Urgence pour la formation sur la douleur en France !

Hier avait lieu la journée mondiale de lutte contre la douleur. A cette occasion, un colloque sur les axes incontournables pour 2022, en vue d’améliorer la prise en charge de la douleur, s’est tenu au Ministère des solidarités et de la santé. Y sont intervenus des experts médicaux, des experts de l’offre de soins, d’autres de la formation des professionnels de santé, des politiques et des associations de patients, dont deux membres de France Assos Santé : l’AFVD (Association francophone des victimes de la douleur) et Fibromyalgie France. Claude Rambaud, vice-présidente de France Assos Santé, était également présente pour suivre les débats.

L’état des lieux n’est malheureusement pas encourageant et il est donc urgent, à quelques mois des présidentielles, que les candidats entendent l’appel lancé par 13 organisations qui ont profité de la soirée pour présenter leurs 22 propositions concrètes autour de la prise en charge de la douleur.

12 millions de Français souffrent de douleurs, ce qui représente 20% de la population. La douleur est le premier motif de consultation aux urgences et chez les médecins généralistes. D’après la SFETD(1), plus de 70% des patients douloureux chroniques ne reçoivent pas de traitement approprié et seuls 3% sont accueillis au sein de structures spécialisées douleur chronique (SDC), après une moyenne de 13 semaines d’attente pour un premier rendez-vous.

Claude Rambaud regrette que ces résultats soient très loin de répondre au principe de droit au traitement de la douleur posée par la loi et qui dit que « Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée […]. »(2).

Notre réseau de 245 structures spécialisées douleur chronique est pourtant unique en Europe, mais il est à la base nettement insuffisant et faute de plan ou de programme dédiés à la prise en charge de la douleur depuis 2012, sa dynamique s’essouffle sérieusement. Valeria Martinez, présidente de la SFETD rappelle d’ailleurs qu’un quart des « équivalents temps plein » qui travaillent en SDC partiront à la retraite dans les 5 ans.

Malheureusement, l’avenir de leurs remplaçants est loin d’être assuré. D’ailleurs durant le colloque, une annonce d’Anne Vitoux, cheffe de la mission qualité et pertinence à la SDPF(3) a fait bondir l’auditoire. Elle explique en effet que, faute de médecins disponibles, la future labellisation des SDC prévue en 2023, envisagerait un minimum de 0,5 ETP de médecin par structure contre 1 ETP aujourd’hui. Une décision déroutante, sans laquelle, certaines SDC ne pourraient effectivement probablement pas renouveler leur labellisation !

Afin de faire face au manque de solutions pour prendre en charge les 8,5 millions de Français douloureux qui ne reçoivent pas de traitement adapté, les intervenants présents lors de la soirée n’ont pourtant pas manqué d’idées intéressantes, comme le fait de renforcer la coopération ville-hôpital et de permettre aux médecins généralistes ou aux pharmaciens de prendre une place légitime dans la lutte contre les douleurs. Des vœux pieux, qui ne sont cependant pas viables sans la mise en place d’une formation ambitieuse autour de la douleur.

Françoise Laroche, Présidente du Collège des enseignants de médecine de la douleur, précise que lors de leur formation initiale, les étudiants en médecine ne reçoivent en moyenne qu’une vingtaine d’heures de cours sur la douleur et les soins palliatifs, réparties entre leurs 4ème et 6ème années. Moins de 20 heures de cours pour traiter ce qui représente le premier motif de consultation en France ! Certains étudiants peuvent ensuite choisir de suivre une formation spécialisée transversale d’un an sur la douleur à partir de la 7ème année de médecine mais ce type de cursus, mis en place depuis 3 ans, remplace en réalité un diplôme qui se passait auparavant en 2 ans. Dans ce cas, on déshabille donc Pierre pour habiller Jacques ET son petit frère ! Françoise Laroche ajoute que la formation continue est, quant à elle, assez convoitée, puisque sur l’Ile-de-France par exemple, environ 100 médecins s’inscrivent à chaque session de « Capacité douleur », un diplôme universitaire qui se déroule sur 2 ans.

Heureusement, les associations de patients présentes lors de l’événement ont une fois de plus montré qu’elles ne resteraient pas à attendre les bras croisés. Ainsi Carole Robert, présidente de Fibromyalgie France, a pris la parole durant la soirée pour évoquer ses interventions, en tant que patient-experte, dans la formation des professionnels de santé. Si elle ressent une forme de réticence de la part des étudiants de 6ème année de médecine, elle attend chaque année avec impatience d’intervenir auprès des professionnels inscrits dans le cadre d’un DU à la faculté de Paris, où, dit-elle : « Je scrute les visages dans la première seconde – Allez, elle va nous parler de fibromyalgie pendant 45 minutes – Je sais qu’il m’appartient alors d’atteindre ma cible, leurs a priori, croyances, doutes, réticences. Je dois faire basculer ces sentiments néfastes vers de la bienveillance envers la patiente que je suis, experte de sa maladie. En 5 minutes l’écoute est là. Les médecins comprennent très vite qu’écouter le patient expert de sa maladie est un complément indéniable de la formation des professionnels de santé. ».

France Assos Santé a réuni ses recommandations pour une meilleure prise en charge de la douleur dans une note de position en 2019 et dans une note de position en 2020 pour la prise en charge de la douleur au décours de la crise sanitaire.

Constats et propositions pour la prévention et la prise en charge de la douleur, note de France Assos Santé (2019) Covid-19 : constats et propositions sur la prise en charge de la douleur Fiche Santé Info Droits A.11 La prise en charge de la douleur et de la souffrance

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