En quoi consiste la capitalisation des expériences en promotion de la santé ?

Partout en France, de très nombreuses associations mettent en œuvre des projets de prévention et de promotion de la santé. Cependant, ces projets font peu souvent l’objet de travaux visant à en tirer des éléments de connaissance, à travers la recherche, l’évaluation ou la documentation des pratiques. Ils sont, de ce fait, trop peu valorisés. Ces projets sont-ils pour autant sans intérêt, ni valeur ?
Non bien sûr ! Les savoirs expérientiels sont extrêmement riches d’enseignements, pour s’inspirer les uns les autres, améliorer la qualité des pratiques associatives et viennent compléter des travaux de recherche scientifique.
Fort du constat de l’importance d’envisager la capitalisation des expériences en promotion de la santé, un groupe de travail national rassemblant institutions, associations, chercheurs et experts a conçu une méthode de capitalisation d’expériences, qui essaime de plus en plus et pourrait bien rebattre les cartes du partage des connaissances expérientielles en France.

 

Capitalisation des expériences : Origine et question de définitions

La capitalisation consiste à s’intéresser aux savoirs issus des expériences.
Elle a été développée en premier lieu dans le monde de l’entreprise, qui a compris tout l’intérêt d’étudier et de se servir de l’expérience de ses équipes pour contribuer à l’amélioration des pratiques. La capitalisation des expériences existe également depuis de nombreuses années dans les secteurs de l’aide au développement ou de l’environnement et a récemment fait son entrée dans le champ de la santé publique et plus particulièrement de la promotion de la santé.
Pour rappel, la charte d’Ottawa définit la promotion de la santé comme : « le processus qui confère aux populations les moyens d’assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé et d’améliorer celle-ci ».
Le groupe de travail national[1] piloté par la SFSP (Société française de Santé publique) et la FNES (Fédération nationale d’éducation et de promotion de la santé) et qui s’inscrit dans l’initiative nationale InSPIRe-ID (Initiative en Santé Publique pour l’Interaction entre la Recherche, l’Intervention et la Décision), a donc mis au point la démarche CAPS (Capitalisation d’expériences en promotion de la santé), développé des outils, une méthode et une offre de formation, pour promouvoir et diffuser la capitalisation des expériences dans le domaine de la promotion de la santé.France Assos Santé contribue à ce groupe de travail national depuis plus de deux ans maintenant.
Les concepteurs de cette méthode ont d’ores et déjà commencé à capitaliser des interventions et à former à cette méthode d’autres acteurs du champ de la santé publique, notamment des acteurs associatifs comme au sein du réseau de France Assos Santé, qui à leur tour peuvent capitaliser des expériences.

 

Comment se passe la capitalisation des expériences ?

Il est recommandé que la capitalisation soit effectuée, comme nous venons de le voir, par une personne formée à la démarche et sa méthode, que l’on appelle « accompagnateur en capitalisation ».
L’accompagnateur doit être extérieur au projet capitalisé et ne doit pas avoir de lien, hiérarchique ou fonctionnel, avec le porteur du projet concerné, afin d’apporter du recul et un regard neuf sur les pratiques.
Les accompagnateurs utilisent un « guide d’entretien » pour mener les échanges avec le ou les porteurs de l’action à capitaliser. Ces entretiens se font sous la forme d’une discussion, où les pilotes du projet, mais également, si cela s’avère pertinent, divers partenaires ayant participé à l’action ou certains participants impliqués, racontent la genèse, comment s’est organisé et déroulé le projet et les résultats obtenus.
C’est une conversation très ouverte, où il est question de raconter l’histoire du projet en mettant en avant les activités mises en œuvre, les leviers activés, les réussites, mais également les difficultés rencontrées et les réponses apportées à ces difficultés, qui sont également riches d’enseignement.
Les questions posées ne sont pas techniques. Elles sont simples, claires, toujours respectueuses. Un entretien de capitalisation dure en général entre 2 et 3 heures. Le guide d’entretien peut fonctionner comme une « check-list » permettant de n’oublier aucun élément clé du projet qui serait utile à l’analyse.
L’investissement pour l’association dont le projet est capitalisé est alors presque terminé. Celui de l’accompagnateur se poursuit par l’analyse des propos recueillis, qui peut prendre de 2 à 5 jours de travail, suivant la complexité du projet.

 

La phase d’analyse de l’expérience

A l’issue de l’étape des échanges, vient celle de l’analyse approfondie du ou des entretiens, ainsi que d’éventuels documents annexes, à laquelle s’ajoute un travail de mise en perspective avec des recommandations ou la littérature scientifique, de liens avec d’autres projets déjà capitalisés qui présenteraient des similitudes, etc.
L’idée est moins d’être concentré sur les résultats que de comprendre l’histoire de chaque projet et d’en tirer un maximum d’informations pour nourrir la réflexion sur les pratiques. Sans émettre de jugement, la capitalisation d’expériences s’intéresse autant aux projets qui ont eu du succès qu’à ceux qui n’ont pas atteint tous leurs objectifs. Dans les deux cas, les enseignements sont riches.
L’aboutissement de ce travail est la formalisation d’une fiche de capitalisation. Le travail de l’accompagnateur n’est en aucun cas d’interpréter les propos des porteurs de projets mais bien de les partager ; d’ailleurs de nombreux verbatims sont mis en avant dans la fiche de capitalisation.
Comme la capitalisation est menée dans une logique de co-construction, cette fiche est validée par le porteur de projet.

 

Quel est l’intérêt de la capitalisation des expériences ?

