosystémique est celui de la purification de l’eau. En effet, la raison pour laquelle les lacs ou les mers ne sont pas putrides est qu’ils possèdent leur propre écosystème d’épuration grâce notamment aux bactéries et aux virus, dont certains sont bactériophages. Nous sommes en train peu à peu d’altérer l’équilibre de ces écosystèmes et à terme de mettre en péril la faune et la flore. Les océans pourraient devenir des égouts géants. On le voit déjà avec certains lacs et rivières. Nous bouleversons les micro-écosystèmes sans les connaître vraiment.

Le risque lié aux biocides ne concerne pas seulement l’homme et sa capacité à lutter contre les infections. L’environnement, la biodiversité microbiologique des sols nourriciers, des lacs et des océans souffrent sévèrement de la pression biocide, et tous les échelons de la vie organisée s’en ressentent. Nos égouts peinent à être épurés par des bactéries stressées, les gènes de résistance s’échangent au sein des réservoirs de microbes dans la nature jusqu’à gagner les espèces animales sauvages.

Faut-il continuer d’utiliser des désinfectants pour nettoyer les locaux à l’hôpital ?

A l’hôpital, on a besoin de maîtriser et d’empêcher la transmission des infections. Pour autant, même à l’hôpital, a-t-on besoin de désinfecter tout, tous les jours ? Les études aujourd’hui sont claires : il y a des domaines où la désinfection chimique ne vaut rien en termes de prévention. En dehors des épidémies, où on utilisera le désinfectant adapté au microbe incriminé, on sait qu’il n’est pas utile de désinfecter l’environnement général de l’hôpital dans le but de diminuer les infections.

Par exemple, les sols du hall ou des couloirs d’un hôpital auront beau être désinfectés quotidiennement, l’efficacité sera très courte, entre une à deux heures, puisqu’il y a beaucoup de passage. Une désinfection dans un milieu non protégé ne tient pas. On vante l’efficacité des produits de désinfection mais cette efficacité est valable pour des tests effectués en laboratoire, qui n’ont rien à voir avec la vraie vie. Une désinfection va donc être efficace deux heures au maximum et si l’on utilise des produits contenants des biocides, ils vont quand même se retrouver dans l’environnement. En outre, après une désinfection, les bactéries qui ont survécu ont d’autant plus de chances de se multiplier qu’elles sont seules, elles n’ont plus de concurrents. On ne maîtrise alors même plus la sélection des bactéries. C’est peut-être celles que l’on voulait voir disparaître qui vont se multiplier et devenir résistantes.

Bien sûr, il y a des exceptions, comme les blocs opératoires où l’on fait un ménage minutieux entre chaque intervention pour éviter de laisser des bactéries s’installer. Ce sont des milieux hyper-protégés mais cela ne peut pas être appliqué dans la totalité des locaux d’un hôpital, où la propreté s’impose afin que cela reste sain mais où l’on ne peut pas tuer la totalité des microbes qui sont d’ailleurs amenés par les gens eux-mêmes. Notons au passage que l’une des maladies les plus répandues au sein des personnels hospitaliers est l’asthme professionnel, dû à l’utilisation permanente des désinfectants.

J’ai participé à la formation des personnels de 267 établissements de santé de la région PACA au moindre usage des produits désinfectants et cela a abouti à 45% d’utilisation de produits détergents et détergents-désinfectants en moins sans conséquence au niveau sanitaire. Peu à peu, toutes les régions s’y mettent. Malheureusement, les industriels recyclent vers le grand public, à grands renforts de marketing, ces produits dont nous ne voulons plus, notamment dans les établissements de santé, et qui sont clairement dangereux mais pas chers. Certains de ces produits ménagers devraient être clairement contre-indiqués en cas de contact avec les femmes enceintes et les enfants petits, au moment de l’utilisation mais également dans les heures ou jours qui suivent leur utilisation. N’oublions pas que les bébés et les enfants petits passent beaucoup de temps à même le sol et sont éventuellement exposés à ces produits toxiques, si on en utilise à la maison ou à la crèche (lire notre article sur les questions d’environnement en crèches et en maternité).

