Le diagnostic 2009/2010 de Médecins du Monde, plus noir que jamais

Les résultats « records » d’une politique de santé dirigée contre les plus démunis

 

La mission France de Médecins du Monde (MdM) réalise plus de 38 000 consultations médicales chaque année (2008) dans 21 centres d’accueil, de soins, et d’orientation. Son objectif consiste à offrir un accès aux soins aux personnes les plus démunies, indifféremment de leurs origines, de leurs âges, de leurs modes de vie ou encore de leurs nationalités. Grâce à sa forte mobilité, MdM se déplace à la rencontre des populations les plus vulnérables, victimes de relégation sociale, d’isolement et fortement exposées aux risques sanitaires en raison notamment de conditions de vie déplorables.

 

Trois faits principaux sont rapportés par MdM  dans son rapport de l’observatoire 2010 sur l’accès aux soins des plus démunis en France :

 

  • « Le diagnostic 2009/2010 sur l’accès aux soins des plus démunis en France ne ressemble pas à celui des années précédentes ».

L’association enregistre 17% d’augmentation des patients vus en consultation médicale dans les centres de MdM entre 2007 et 2009.

  • Le retard aux soins a doublé entre 2007 et 2009 passant de 11% à 22%. Plus d’un tiers des personnes présentant une pathologie grave accusent un retard de recours aux soins.
  • « Le nombre de patients mineurs a cru de 30% en un an ; un nombre toujours plus important qui se rend dans les centres de MdM pour se faire soigner sans disposer d’aucune couverture maladie. »

 

Le constat de cette dégradation résulte, selon MdM, de plusieurs choix politiques dirigés notamment contre les étrangers :

 

  • Répression à l’encontre des Rroms qui aggrave les conditions d’existence et rend de plus en plus difficile le suivi médical des personnes et des enfants en particulier.
  • Projet de loi sur l’immigration et Projet de Loi de Finances qui prévoient de réduire le champ de l’Aide Médicale d’Etat dont l’intérêt principal consiste à faciliter la prise en charge des personnes malades « sans papier » pour que leurs symptômes ne dégénèrent pas en pathologies plus lourdes et plus coûteuses pour la collectivité.
  • Remise en cause du droit au séjour pour raisons médicales qui menace de fait les étrangers gravement malades.

 

Du point de vue du CISS, le rapport de MdM révèle des chiffres et des progressions qui doivent également être mis en lien avec l’absence de transversalité dans le domaine de l’action publique en santé :

 

  • L’organisation de notre système de santé repose principalement sur des édifices institutionnels qui, pour mieux se protéger les uns des autres, fortifient des cloisons étanches entre eux : la ville, l’hôpital, les maisons de retraite, les lieux d’enfermement, etc…. Cette architecture est complètement inadaptée à la vie des usagers qui nécessite une prise en charge continue et coordonnée par des professionnels en capacité d’assurer des relais et de l’accompagnement.

Si notre politique de santé était moins « hospitalo-centrée », elle s’inquiéterait davantage du sort des personnes qui quittent un établissement de santé après y avoir été soignées. Ainsi, une personne sans logement ne devrait pas à avoir à renouer avec la rue après y avoir été prise en charge, parfois à grands frais. Ce sont de tels non-sens qui alimentent les contre-performances de notre système de santé et contribuent à la dégradation de l’état de santé d’une frange de plus en plus importante de la population résidant en France.

 

  • Par ailleurs, la politique de santé est, par nature, une discipline qui exige une transversalité interministérielle dans la mesure où elle concerne différents champs de l’action publique. L’action du ministère de la Santé ne doit ni buter à l’entrée de la Direction de l’administration pénitentiaire, ni être refoulée aux portes de l’Education nationale ni être sabotée par une politique de la ville et de l’habitat qui ghettoïse plus qu’elle n’intègre.

Nous avons besoin d’une conception large de la santé, qui inspire les travaux destinés à organiser des services publics au service des usagers les plus isolés et les plus fragiles.

 

Enfin, ce triste diagnostic interroge quant à notre seuil de tolérance

 

  • Jusqu’où faut-il aller dans le désengagement de l’Assurance maladie pour que le législateur se rende compte qu’à force de transfert de charges vers les assurances complémentaires, des millions de personnes sont exclues de l’accès aux soins chaque année ?
  • Combien de temps encore les pouvoirs publics resteront-ils inactifs face à la dégradation de l’état de santé des personnes les plus précaires et les tragédies affectant notamment les enfants et les femmes enceintes, repérés par MdM, avant d’agir dignement et efficacement ?
  • Quels seront les constats de MdM dans quelques mois si le législateur persiste dans son abstention d’agir pour développer les moyens des Permanence d’accès aux soins de santé (PASS) au sein des hôpitaux et dont l’efficacité est pourtant démontrée ?

 

Dans ces conditions, le CISS recommande :


  • Tolérance 0 pour les inégalités d’accès aux soins.
  • Répression sans concessions des facteurs de renoncement aux soins.
  • Sanction des dysfonctionnements des dispositifs destinés à faciliter le recours aux soins des personnes les plus démunies.

 

 

Consulter « L’accès aux soins des plus démunis en 2010 », le rapport de MdM

L’accès aux soins en France, interview d’Olivier Bernard, président de MdM


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