Le bisphénol A et ses effets sur la santé

Avec une production estimée à plus de 3 millions de tonnes par an, le bisphénol A ou BPA est une substance chimique de synthèse très largement utilisée dans la fabrication des plastiques depuis la fin des années 1950.

En association avec d’autres substances chimiques, il est utilisé pour la fabrication du polycarbonate, un plastique rigide et transparent présent dans de nombreux récipients alimentaires (bouteilles, verres, assiettes, tasses…) et objets du quotidien (lunettes, CD, DVD, mobilier…).

En tant qu’additif dans les résines époxy, on en retrouve dans les revêtements intérieures de boîtes de conserves, dans les canettes, les fûts ou autres réservoirs de stockage. Sous l’effet de la température, il agit comme révélateur lors de l’impression de multiples papiers dits thermosensibles (tickets de caisse, reçus de cartes bancaires..).

Voies de pénétration dans l’organisme

Selon le rapport publié en septembre 2011 par l’Anses (Agence nationale de Sécurité sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail) portant sur les effets et les usages du BPA, il est indiqué que ce dernier peut pénétrer par voie cutanée ou par ingestion. Une autre étude réalisée par l’Institut national de la Recherche agronomique (Inra) a montré que le BPA pouvait pénétrer directement dans l’organisme via la muqueuse de la langue et de la bouche. Cette voie d’entrée dans l’organisme conduirait à des concentrations dans le sang près de 100 fois supérieures à celles attendues lorsque la même quantité de BPA est absorbée au niveau intestinal (en savoir plus sur cette étude de l’Inra).

Risques pour la santé

Le BPA, qui a tendance à migrer dans la nourriture et les boissons, est un perturbateur endocrinien c’est-à-dire qu’il interagit sur le fonctionnement hormonal de l’homme. En avril 2013, l’Anses a publié les résultats d’une évaluation des risques sanitaires du Bisphénol A qui s’appuie sur 700 études scientifiques à travers le monde. L’Anses a ainsi mis en avant les risques accrus de maladies et de troubles pouvant apparaître chez l’adulte mais aussi chez l’enfant ou le nouveau-né, comme le cancer du sein, le diabète, des perturbations de la fonction thyroïdienne, l’obésité, la baisse de la fertilité et de la sécrétion de testostérone ou encore des maladies coronariennes.

Lois et recommandations

En juin 2010, la France vote l’interdiction de fabriquer et de commercialiser des biberons contenant du bisphénol A. Début 2011, cette interdiction s’étend à l’Europe suite à une directive adoptée par la Commission Européenne, qui est entrée en vigueur en janvier 2013.

En septembre 2011, l’Anses recommande une réduction de l’exposition au Bisphénol A des populations les plus sensibles, à savoir les enfants en bas âge ainsi que les femmes enceintes ou allaitantes.

Le 24 décembre 2012, une loi est votée concernant l’interdiction du BPA pour tous les contenants alimentaires et prévoit ainsi « la suspension de la fabrication, de l’importation, de l’exportation et de la mise sur le marché de tout conditionnement à vocation alimentaire contenant du Bisphénol A ».

En janvier 2014, le projet de réévaluation des risques sur le BPA initié par l’Autorité européenne de Sécurité des Aliments (AESA) est rendu public et souligne que l’exposition au BPA est susceptible d’avoir des effets défavorables sur les reins, le foie et la glande mammaire. Dans l’attente de plus de résultats de certains travaux de recherche, la dose journalière tolérable initiale de 0,05 mg/kg de poids corporel par jour est donc provisoirement abaissée à 0,005.

Substituts et sortie du Bisphénol A

À l’heure actuelle, aucun produit ne peut se substituer au BPA dans tous ses usages. Il a fallu trouver des solutions au cas par cas. Ainsi depuis 2010, les biberons sont fabriqués avec du polypropylène (PP), du polyethersulfone (PES), du polyphénylsulfone (PPSU) ou encore du Copolyester Tritan. Le bisphénol A contenu dans les reçus de carte bancaire et autres tickets a progressivement été remplacé par le bisphénol S (BPS). Or, on manque encore de données pour démontrer que ces substituts n’ont pas d’impacts sanitaires et environnementaux. Pire, l’une des rares études concernant le bisphénol S a montré que celui-ci, tout comme le BPA, est susceptible de perturber les réponses cellulaires à l’œstrogène, la libération d’hormones ou encore certains processus de croissance (voir l’étude). Sur le plan environnemental, une étude japonaise a comparé la capacité à se dégrader du bisphénol A, S et F. Les résultats de cette étude ont démontré non seulement que le bisphénol S est celui qui se dégrade le moins dans les milieux marins mais qu’il est même persistant dans l’environnement. Autrement dit, le BPS résiste aux dégradations biologiques naturelles (voir l’étude).

À la lumière de ces études, on peut légitimement s’interroger sur la pertinence à remplacer le BPA par le BPS, en particulier dans les biberons. En effet, le Réseau Environnement Santé (RES) constate que le bisphénol S a été adopté par plusieurs marques de biberons suite à l’interdiction du BPA en France depuis juin 2010…

En attendant, comme le recommande le ministère des Affaires sociales et de la Santé, mieux vaut privilégier les bocaux, biberons et autres contenants en verre et éviter de chauffer ou réchauffer les aliments au contact de matières plastiques.

Sources / Se documenter :

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