Campagne de sensibilisation aux violences faites aux professionnels de santé : une première qui fait rire jaune !

Alerter sur les violences dans les lieux de soins en pointant du doigt les seuls usagers n’est certainement pas la meilleure manière de parler d’un phénomène qui ne cesse d’augmenter (+ 20 % entre 2021 et 2022). C’est pourtant l’option retenue par le ministère de la Santé et de la Prévention, qui, pour sa première campagne d’information sur les agressions verbales et/ou physiques dont les professionnels de santé sont victimes, appelle les patients à « soigner leurs comportements ».

Médecin libéral, infirmier, assistante médicale, pharmacienne : plusieurs affiches les mettent en scène dans des situations particulièrement anxiogènes, barrées de différents slogans, tous pour le moins maladroits, pour ne pas dire stigmatisants. Le plus problématique d’entre eux revenant au très ambigu et malvenu « Il faut être malade pour s’en prendre à un professionnel de santé ». Les associations de personnes souffrant de troubles psychiatriques ont, à juste titre, déploré ce jeu de mots plus que limite.

Cette maladresse est d’autant plus regrettable que la pénurie de médecins entraîne des difficultés d’accès aux soins pour des millions d’usagers, sans parler des urgences, saturées quand elles ne sont pas fermées, et que, dans le même temps, se dessine une fâcheuse tendance à culpabiliser les patients, comme on a pu le constater, cet automne, avec la campagne sur le mésusage du système de santé (rendez-vous non honorés et/ou non annulés, oubli de la carte Vitale, etc.).  

Outre ce contexte sanitaire tendu, la violence est malheureusement un fait de société, qui n’épargne aucun secteur. Le problème est bien trop complexe pour tenir dans un slogan par ailleurs malavisé. Si l’objectif commun, partagé, est bien de faire baisser le nombre des agressions dans les lieux de santé, la réflexion doit être collective. Les usagers ne sont pas que des « malades », ils peuvent aussi échafauder des solutions pour enrayer ce fléau.

A cet égard, France Assos Santé s’étonne qu’une campagne d’information à destination des usagers du système de santé n’ait pas donné lieu, au préalable, à un échange avec les usagers eux-mêmes. Ces derniers méritent mieux que des jeux de mots déplacés. L’affiche incriminée doit être retirée sans délai.

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