Ustensiles et contenants alimentaires : faut-il craindre la migration des produits toxiques dans notre nourriture ?

2015 marque un tournant dans nos cuisines ! En effet, depuis janvier, la France est le premier pays à bannir le bisphénol A dans toutes les matières plastiques en contact avec l’alimentation. Autre exemple, les revêtements des ustensiles recouverts d’antiadhésif en téflon devraient être débarrassés de l’un de ses composants les plus toxiques.

Le point sur les matériaux utilisés en cuisine qui posent question.

Cela fait bien longtemps que le téflon, ce revêtement antiadhésif que l’on retrouve couramment dans nos poêles, met de l’huile sur le feu ! S’il a le mérite de nous aider à cuisiner sans ajouter trop de matière grasse, sa fabrication mérite un certain niveau de vigilance. Il y a deux substances distinctes à surveiller qui peuvent entrer dans sa composition :

• Le Polytétrafluoroéthylène ou PTFE n’est a priori pas toxique à basse température mais ainsi que le précise la fiche sur le PTFE, appelé Teflon®, de la société chimique de France sur son site internet la « température maximum de service en cas d’utilisation continue ne doit pas dépasser 260° ». Au-delà de cette température, le PTFE produit des émanations de gaz fluorés toxiques. Pas d’affolement dans le cas d’une utilisation ménagère, il y a peu de danger.

• Le PFOA ou acide perfluorooctanoïque semble nettement plus dangereux. Bien que dans son dernier rapport, datant de 2009, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) était rassurante sur les doses, selon elle sans danger, de PFOA susceptibles de migrer dans les aliments (lire son avis sur le PFOA), la plupart des fabricants de poêles antiadhésives de type « téflon » se sont engagés à ne plus utiliser de PFOA à partir de 2015. En effet, différentes études révèlent ses effets cancérigènes et de perturbateur endocrinien. Reste qu’il faut être vigilant, précise André Cicolella, chimiste-toxicologue et Président du Réseau Environnement Santé, car les substances de substitution au PFOA doivent elles aussi être testées pour s’assurer de leur innocuité.

Toujours est-il que tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut éviter de cuire à des températures trop élevées et se débarrasser des poêles antiadhésives dès qu’elles présentent des accrocs au niveau du revêtement…

Ustensiles et papier aluminium

Ce n’est pas la première fois que 66 Millions d’IMpatients se penche sur la question de la toxicité de l’aluminium, qui est de nos jours de plus en plus présent dans notre quotidien (lire notre article de mars 2015 sur les supposés dangers de l’aluminium, celui de mars 2014 consacré aux métaux lourds dans nos maisons et nos assiettes). La migration de ce métal dans notre alimentation par le biais de poêles ou de papier d’aluminium n’est pas la source de contamination la plus inquiétante, mais elle existe bel et bien.

Il est d’ailleurs vivement conseillé de ne pas se servir d’une poêle en aluminium qui a plus de deux ans, et de la remplacer dès qu’elle est rayée ou abîmée. Sachez également que plus long est le contact, plus l’aluminium a de chance de migrer vers l’aliment et c’est d’autant plus vrai dans le cas d’aliments acides comme les tomates, car l’acidité facilite la libération du métal. Pour cette même raison, il est déconseillé de cuire des aliments dans une papillote de papier aluminium en ajoutant du citron ou du vin blanc. Préférez les papillotes à base de papier sulfurisé par exemple.

Quant aux conserves et aux canettes, le constat reste le même… Le danger sur de petites quantités n’est pas si grand, mais c’est l’accumulation de « mauvaises » habitudes qui risquent d’être préjudiciable à la santé. Dans l’ensemble, préférez la conservation dans des bocaux et bouteilles en verre.

Quel ustensile utiliser pour une cuisson saine ?

La fonte reste un matériau très sûr, bien qu’il soit cher, lourd et nécessite de retrouver les gestes de cuisson de nos grands-mères pour apprendre à cuisiner sans que tout attache à la poêle ! Vous pouvez également opter pour une poêle en fer, inusable elle aussi et moins chère. Enfin il y a l’inox (ou acier inoxydable), qui est un alliage de fer, de chrome et de nickel. L’avantage par rapport au fer seul, comme son nom l’indique, est que l’acier inoxydable ne rouille pas.