 Selon Benjamin Soudier, Chef de projets à la SFSP, 4 grandes finalités se distinguent particulièrement dans la démarche de capitalisation d’expériences :

  • A la suite des retours des porteurs d’actions déjà capitalisés, il apparait que les entretiens de capitalisation représentent pour eux un moment très apprécié, qui leur permet de prendre du recul sur leurs pratiques et d’en tirer des enseignements intéressants pour leurs projets en cours ou à venir.
  • La capitalisation vise également à permettre aux porteurs de projet de s’inspirer les uns et les autres, l’idéal étant qu’ils n’hésitent pas à se mettre en contact après avoir pris connaissance des fiches de capitalisation qui les interpellent.
  • Il s’agit également d’un outil de valorisation des pratiques. La fiche de capitalisation appartient au porteur de projet capitalisé qui peut s’en servir, par exemple, auprès de ses partenaires ou financeurs, actuels ou à venir. La capitalisation peut donc apporter des éléments complémentaires pour le travail de plaidoyer porté par la structure par rapport aux activités qu’elle mène, auprès de ses partenaires financeurs notamment.
  • Les connaissances expérientielles partagées grâce à ce travail de capitalisation peuvent contribuer au dialogue avec les autres types de savoirs dans un objectif d’amélioration des pratiques. Ainsi, des équipes de recherche sont susceptibles de s’intéresser aux capitalisations pour nourrir leurs propres travaux, voire identifier de nouveaux terrains de recherche. La capitalisation peut ainsi contribuer au développement de la recherche sur les interventions en santé publique/promotion de la santé, qui reste trop peu développée en France.

 

Quelles sont les actions capitalisables ?

Benjamin Soudier explique qu’il y a plusieurs critères d’éligibilité à respecter avant de décider de se lancer dans un processus de capitalisation d’un projet :

  • Il est nécessaire d’avoir au moins un an de recul par rapport au début de la mise en œuvre du projet, afin que les échanges soient riches et que l’analyse soit suffisamment nourrie.
  • Tout type de projet peut être capitalisé, dans la mesure où il présente un niveau de complexité suffisamment important pour permettre un récit d’expérience riche. Par exemple, la seule tenue d’un stand de documentations et d’informations lors d’un forum apportera probablement trop peu d’enseignements. En revanche, si en plus des échanges avec les visiteurs et de la distribution de documentations, sont proposés des ateliers collectifs ou d’accompagnement individuel, des actions dépistages, etc., alors il peut y avoir suffisamment de matière pour que l’analyse de ce projet présente des enseignements utiles à d’autres.
  • Il est enfin indispensable que les actions respectent les principes éthiques de la promotion de la santé[2]. Par exemple, il n’est pas envisageable de capitaliser des projets qui pratiquent toute forme de discrimination ou qui ont recours à la prévention par la peur.

 

Quel est l’avenir de la capitalisation des expériences ?

Benjamin Soudier précise qu’un portail de partage des travaux liés à la capitalisation sera mis en ligne d’ici la fin de l’année 2021. Il sera organisé comme une base documentaire avec divers champs de recherche afin de permettre aux utilisateurs de naviguer facilement entre les fiches de capitalisation. Il intégrera également un espace de partage de ressources, la mise à disposition des outils de la capitalisation (guide d’entretien, trame de fiche de capitalisation, guide méthodologique, etc.), une foire aux questions, etc. Il s’inscrit dans le développement d’une future communauté de pratiques de la capitalisation des expériences en promotion de la santé. L’objectif est que les acteurs intéressés par la pratique de la capitalisation pourront trouver dans ce portail les informations et outils utiles mais aussi rejoindre une communauté d’accompagnateurs qui pourra les soutenir dans leur démarche.
L’un des enjeux, à moyen terme, est ainsi de structurer et accroître la mise à disposition de ressources pour développer la capitalisation des interventions en prévention et promotion de la santé, notamment ceux portés par les associations. C’est un défi auquel nous allons devoir nous atteler collectivement.
Le mouvement s’organise de façon vertueuse et de plus en plus d’acteurs issus du monde associatif se forment à devenir accompagnateurs en capitalisation. Il s’agit d’une formation de 6 jours, qui consiste en 2 journées de théorie, 3 jours de réalisation d’une capitalisation « test » et une dernière journée de restitution de ce premier test auprès des formateurs. Plus les acteurs seront nombreux à se former à cette méthode, plus ils pourront s’entraider et, pourquoi pas, capitaliser les actions des uns et des autres pour augmenter ainsi la base des précieux savoirs expérientiels.
En attendant l’ouverture du portail des projets capitalisés, vous pouvez déjà trouver de l’inspiration et pourquoi pas de la collaboration en parcourant les fiches-actions du répertoire des actions de prévention et de promotion de la santé de France Assos Santé !

 

 

[1] Le Groupe de travail national Capitalisation est composé de représentant.e.s d’institutions, d’associations, de chercheurs et de personnes qualifiées. Sont notamment membres : Aides, ARS Haute Normandie, Collège de Médecine Générale, EHESP, Fabrique Territoires Santé, France Assos Santé, FNES, Institut Renaudot, IREPS Auvergne Rhône Alpes, IREPS Bourgogne Franche Comté, Le Réverbère, Promotion Santé Normandie, Promo Santé Ile de France, Santé Publique France, Société Française de Santé Publique, Université de Lorraine, Université Côte d’Azur.

[2] https://www.santepubliquefrance.fr/docs/la-sante-en-action-septembre-2020-n-453-ethique-prevention-et-promotion-de-la-sante

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