Prévention de certains cancers par l'aspirine

Prévention cancer : l’aspirine sur les rangs ?

De plus en plus d’études scientifiques confirment l’efficacité du médicament dans la prévention de certains cancers, au niveau digestif notamment. Les pouvoirs publics demandent confirmation.

C’est une revue de littérature dont la publication en août dernier dans les colonnes de la revue européenne d’oncologie médicale (Annals of Oncology) est passée quasi inaperçue. Ses résultats tendent pourtant à confirmer une hypothèse émise depuis plusieurs années quant à l’effet protecteur de l’aspirine contre plusieurs familles de cancer.

D’après les auteurs de cette étude (elle peut être consultée dans son intégralité, en cliquant ici) qui se sont penchés sur des dizaines d’études portant sur le sujet, l’effet protecteur est observé après au moins trois ans d’une prise quotidienne à des doses allant de 75 mg à 325 mg d’aspirine.

Des cancers moins nombreux et moins mortels

Cancer colorectal, de l’estomac ou de l’œsophage… l’effet préventif de l’aspirine se traduit par une moindre survenue des cas de cancer et un taux de décès inférieur à ce qu’il est dans les populations n’ayant pas consommé le médicament. « Le cancer de l’estomac enregistre la plus forte chute de mortalité, avec une diminution de 50 %, le nombre de cas étant quant à lui réduit de 30 % », rapportait notamment Le Figaro en août dernier.

L’aspirine (acide acétylsalicylique) est un fluidifiant du sang indiqué en prise régulière dans la prévention de l’infarctus du myocarde et de l’accident vasculaire cérébrale. Il l’est aussi dans le traitement de la douleur même si le paracétamol, dont les effets secondaires sont bien moins importants, est largement préférable – et préféré – dans cette indication.

L’acide acétylsalicylique est utilisé comme médicament depuis la fin du 19ème siècle après la découverte d’une voie de synthèse permettant la production à grande échelle par un chimiste allemand alors employé de Bayer, futur géant de l’industrie pharmaceutique. C’est aujourd’hui l’un des médicaments les plus consommés au monde.

Un mécanisme d’action encore mal connu

Son efficacité dans la prévention contre le cancer n’est pas encore totalement élucidée, même si plusieurs hypothèses sont évoquées. Les chercheurs avancent notamment que l’aspirine participerait à réduire la diffusion des métastases dans l’organisme en réduisant la capacité d’adhésion des cellules cancéreuses dans les vaisseaux sanguins à proximité des organes.

Les propriétés anti-inflammatoires du médicament sont également pointées comme une cause possible d’action, la cascade d’événements biologiques intervenant dans le processus d’inflammation étant connue pour son rôle dans le développement de tumeurs malignes.

Cela fait vingt-cinq ans que les preuves de l’efficacité de l’aspirine comme facteur de prévention s’accumulent, selon le Professeur Peter Rothwell, de l’université d’Oxford. En 2013, il écrivait dans la revue américaine Annals of Internal Medicine (article ici) qu’« à ce jour, 150 études de cas-témoins et environ 50 études en cohorte ont démontré la solidité du lien entre la prise régulière d’aspirine et la diminution du risque de cancer colorectal, de l’œsophage et de l’estomac ».

Une efficacité qui demande à être précisée

Attention toutefois, prévient l’Institut national du Cancer ‘Inca) : l’aspirine est un médicament dont les effets secondaires, le risque d’hémorragie digestive ou cérébrale notamment, « limitent fortement son emploi. C’est pourquoi il n’est pas possible d’utiliser l’aspirine comme un médicament préventif pour tout le monde ». Confirmation de la revue Prescrire pour qui l’aspirine « expose à des troubles qui ne sont pas plus souhaitables que les cancers ».

Pas question, pour le moment donc, en dépit des espoirs que laissent entrevoir les différentes études scientifiques, d’envisager une prise au long cours d’aspirine pour diminuer le risque de survenue de cancers. Et surtout pas chez les personnes qui présenteraient une sensibilité accrue aux effets de cette molécule. « Les recherches se poursuivent pour déterminer précisément [lesquelles] pourraient vraiment en bénéficier », conclut l’Inca.

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