L’inox est également plus onéreux, surtout si l’on en choisit un de qualité supérieure (mention 18/10, qui signifie 18% de chrome et 10% de nickel). Attention, l’inox n’est pas adapté aux personnes qui souffrent d’allergie au nickel, et si vous voulez éviter tout risque de migrations de substances indésirables, il faudra la choisir, bien évidemment, sans revêtement antiadhésif !

La promesse des revêtements céramique

Garantis sans PTFE, ni PFOA, les poêles proposant un revêtement en céramique semblaient une alternative naturelle et sans danger par rapport au téflon. Reste que les fabricants demeurent assez mystérieux sur leurs secrets de fabrication et que si effectivement la base de ce revêtement semble utiliser un composant naturel (la silice), il faut bien trouver une façon de le « coller » à la poêle…

En outre, si certains fabricants prônent un produit « vert », d’autres mettent plutôt en avant le côté nouvelle technologie et ne se cachent pas d’utiliser des nano-particules pour créer ces revêtements.

Il est donc envisageable que, les années passant, on puisse découvrir que les revêtements en céramique ne sont pas si sains qu’ils en ont l’air. Il est également important de noter, avec les quelques années de recul que nous avons désormais, que ces revêtements sont moins résistants que ceux en téflon.

Les contenants en plastique

Bouteilles en plastiques, emballages alimentaires, récipients pour cuisiner ou conserver, biberons, éléments de robot ménagers, sachets, films alimentaires… Il est bien difficile d’échapper aux matières plastiques lorsque l’on approche d’une cuisine, et plus encore d’un supermarché ! Toutes pourtant contiennent des substances chimiques plus ou moins toxiques.

La plus sujette aux polémiques ces dernières années a été le bisphénol A ou BPA. Passé au crible par l’ANSES (Agence nationale de Sécurité sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail), il s’avère être un dangereux perturbateur endocrinien, qui a beaucoup servi dans la fabrication de récipients alimentaires, dont les biberons. 66 Millions d’IMpatients lui avait d’ailleurs déjà consacré un article, “Le Bisphénol A et ses effets sur la santé“.

La présence de Bisphénol A avait déjà été suspendu dans les biberons et depuis le 1er janvier 2015 il l’est également « pour tout autre conditionnement, contenant ou ustensile comportant du bisphénol A et destiné à entrer en contact direct avec des denrées alimentaires », ainsi que le précise la loi du 26 décembre 2012. « La France est ainsi le premier pays à l’interdire de cette façon », se félicite André Cicolella, qui précise qu’il faut rester vigilant quant aux produits qui vont se substituer au Bisphénol A.

Contenants en plastique avec du Bisphénol A reconnaissables par l'anneau de mobius avec chiffre 7En attendant, il faudra se débarrasser (malheureusement au détriment de l’environnement qui recevra ces déchets) de nos vieux récipients contenant du Bisphénol A. Ils sont notamment reconnaissables au fait qu’ils peuvent porter l’anneau de möbius annoté du chiffre 7. Pour en savoir plus sur la nomenclature des matières plastiques, nous vous recommandons d’ailleurs la lecture d’un article sur le site Consommer durable sur la toxicité des contenants alimentaires en plastique.

Si pour la plupart, les matières plastiques utilisées pour le contact alimentaire présentent peu de risque de migration de produits chimiques vers la nourriture, il faut cependant respecter leur stricte utilisation, notamment en ce qui concerne le réchauffage des aliments. L’Anses a d’ailleurs émis des recommandations sur le sujet dans son article daté de février 2015 « Emballages alimentaires : un réchauffage à puissance trop élevée augmente le risque de migration de substances ».

Si vous avez des doutes, transférez vos aliments dans des récipients en verre, en grès ou en céramique pour les réchauffer… Et pourquoi ne pas faire de ces matériaux, ainsi que de l’inox, du fer et de la fonte, la base de votre batterie de cuisine ?!

Autres articles de notre dossier sur les enjeux de la sécurité sanitaire des aliments :

1 Comment

  • Nicolus03 dit :

    Bonjour, votre article est très intéressant mais vous ne parlez pas du fer chromé que l’on peut trouver par exemple dans les plateaux de certains déshydrateurs. Pouvez-vous me renseigner des effets du fer chromé sur la santé ? Merci

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