« En vingt ans, l’alimentation est devenue un déterminant majeur de notre santé »

2001-2021 : le Programme National Nutrition Santé, connu aussi sous son acronyme PNNS, souffle ses vingt ans, cette année. L’occasion de tirer un bilan avec Serge Hercberg, professeur émérite de nutrition à l’université Sorbonne Paris Nord. Il a présidé les trois premiers PNNS, de 2001 à 2019. 

Il y a vingt ans, quelle était la situation en matière de prévention ?

Au début des années 2000, la France était un pays où il n’y avait aucune politique nutritionnelle de santé publique. Tout ce qui touchait à l’alimentation était régi par les opérateurs économiques, via la publicité et le marketing. Face au développement des maladies chroniques et de l’obésité, notamment chez l’enfant, les pouvoirs publics ont pris conscience de la nécessité de mettre en place des actions pour améliorer l’alimentation. En vingt ans, une vraie politique globale et, surtout, pérenne, s’est mise en place, ce qui est assez unique.

Quels sont les bénéfices du PNNS ?

Le Programme National Nutrition Santé a permis de faire comprendre que l’alimentation est un déterminant majeur de la santé. Il a fourni un cadre de références pour aider les acteurs publics, sensibiliser les consommateurs, bien sûr, mais informer également les industriels qui ne peuvent plus ne pas tenir compte de cette dimension nutritionnelle.

Les recommandations nutritionnelles du PNNS ont-elles changé en vingt ans ?

Il y eu un certain nombre d’évolutions, notamment en ce qui concerne la viande rouge et la charcuterie. Le PNNS recommande depuis 2015 de limiter leur consommation. En excès, ces aliments s’accompagnent d’un surrisque de développer certains cancers. Si les recommandations ont été maintenues sur la consommation de fruits et légumes et de poisson, et de ne pas manger trop gras, sucré et salé, le dernier PNNS a pour la première fois intégré la dimension environnementale, en rappelant qu’il faut peut-être aussi, indépendamment du bénéfice pour la santé, renforcer la part des végétaux, et en particulier, des légumineuses. L’autre repère important, introduit en 2019, concerne les aliments ultra-transformés, dont il est conseillé de réduire la consommation.

A-t-on observé un impact positif du PNNS sur la santé ?

Il faut attendre entre vingt et trente ans pour mesurer l’impact d’une politique de santé publique sur le cancer ou les maladies cardiovasculaires. Mais on a tout de même un bon indicateur avec l’obésité de l’enfant. Sa prévalence s’est stabilisée, et elle commence même à diminuer dans les populations favorisées, voire dans certaines populations défavorisées. On peut penser que le PNNS a eu un effet bénéfique, et qu’en multipliant les actions de prévention, on enregistrera à terme un impact sur l’état de santé des Français.

Au moins 5 fruits et légumes par jour, dit l’un des messages-phares du PNNS. Or, seuls un tiers des Français l’appliquent. N’est-ce pas un échec ?

C’est tout le problème du PNNS. Il a eu un rôle de communication et d’éducation, ce qui est fondamental, mais insuffisant, si ses recommandations ne sont pas mises en pratique. Il faut maintenant initier des actions politiques qui permettent d’installer un environnement alimentaire favorable. Une régulation plus stricte de la publicité, en particulier vis-à-vis de la malbouffe ou de l’alcool, en serait une, par exemple. Il est nécessaire de passer de l’information individuelle à l’action collective. Sans une mobilisation des pouvoirs publics, l’intérêt du PNNS restera limité.

PNNS 4 : le temps de l’action

Le Pr Daniel Nizri, cancérologue et vice-président de la Ligue contre le cancer, a été nommé à la tête du PNNS fin 2019. Son mandat court jusqu’en 2023. Son vœu : mobiliser les acteurs de terrain.  

En tant qu’ancien cancérologue, la prévention est une notion évidemment essentielle pour Daniel Nizri, l’actuel président du Programme National Nutrition Santé. « Le meilleur moyen de ne pas avoir un cancer, c’est encore de ne pas le développer », souligne-t-il. Prévenir, c’est guérir. Ce vieux slogan n’a jamais été aussi pertinent qu’en cette période de pandémie, où les personnes en surpoids, voire obèses, avec des comorbidités en lien avec la malbouffe et la sédentarité, représenteraient 40 % des patients hospitalisés, selon notre interlocuteur. « Le fil rouge, c’est la réduction des inégalités d’accès », reprend-il. Outre que les décisions prises par les nombreux ministères concernés par les enjeux alimentaires doivent aller dans la même direction, notamment en termes de prévention, rien ne pourra se faire sur la durée sans les acteurs de terrain, estime Daniel Nizri : « Il faut impliquer les associations. Leur connaissance des différents réseaux territoriaux et leur capacité à favoriser les relations interpersonnelles constituent des atouts pour fédérer et engager des actions au plus près des besoins ». Et de citer France Assos Santé, dont certaines des associations membres ont fait la preuve, au plus fort de la crise de la Covid-19, d’une réactivité remarquable. « C’est d’ailleurs au titre de membre d’une association que j’ai accepté de piloter le comité de suivi du PNNS », souligne le vice-président de la Ligue contre le cancer.

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