Santé sexuelle et droits humains : un enjeu pour l’humanité

Santé sexuelle et droits humains

Ce qui va sans dire, va toujours mieux en le disant… Et si tacitement droits humains et sexualité semblent bel et bien liés, le tabou, voire la répression encore existante sur de nombreux sujets en lien avec les pratiques sexuelles, rendent l’accord entre ces deux concepts bien difficile.

– Violences sexuelles,
– Droit à la vie privée,
– Droit au mariage consenti,
– Discrimination et inégalités sexuelles,
– Exclusion sociale,
– Accès à la prévention et aux soins en matière de maladies sexuellement transmissibles,
– Droit à la contraception,
Droit à l’avortement,
– Pleine liberté à disposer de son corps…

… Tous ces aspects ont un impact sur la santé sexuelle, qui elle-même a un impact sur la santé en général.

C’est un sujet extrêmement vaste, qui trouve des réponses aussi multiples qu’il existe de pays, de cultures, de religions.

La chaire UNESCO « Santé sexuelle et Droits humains » s’est pourtant attaquée à ce gigantesque chantier, à travers la publication en avril dernier d’un ouvrage ambitieux, probablement le premier d’une belle série, qui présente les travaux de chercheurs et praticiens multidisciplinaires.

Quelques chiffres…

Dans le monde

  • 54% des personnes atteintes du VIH vivent avec sans le savoir
  • 1 femme sur 5 est victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie
  • 3,3 millions de filles risquent d’être mutilées sexuellement chaque année
  • 1 million de personnes au moins contractent une maladie sexuellement transmissible chaque jour
  • Le risque de maltraitance sexuelle augmente de 1,5 à 3 fois chez les enfants et les femmes handicapées par rapport aux personnes valides
  • Dans 78 pays, l’homosexualité est punie par la loi et passible de peine de mort dans une dizaine d’entre eux.

En France

  • 1 femme sur 10 est victime de violence conjugale
  • 1 femme décède tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint

Un enjeu pour la France ?

S’il est vrai que dans un pays comme la France, le mariage forcé est interdit, le viol puni, l’avortement autorisé, le mariage homosexuel désormais légalisé, la prévention et la prise en charge des maladies sexuellement transmissibles plutôt bien organisées (il y aura forcément des détracteurs sur chacun de ces sujets mais le fait est qu’à l’échelle du reste du monde, nous sommes assez chanceux…), il n’en demeure pas moins que la question de la santé sexuelle et reproductive reste assez taboue.

Joëlle Mignot, Psychologue et Sexologue clinicienne*, co-directrice du livre Santé sexuelle et droits humains, nous explique que cet ouvrage exprime les valeurs défendues par la Chaire de l’UNESCO, à savoir promouvoir la dimension positive de la sexualité. Cet aspect prend son sens dans un pays comme la France, où, précise-t-elle, la sexologie s’est plutôt toujours intéressée avant tout aux dysfonctionnements de la sexualité. Or il est temps de conjuguer la santé sexuelle avec la définition de la santé telle que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) l’entend : « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».

Mai 1968 avait engagé la France vers une plus grande liberté de parole autour de la sexualité. L’épidémie de SIDA y a également contribué à sa façon, enfermant pourtant le discours de la sexualité dans une sphère médicale et apparentant la sexualité à une forme de danger.

La Chaire de l’UNESCO veut défendre un certain équilibre en terme de santé sexuelle, en abordant les questions du bien-être, du plaisir, de l’amour, sans omettre la triste réalité des chiffres des violences et des détresses, physiques, mentales, sociales, liées à la sexualité.

La réalité du terrain : la santé sexuelle des Français

Joëlle Mignot se réjouit évidemment que les nouveaux traitements pour combattre le SIDA sauvent des vies mais déplore que ces traitements entraînent désormais une négligence à se protéger.

