Gilead et le Remdesivir ou comment chercher d’abord à maximiser les profits pendant une pandémie

Gilead Sciences, célèbre laboratoire pharmaceutique américain, vient à nouveau de faire preuve de son cynisme en pleine pandémie.

Début mars, l’entreprise a demandé et obtenu aux États-Unis le statut de « médicament orphelin » pour le Remdesivir, l’un des antiviraux expérimentaux candidats au traitement du COVID-19. Heureusement, un groupe d’activistes et d’organisations citoyennes a découvert le pot aux roses et dénoncé les agissements de la firme pharmaceutique sur les réseaux sociaux et dans la presse : Gilead a dû retirer sa demande le 25 mars dernier.

Le statut de médicament orphelin a été créé pour favoriser le développement de traitements contre des maladies rares. On considère en effet qu’en raison du faible nombre de patients concernés, un mécanisme financier d’incitations est indispensable, permettant notamment d’amortir l’effort de Recherche et Développement. Il offre une exemption fiscale (aux USA) et donne des droits de propriété élargis.

Est-ce le cas du COVID-19 ? La réponse est bien évidemment négative. Dans une situation de pandémie mondiale comme celle que nous connaissons, les perspectives de vente sont immenses. Gilead a donc cherché à utiliser ce qui est désormais reconnu comme une « faille » du système américain.

La qualification de médicament orphelin n’est octroyée que lorsqu’une maladie touche moins de 200.000 personnes aux États-Unis, et ce sans que l’augmentation successive du nombre de patients ne remette en question ce statut et les avantages qu’il procure.

Gilead aurait ainsi bénéficié de différents types de mesures incitatives, en particulier une exclusivité commerciale de 7 ans.

Cela signifie concrètement que, pendant cette période, aucun autre médicament directement concurrent n’aurait pu être mis sur le marché aux États-Unis. Ce monopole légal aurait mis Gilead dans une position de force pour négocier le prix du Remdesivir, sans préjuger du risque que de nombreux patients ne puissent avoir accès au traitement si son efficacité était démontrée.

Cette crainte était d’autant plus fondée car Gilead n’en est pas à son coup d’essai. Le Sovaldi, un traitement contre l’hépatite C, a défrayé la chronique en raison de son prix exorbitant : 40 000 euros lors de son lancement sur le marché français en 2014.

Nous, associations de patients et d’usagers, ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que l’accès universel aux vaccins et traitements contre le COVID-19 prime sur les intérêts économiques et financiers, et ce d’autant plus que le développement de ces technologies de santé bénéficie de financements publics sans précédent.

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