Déserts médicaux : vers une régulation de l’installation des médecins ?

Déserts médicaux : vers une régulation de l’installation des médecins ?!

Nous sommes de plus en plus nombreux à être confrontés à la difficulté d’obtenir un rendez-vous chez le médecin : 63% des Français déclarent en effet avoir déjà été au moins une fois dans l’impossibilité de consulter un médecin (généraliste et / ou spécialiste) dans un délai raisonnable. Les plus affectées sont les 2,5 millions de personnes qui vivent dans un des 192 « déserts médicaux » recensés en 2015 par le Conseil national de l’Ordre des médecins en France métropolitaine.

Plus qu’un problème de démographie, notre pays doit faire face à un manque d’attractivité de certaines spécialités médicales

Et cela risque de s’aggraver dans les années à venir : nombre de médecins aujourd’hui en exercice approchent de l’âge de la retraite, notamment dans les territoires où ils sont déjà peu nombreux et dans lesquels la relève est difficile à trouver et à fidéliser !

Pourtant, on ne manque pas de médecins en France. Avec une moyenne d’1 praticien en activité pour 300 habitants, on compte parmi les pays avec la plus forte densité médicale moyenne. Mais les moyennes cachent de grandes disparités :

  • selon les spécialités dont certaines sont en souffrance comme en ophtalmologie par exemple,
  • selon les territoires où l’accès à certaines spécialités, voire même en médecine générale, est problématique.

Plus qu’un problème de démographie, notre pays doit faire face à un manque d’attractivité de certaines spécialités médicales, et surtout à une répartition très inégale des médecins sur le territoire. Deux facteurs clés sur lesquels il est important d’agir simultanément.

Différents leviers peuvent être actionnés, de façon complémentaire, pour répondre à ce double phénomène, conditionnant un accès géographique plus équilibré au médecin :

  • agir sur leur formation,
  • augmenter les mesures incitatives existantes proposant un accompagnement matériel et financier,
  • réguler leur installation pour éviter qu’ils n’aillent exercer dans les territoires où la densité médicale est déjà plus importante qu’ailleurs,
  • innover en matière de pratique médicale.

Pour en savoir plus sur les déserts médicaux vous pouvez consulter :

– Le film pédagogique réalisé par le Collectif Interassociatif Sur la Santé (CISS) « Recherche médecin désespérément – Des clés pour comprendre, des pistes pour agir » :

– La journée interassociative de réflexion sur le sujet, organisée le 04 novembre 2015 par le CISS, sur le thème « Déserts médicaux : vers un encadrement de l’installation !? »

Les négociations sur la nouvelle convention médicale débutent, l’occasion de se mobiliser sur la question des déserts médicaux

Il se trouve que l’Assurance maladie et les syndicats représentant les médecins libéraux sont en train de négocier la nouvelle convention médicale, qui régit les relations et obligations réciproques entre les médecins libéraux qui dispensent les soins et la Sécurité sociale qui les rémunère en grande partie. Or, des dispositions peuvent être prises dans le cadre de cette convention pour plusieurs des leviers actionnables afin de répondre aux déserts médicaux. Et il faut notamment rappeler la possibilité d’intégrer à la convention médicale des critères de régulation de l’installation des médecins, notamment le « conventionnement sélectif » qui consiste à ne pas permettre le conventionnement d’un médecin par l’Assurance maladie lorsqu’il choisit de s’installer dans un territoire où il y a déjà un nombre suffisant de médecins de sa spécialité en exercice (à moins que son installation corresponde au départ d’un de ses confrères). Ce type de « conventionnement sélectif » existe déjà pour les infirmiers libéraux et a permis de réorienter l’installation de ces professionnels de santé vers les territoires où ils sont moins nombreux.

D’autres modes de régulation de l’installation des médecins peuvent aussi être envisagés, comme celui existant pour les pharmaciens qui doivent obtenir une autorisation administrative de l’agence régionale de santé pour créer une pharmacie. Ce type d’autorisation existe aussi pour de nombreux autres « offreurs de soins », par exemple pour les établissements de santé : on ne peut pas créer un hôpital ou une clinique où bon nous semble, ni même un établissement médico-social. On voit que pour toute offre de soins il est important de disposer de moyens pour l’encadrer et la réguler, de façon à ce qu’elle réponde au mieux aux besoins de la population dans son ensemble.

Dans l’immédiat, à l’heure où une nouvelle convention médicale est en négociation, il nous semble important de rappeler aux parties prenantes à cette négociation que des réponses concrètes et efficaces aux déserts médicaux doivent être LA priorité de la convention ! Et nous vous invitons à soutenir cette demande en interpellant les parties prenantes en question : rendez-vous sour notre ESPACE DE MOBILISATION.

2 commentaires

  • Michel ANTONY dit :

     Depuis le Livre blanc de l’APVF de 1999 en passant par la Coordination nationale des comités de défenses des hôpitaux et maternités de proximité (décision unanime de Gisors 2006) jusqu’aux rapports de la Cour des comptes, du Sénat, les positions des autres associations de maires… le choix de limiter impérativement la liberté d’installation et de revoir le numérus clausus font de plus en plus consensus. Toutes les mesurettes incitatives pour contrer les déserts médicaux n’apportent rien sur le fond. Seule une répartition imposée (pour 3 ou 5 ans) des médecins donnera aux structures sanitaires et aux territoires les professionnels de santé auxquels ils ont droit. L’égalité et la solidarité dans l’aménagement sanitaire de nos territoires imposent un choix politique national courageux qui tarde désespérement. Cf. la liste des différentes prises de position allant dans le même sens recensées dans http://www.coordination-nationale.org/documents%20et%20etudes/CN-FinLiberteInstallation2013.pdf

  • M ANDRE dit :

     donner plus de moyens éducatifs, plus d'éducateurs à la santé, d'infirmiers et de personnels formés pour faire des apprenants en culotte courte, de vrais citoyens libres et heureux et non de futurs consommateurs dépendants de l'industrie chimique et pharmaceutique…! … après, c'est trop, ou tout du moins trop difficile de rectifier… stopper toutes les publicités liées aux consommations de médicaments…etc…

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