bienfaits santé et nutrition de certains produits alimentairesvantés par les industriels

Allégations santé : quand l’Efsa siffle la fin de la récré

Que se cache-t-il derrière les allégations santé qu’utilisent les industriels pour vanter les bienfaits de certains de leurs produits ? Focus sur les règles encadrant le recours à ces mentions et leur mise en place.

Un yaourt qui améliore le transit intestinal, une margarine qui participe à diminuer le taux de cholestérol, une boisson qui permet de prévenir les infections urinaires… On imagine sans peine à quel point ces allégations santé confèrent aux industriels qui les utilisent un avantage par rapport à leurs concurrents. Encore faut-il que les bénéfices mis en avant soient effectivement avérés.

C’est la Commission européenne qui a la main sur l’encadrement de la communication commerciale portant sur les denrées alimentaires (packaging, publicité, etc.). Afin de prodiguer une information fiable aux consommateurs, la Commission a adopté en 2006 un règlement prévoyant que seules les allégations appartenant à une liste préalablement établie puissent être utilisées par les industriels.

Des allégations santé comme s’il en pleuvait

La mise en place de cette liste a duré plusieurs années durant lesquelles les fabricants ont été invités à soumettre à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) un dossier scientifique apportant les preuves de la pertinence de chacune des allégations proposées. Une belle partie de rigolade pour les évaluateurs de l’Efsa qui ont refusé d’autoriser l’immense majorité des allégations. En 2008, les Etats membres ont adressé environ 44 000 allégations que la Commission européenne a fondu en une seule liste de 4 600 mentions pour ensuite l’adresser à l’Efsa.

Sur ce nombre, l’autorité en a retenu… 222. Au fil des résultats publiés par l’agence, bien souvent en leur défaveur, certains industriels ont préféré retirer leur demande. Le cas le plus emblématique étant celui des yaourts Actimel et Activia pour lesquels la société Danone a finalement décidé de se faire discrète. Objectif pour le géant de l’agroalimentaire : « éviter le buzz médiatique qu’auraient engendré d’éventuels avis négatifs », analysait en avril 2010 un expert du secteur dans les colonnes du Figaro.

Faiblesse des fondements scientifiques

Invitée à préciser les différents cas de figure auxquels ses experts ont été confrontés, l’Efsa évoquait en vrac, « l’impossibilité d’identifier la substance sur laquelle l’allégation est fondée, un manque de preuves que l’effet revendiqué est effectivement bénéfique à l’amélioration des fonctions de l’organisme ou encore l’absence d’études fiables chez l’homme ». Les allégations qu’a retenues l’Efsa concernent « essentiellement les vitamines et les minéraux dont les effets sur la santé sont reconnus », commente la Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (Dgccrf), chargée en France de veiller à ce que ces allégations respectent l’encadrement européen.

Elles portent également sur les acides gras et les fibres ou encore sur des substances plus spécifiques pour lesquelles la littérature scientifique est bien documentée (ferments du yaourt et digestion, polyphénols d’huile d’olive et protection contre le stress oxydatif, chewing-gums et santé dentaire, etc.). Certaines allégations de substitution (des acides gras saturés par des insaturés pour le maintien de la cholestérolémie par exemple) ont également été autorisées.

Les allégations santé dans tous leurs états

Parmi les allégations santé, la Commission distingue trois catégories :

  • Les allégations de santé « génériques » qui concernent le rôle d’un nutriment dans les fonctions de l’organisme.
  • Les allégations de réduction de risque de maladie. Précisons, à ce sujet, que les fabricants ne peuvent indiquer qu’un produit alimentaire permet de lutter contre une pathologie. Ils sont néanmoins autorisés à alléguer que la consommation d’un produit, parce qu’il contient tel ou tel nutriment, participe à minimiser un facteur de risque dont on sait qu’il joue un rôle dans la survenue ou le développement de la pathologie. A condition évidemment que ce lien soit étayé par des données scientifiques.
  • Les allégations relatives au développement et à la santé des enfants. Elles s’appliquent uniquement à des fonctions de l’organisme existant chez les enfants (la croissance osseuse par exemple) ou à des produits qui leur sont exclusivement destinés.

Une liste appelée à s’étoffer… ou non

Rappelons que les industriels sont par ailleurs autorisés à piocher dans une liste du même type, elle aussi mise en place par l’Efsa, d’allégations cette fois-ci nutritionnelles relatives à la composition des produits (riches en calcium ou réduits en sucre, par exemple). Ces registres d’allégations sont susceptibles d’être amendés au fil de l’eau en fonction de l’évolution de l’état des connaissances, les industriels qui le souhaitent pouvant d’ailleurs continuer de soumettre leurs demandes d’autorisation.

Début janvier, trois d’entre eux se sont fait éconduire par les experts de l’Efsa. Non, ont estimé ces derniers, l’enrichissement en bêta-palmitate ne contribue pas « au ramollissement des selles et à l’augmentation de leur fréquence », pas plus que la choline n’est « nécessaire pour le développement cérébral des nourrissons et des enfants en bas âge, de la naissance à l’âge de trois ans » ou que « les glucides complexes contribuent à la satiété ». Bien essayé quand même…

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