Il y a une autre option à l’utilisation de produits à base de biocides aujourd’hui qui est, au contraire, la colonisation d’un environnement par des bactéries non dangereuses et qui empêchent les autres de s’installer par compétition. Il y a des milieux qui pourraient se prêter à cela, même si ce n’est évidemment pas le cas d’un bloc opératoire.

Il faut pourtant bel et bien continuer à se désinfecter les mains à l’hôpital ?

Bien entendu ! Je parlais du nettoyage des locaux mais cela ne concerne pas le nettoyage des mains, qui doit être systématique puisque c’est le vecteur principal de tous nos échanges, en termes de civilité et de microbes !

Les mains doivent donc être désinfectées à l’hôpital avec de l’alcool. L’alcool est un désinfectant, un antiseptique dont le niveau de toxicité est acceptable puisque l’on peut même l’avaler sans grand danger en quantité raisonnable. Il est donc particulièrement intéressant pour l’usage de la désinfection des mains. L’utilisation des solutions hydroalcooliques à l’hôpital pour la désinfection des mains, particulièrement répandu suite à l’épidémie de grippe de 2009, a permis de faire notablement baisser la transmission des staphylocoques à l’hôpital.

Je précise que les études ont montré qu’il n’y a pas de passage transcutané de l’alcool, c’est-à-dire, pas de pénétration par la peau dans l’organisme. L’alcool a également l’avantage de s’évaporer très vite et de ne pas avoir un effet aussi délétère sur l’environnement que les autres désinfectants.

Parmi les désinfectants, vous pointez particulièrement ceux à base d’ammoniums quaternaires ?

Tous les désinfectants ont des inconvénients, et certains sont pires que les ammoniums quaternaires, mais ceux-là, nous les connaissons bien, depuis longtemps, ils sont très courants et pourtant il vaut mieux les éviter. On les reconnaît sur les étiquettes des détergents car leurs noms finissent en général par « oniums ». Ils sont présents dans beaucoup de désinfectants, beaucoup de détergents et notamment dans les assouplissants. Ils impactent beaucoup l’environnement et, selon leur composition, ils sont souvent allergisants et assimilés à des perturbateurs endocriniens, qui sont donc particulièrement dangereux pour les tout-petits dont l’organisme n’est pas mature. C’est pourquoi il faut éviter d’ajouter des assouplissants dans la lessive des vêtements des enfants.

A-t-on besoin de produits désinfectants à la maison ?

Sur le plan domestique, il n’y a vraiment pas d’intérêt à désinfecter son environnement, puisque l’on est porteur de ses propres germes et qu’aussitôt détruits, on les remet. On en dépose même davantage en faisant le ménage qu’on en enlève ! Vouloir tuer les microbes est un combat perdu d’avance et il faut rappeler que désinfecter c’est « tuer ou éliminer les microbes ». Pour désinfecter, on n’a donc pas besoin d’utiliser un désinfectant. On peut tout aussi bien désinfecter en enlevant la crasse avec, par exemple, des tissus microfibres qui ont un haut pouvoir abrasif, plutôt qu’avec des produits désinfectants qui seront nuisibles pour l’environnement et créeront de l’antibiorésistance.

À la maison, il est important d’utiliser le moins de produits possible. On a tendance à confondre détergents et désinfectants, d’autant qu’aujourd’hui beaucoup de détergents contiennent des désinfectants. Pourtant un détergent a pour but principal de dégraisser, c’est-à-dire d’enlever les corps gras et la recette d’un détergent pour y parvenir est d’utiliser du gras associé à une molécule azotée afin que ce corps gras soit miscible dans l’eau. L’idée est de diluer la saleté dans du gras et de l’emporter grâce à l’eau.

Y a-t-il pourtant des désinfectants moins dangereux que d’autres pour notre santé et celle de la planète ?

