Cacagreffe - Greffe fecale

Le transfert de flore intestinale

Il y a peu, 66 Millions d’Impatients traitait la question de l’influence de la flore intestinale sur notre prédisposition à développer ou non certaines maladies, non seulement des maladies intestinales, mais également des maladies qui touchent d’autres domaines, comme l’obésité, le diabète, la Maladie de Parkinson et même l’autisme !

La question de modifier la composition bactérienne de la flore intestinale se pose alors comme traitement de certaines maladies, et justement la greffe de matières fécales est désormais envisagée dans un cas très précis.

Etudions la question avec le Professeur Andremont, bactériologiste à l’Hôpital Bichat, à Paris.

Le rôle de la flore intestinale dans le développement de certaines maladies

Les bactéries présentes dans notre intestin (également appelées microbiote) détermineraient le développement de certaines maladies ainsi que nous l’avons vu avec la récente interview accordée à 66 Millions d’Impatients par le Professeur Francisca Joly-Gomez, gastroentérologue, nutritionniste et auteure du livre L’intestin, notre deuxième cerveau.

Ainsi relate-t-elle dans son livre, une expérience menée sur des souris dépourvues de flore intestinale et isolées de façon stérile. Certaines reçoivent le microbiote de souris obèses alors que d’autres reçoivent celui de souris minces. Les premières prennent du poids de façon significative alors que le second groupe reste mince.

Le microbiote pourrait donc devenir une piste intéressante dans le traitement de certaines maladies, comme l’obésité, mais aussi le diabète, Parkinson ou l’autisme. Cependant, nous n’en sommes qu’aux prémisses de tels traitements.

Le cas de l’infection à Clostridium difficile

Une maladie pourtant commence à être traitée grâce à la transplantation de microbiote, c’est l’infection à Clostridium difficile. Le Clostridium difficile est un germe que l’on trouve naturellement dans la flore digestive mais qui sous l’effet d’un déséquilibre de cette flore, par exemple à la suite d’un traitement par antibiotiques, peut se développer de façon trop importante.

La forme la plus sévère de cette infection est une colite qui peut être sanglante, accompagnée de douleurs abdominales et de fièvre. Les Etats-Unis sont touchés par une souche virulente du Clostridium difficile qui ne nous a pas atteints mais qui, selon les chiffres en 2011, concernaient outre-Atlantique 453 000 personnes, et a entrainé 29 300 décès.

La plupart des personnes touchées le sont lors d’une hospitalisation, d’une part parce que leur métabolisme est a priori fragilisé, mais aussi car elles sont souvent sous antibiotiques lors de leur séjour à l’hôpital, et enfin parce que la concentration de ce germe est accrue en milieu hospitalier.

Traitement de l’infection à Clostridium difficile par transfert de flore

C’est une maladie particulièrement compliquée à traiter car le Clostridium difficile est résistant à la plupart des antibiotiques. En outre, le taux de récidives de cette infection est particulièrement important puisqu’il est de 20 à 30% après une première infection, et de 50 à 60% après une rechute.

C’est pour ces cas de rechutes uniquement que l’on commence à envisager la transplantation de microbiote. En effet, comme nous l’avons vu, l’influence du microbiote et son transfert, dans le cas des souris, semblent tellement efficaces, que l’on ne sait pas dans quelle mesure on risque d’induire ou non d’autres maladies. La balance bénéfice/risque pour le patient étant difficile à bien évaluer en l’état actuel des recherches, on pratique pour l’instant le transfert de flore en France, uniquement sur des patients dont l’infection à Clostridium difficile est récidivante.

Une greffe de matières fécales

La procédure est très simple et se fait en une heure, à l’hôpital.

Il s’agit de corriger le déséquilibre de la flore du patient en lui transplantant des microbes digestifs issus de la matière fécale de donneurs qui ne présentent, a priori, pas de troubles digestifs.

Dans la mesure où cette pratique est encore expérimentale, il n’y a pas de règles établies quant au choix du donneur. On va préférentiellement choisir un membre de la famille après avoir vérifié ses antécédents médicaux, et écarté le plus de facteurs de risques de transmissions d’autres pathologies. Les selles sont ensuite filtrées puis diluées avec une solution saline avant d’être implantées dans le côlon du malade dans les heures qui suivent, soit lors d’une coloscopie, soit par le tube digestif haut, via une sonde qui part du nez.

Précautions et autres pistes de traitement pour le Clostridium difficile

Encore une fois, vu son efficacité, le Professeur Andremont recommande la prudence sur ce traitement, car on ne sait pas ce qu’il provoque à long terme.

L’Agence nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), reste également très vigilant.

En attendant, le Professeur Andremont s’intéresse beaucoup en ce moment au développement d’un produit qui empêcherait la modification de la flore intestinale pour empêcher la multiplication du Clostridium difficile lorsqu’il y a traitement antibiotique chez un malade (en savoir plus).

« Les antibiotiques ça ne doit pas être automatique car les bactéries s’y habituent et deviennent résistantes. Utilisés à tort ils deviennent moins forts. La résistance des bactéries est telle aujourd’hui que cela met en jeu l’efficacité de la médecine et notre santé en général », précise le Professeur Andremont.

Le vrai problème rappelle le Professeur Andremont, c’est que les antibiotiques sont des médicaments assez miraculeux, très bien tolérés et très peu toxiques, donc trop utilisés.

En savoir plus :

Antibiotiques, le naufrage – Par Antoine Andremont – Editions Bayard

 

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