Saga « Maison-poison » – Mauvaises ondes : la téléphonie mobile

Petits ou gros soucis de santé, alimentation, environnement, prévention… Suivez les aventures de la famille Junot (Caroline, Mathieu, et leurs deux enfants, Sébastien et Sidonie) qui se pose les 1001 questions que nous nous posons tous quand il s’agit de notre santé.

Depuis plusieurs semaines, ils décortiquent les poisons susceptibles de nous intoxiquer à la maison.

En effet, nos intérieurs sont des sources de pollution sournoises et souvent méconnues que l’on peut pourtant déjouer en partie, dès lors que l’on a les bons réflexes.

Episode 9

Mauvaises ondes : la téléphonie mobile

La semaine dernière, la famille Junot a tenté de démêler les informations souvent contradictoires qui entourent l’impact des lignes à haute tension sur notre santé (lien vers l’épisode 8). Mais aujourd’hui, que l’on vive ou non à proximité d’une ligne THT, on ne peut plus échapper aux ondes électromagnétiques du fait de l’augmentation croissante des réseaux de téléphonie mobile.

En octobre 2013, l’ANSES rend un rapport plutôt confus, sur les effets des radiofréquences sur la santé. Là encore, n’ayant pas établi de rapport de causalité entre ces radiofréquences et le développement de pathologies particulières, l’agence conclut qu’elle ne saurait mettre « en évidence d’effet sanitaire avéré et ne conduit pas à proposer de nouvelles valeurs limites d’exposition de la population ». Cependant elle ne remet pas en cause les résultats de certaines publications qui tancent l’augmentation du risque de tumeur cérébrale sur le long terme, pour les personnes faisant un usage intensif du téléphone portable et « recommande de limiter les expositions de la population aux radiofréquences – en particulier des téléphones mobiles –, notamment pour les enfants et les utilisateurs intensifs, et de maîtriser l’exposition générale résultant des antennes-relais. ».

Quelques mois plus tard, en janvier 2014, les députés ont adopté une proposition de loi écologiste visant à limiter l’exposition aux champs électromagnétiques, mais elle est pour le moins édulcorée. Elle prévoit par exemple de désactiver les équipements WI-FI dans les écoles primaires lorsqu’ils ne sont pas utilisés, d’interdire la publicité de téléphones ou de tablettes mobiles pour les enfants de moins de 14 ans, d’établir une carte des antennes-relais à l’échelle communale. Elle oblige également les fabricants à mettre au point des dispositifs facilitant la désactivation du WI-FI sur les différents équipements et à informer les usagers sur le DAS émis par les différents appareils, dont les sources sont proches du corps, comme c’est le cas pour les tablettes ou les téléphones portables.

La famille Junot est plutôt perplexe sur cette notion de DAS… Elle devrait pourtant s’y intéresser de plus près car elle donne une bonne indication sur l’exposition subie par les utilisateurs d’appareils mobiles. Le DAS, ou Débit d’Absorbation Spécifique, représente la quantité d’énergie absorbée par les organismes à proximité. Le DAS s’exprime en Watts par kilogramme de tissus vivants (W/kg). Les fabricants se doivent d’indiquer le DAS sur les appareils concernés. En France il ne doit pas dépasser 2W/kg pour la tête (voir la liste des marques et modèles plus bas dans « Références / En savoir plus »).

Reste que dans son rapport sur radiofréquences et santé, l’ANSES recommande quand même d’utiliser les kits mains libres en filière (et non en bluetooth), surtout pour les utilisateurs intensifs, et d’inciter les enfants à « un usage modéré du téléphone mobile ». Pourtant, même en respectant les normes en vigueur, l’innocuité des téléphones portables reste sujette à controverse. En 2007, l’étude Interphone, lancée dans 13 pays, sous l’égide de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), indiquait l’augmentation de tumeurs cérébrales dans le cadre d’une utilisation à long terme (au-delà de 10 ans).

La vraie question est de savoir si la famille Junot, et le reste du monde, serait aujourd’hui prête à faire marche arrière et à se passer de portables et d’internet ?

On préfère sans doute enjoliver la réalité, et les lobbies de la téléphonie mobile y trouvent très largement leur compte, d’autant que parmi les rayonnements électromagnétiques souvent mis en cause, il y a bien entendu ceux des antennes-relais.

Pour les sources lointaines, comme les antennes-relais mais aussi les antennes de télévision, de radio ou les points d’accès WI-FI, ce n’est plus le DAS qui fait office de mesure de référence mais le volt/mètre (V/m).

En la matière, les normes sont assez complexes car elles dépendent de la fréquence utilisée et selon les technologies (radio, TV, 2/3 et 4G), elles doivent être comprises entre 28 et 61V/m (plus précisément entre 40 et 61V/m pour la téléphonie mobile). Dans la réalité, les mesures réalisées en France révèlent des valeurs bien inférieures à ces limites. En effet, le rapport du COPIC (Comité opérationnel sur les Ondes de téléphonie mobile) rendu le 31 juillet 2013 fait état de niveaux inférieurs à 0,7V/m dans 90% des zones d’expérimentation, et inférieurs à 2,7V/m dans 99%. Sur le papier cela semble donc très rassurant, mais si l’on va plus loin dans ce rapport, on peut y lire les simulations effectuées par le COPIC pour limiter ce seuil à 0,6V/m, soit 100 fois moins que la norme actuelle. Cette valeur a été choisie « conformément à la volonté d’une majorité des parties prenantes »… elle est surtout le résultat de recommandations de nombreuses associations, dont Bioinitiative (bioinitiative.org), qui la revoit régulièrement à la baisse. Toujours est-il que pour limiter le niveau d’exposition des antennes-relais, qui doivent émettre suffisamment fort pour franchir les obstacles urbains, il faudrait les multiplier. Or au-delà du coût difficilement envisageable, on serait littéralement envahi par les antennes !

Notre famille Junot pourrait pourtant déménager à Salzbourg, en Autriche, où une expérience pilote positive a réussi à limiter ce seuil à 0,6V/m…

Admettons que les Junot vivent à Salzbourg (les petits veinards !), qu’ils se soient installés loin d’une ligne THT, qu’ils utilisent une oreillette dès qu’ils passent un appel avec leur mobile… Il faudrait encore qu’ils se débarrassent de quelques habitudes domestiques à risque sur le plan de l’exposition électromagnétique, comme le mauvais usage de leur four à micro-ondes, d’un babyphone, du WI-FI ou encore des téléphones « fixes » sans fil.

Toutes ces technologies font désormais tellement partie de notre quotidien qu’on en oublie qu’ils sont tous des sources de rayonnement électromagnétique. Ainsi est-il déconseillé de rester près d’un four à micro-ondes lorsqu’il fonctionne, surtout si vous doutez du bon état des joints d’étanchéité. Il faut aussi placer les babyphones au moins à 1 mètre de votre enfant. Avec de la chance, le fabricant aura pris soin d’indiquer le DAS du babyphone (mais c’est rarement le cas), et vous pourrez choisir le moins rayonnant. Enfin, ne laissez pas en veille mais éteignez complètement vos chaînes Hi-Fi ou téléviseurs et, dans la mesure du possible, désactivez vos équipements WI-FI lorsque vous ne vous en servez pas.

Mais surtout, faites comme la famille Junot, gardez le sourire et le moral, c’est encore une des meilleures façons de rester en bonne santé !!

Références / En savoir plus :

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