Tous les biocides participent à l’antibiorésistance (parmi les biocides il y a les bactéricides mais aussi les fongicides, les pesticides, les herbicides, etc.) et ceux qui y participent le moins sont ceux qui s’éliminent le plus vite après usage, comme l’alcool qui s’évapore très vite. C’est aussi le cas des acides, qui sont assez rapidement neutralisés après dilution, avec des substances alcalines naturelles. Le meilleur exemple ménager est le vinaigre (ou acide acétique) qui est un excellent désinfectant et également un très bon détartrant.

Il faut cependant savoir que 90% des détergents du commerce sont des dérivés du pétrole, alors qu’il existe des détergents naturels, produits par des bactéries naturelles qu’on appelle les biodétergents. On les reconnaît facilement dans les rayons des magasins car ils sont souvent certifiés par ECOCERT, qui garantit qu’il y a moins de 5% de produits pétroliers. Les biodétergents sont beaucoup plus biodégradables et agissent à des concentrations beaucoup plus faibles que les détergents pétrochimiques. Même à l’hôpital, on peut favoriser les biodétergents.

L’action thermique peut aussi permettre de tuer les microbes grâce par exemple aux appareils nettoyants vapeurs.

Il n’y a vraiment aucune indication à utiliser des désinfectants à la maison. Au contraire, on risque, en utilisant des produits désinfectants, de favoriser l’antibiorésistance mais également de développer de l’asthme et des allergies cutanées.

L’eau de javel est-elle également à éviter ?

L’eau de javel est un désinfectant pur et dur qui tue des bactéries sous l’effet du chlore et du fait qu’il est très alcalin. Il a l’avantage d’être peu cher, efficace et d’avoir des vertus blanchissantes. Cependant il ne détartre pas et comme malheureusement les microbes sont sous le tartre, on désinfecte principalement l’écosystème des égouts et de la mer avec la javel. L’eau de javel est donc l’ennemi des stations d’épuration.

C’est aussi un produit dont les dérivés d’usage sont dangereux pour la santé humaine, car certains de ces dérivés, comme les chloramines, sont cancérigènes.

On favorise le savon ?

Avec le savon, il n’y a pas de souci d’antibiorésistance puisqu’ils n’ont pas vocation à être bactéricides, et comme le savon permet d’enlever la saleté, on peut considérer qu’il désinfecte sans tuer les bactéries mais tout simplement en les nettoyant.

Pour s’appeler savon, il faut que le produit soit le résultat d’une saponification, c’est-à-dire d’une réaction entre un corps gras et un alcalin (de la soude ou de la potasse). Le corps gras a longtemps été des huiles animales, désormais on utilise des huiles végétales. C’est un procédé très ancien dont les molécules ont les mêmes propriétés que les molécules des détergents, avec pour différence qu’elles sont moins puissantes mais beaucoup plus biodégradables. Les savons ont aussi beaucoup moins d’inconvénients sur la peau, à condition que l’on n’y ajoute pas des parfums ou des colorants. Il faut bien savoir que les bains moussants, les « mousses lavantes », etc., font partie de la famille des détergents et non du savon et qu’ils sont agressifs pour la peau.

Au passage, sachez que l’on trouve également beaucoup de biocides dans les shampoings et les crèmes qui contiennent des conservateurs, qui sont en réalité tout simplement des biocides, dont certains sont particulièrement allergisants. Pour soigner sa peau, il vaut mieux utiliser par exemple des huiles végétales pures plutôt que des crèmes industrielles avec des compostions complexes.

 

BON À SAVOIR

Deux décrets (n° 2019-642 et n° 2019-643) viennent de paraître sur l’usage des biocides. Le second, « relatif à la publicité commerciale pour certaines catégories de produits biocides », impose pour les plus agressifs d’entre eux d’apposer la mention suivante sur le packaging : « Avant toute utilisation, assurez-vous que celle-ci est indispensable, notamment dans les lieux fréquentés par le grand public. Privilégiez chaque fois que possible les méthodes alternatives et les produits présentant le risque le plus faible pour la santé humaine et animale et pour l’environnement. »

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