En France, nous dit-elle, les principaux sujets de consultations d’un sexologue sont :

  • pour les hommes, la dysfonction érectile, l’éjaculation rapide et de plus en plus de troubles du désir,
  • pour les femmes, le vaginisme, avec ou sans douleurs, l’anorgasmie et également les troubles du désir.

Joëlle Mignot rappelle que la sexualité et la santé sexuelle font avant tout partie de la sphère du vivant, c’est mouvant. Une fois prises en charge, le cas échéant, les éventuelles pathologies liées à la sexualité, dont les infections sexuellement transmissibles évidemment, il est intéressant de concevoir avant tout la santé sexuelle comme un équilibre. Il y a de tout temps, dans chaque société des normes sur la sexualité qui circulent de façon consciente ou inconsciente, comme l’idée qu’il est mieux de jouir en même temps, ou d’avoir une érection performante. La performance ou la perfection ne sont pas les meilleurs indicateurs de bonne santé sexuelle et il peut y avoir de temps en temps un manque de désir sans que cela doive être une source d’inquiétude.

Mais ce bon équilibre en matière de santé sexuelle tient aussi beaucoup au respect des droits humains. En ce moment, constate Joëlle Mignot, un certain nombre de couples consultent car l’un des deux sent une pression de la part de son partenaire, notamment pour pratiquer l’échangisme. Cette pression est une forme de contrainte, d’abus, d’autant qu’elle peut s’accompagner de manipulations psychologiques et qu’elle entrave la liberté à laquelle tout individu devrait avoir droit.

Le rapport entre santé sexuelle et droits humains est présent à de nombreux niveaux de notre sexualité et prédispose de la bonne santé générale, autant physique que psychique, des individus.

Stratégie & éducation centrés sur la santé sexuelle en France

Capucine Ternesien d’Ouville, médecin sexologue et contributrice au livre Santé sexuelle et droits humains fait une analogie plutôt pertinente entre la santé sexuelle et une voiture bien entretenue… « Lorsque l’on possède une voiture, ce n’est pas le tout d’avoir un bon moteur, encore faut-il savoir la conduire, savoir où l’on va et le tout en respectant les lois », précise-t-elle.

On touche ici du doigt l’un des enjeux essentiels en matière de santé sexuelle selon Joëlle Mignot : l’éducation. Si les jeunes filles sont plutôt réceptives sur le sujet, elle constate que les messages à destination des jeunes garçons ne sont pas assez percutants. Il y a chez eux de vraies lacunes au sujet du respect de la relation et du corps de l’autre. Un volet que 66 Millions d’Impatients compte d’ailleurs aborder à la prochaine rentrée des classes, car l’éducation sexuelle à l’école fait évidemment partie d’une stratégie sur le long court en matière de santé sexuelle.

Thierry Troussier, responsable de la Chaire UNESCO “Santé sexuelle et Droits humains” se félicite par ailleurs de voir que la France, en 2015, s’engage vers une approche globale de la “santé sexuelle et reproductive” et rappelle que « La nouvelle Loi de santé publique 2015, prévoit l’extension des compétences des centres de planification à la prévention et l’inscription dans le code du terme ‘santé sexuelle et reproductive’. Cette nouvelle Loi s’inscrit dans une volonté de simplification du service public et d’une approche globale en santé. ».

* Joëlle Mignot est également co-directrice d’enseignement du DU de Santé Sexuelle et Droits Humains, des Diplômes Inter-universitaires (DIU) de Sexologie et de Sexualité Humaine, Université Paris Diderot USPC (Université Sorbonne Paris Cité), rédactrice en chef de la revue Sexualités Humaines et membre du Comité exécutif de la Chaire de “Santé Sexuelle et Droits Humains” de l’UNESCO.

 

En savoir plus :

Santé sexuelle et droits humains : un enjeu pour l’humanité – Ouvrage collectif dirigé par Joëlle Mignot et Thierry Troussier – Edité chez De Boeck-Solal.

Site web de la chaire UNESCO « Santé sexuelle et droits humains »

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