Trois ans de Nutri-Score : un premier bilan positif pour le logo aux 5 couleurs

À l’évidence, le Nutri-Score a trouvé sa place dans les rayons des supermarchés. C’est ce qui ressort de l’évaluation publiée en février, trois ans après le début de son entrée en vigueur. Le logo aux 5 couleurs, destinées à guider le consommateur dans ses achats, pourrait s’étendre à l’Union européenne.

L’acte de naissance du Nutri-Score remonte au 31 octobre 2017, jour de la signature de l’arrêté ministériel d’application de ce système d’étiquetage à cinq couleurs et cinq lettres des produits alimentaires. De la lettre A, en vert foncé, pour les produits de bonne qualité nutritionnelle, à la lettre E, en orange foncé, pour ceux dont la qualité est moins favorable, ce logo aide le consommateur à choisir, en un coup d’œil, entre deux denrées comparables1.

Simple et compréhensible : tel se veut cet outil qui vise à « améliorer l’accès à une alimentation équilibrée et favorable à la santé », rappelle le Pr Serge Hercberg, ancien président du Programme National Nutrition Santé (PNNS) et père du Nutri-Score, dans son évaluation à trois ans, publiée en février dernier.

François RuIlier, de l’association Le Lien, représente France Assos Santé au Conseil National de l’Alimentation (CNA) : « Encore aujourd’hui, le déploiement du Nutri-Score ne fait pas l’unanimité ». Un témoignage qui en dit long sur l’âpreté de la bataille qui a dû être menée durant les quatre ans qui ont précédé la mise en place du logo. Certains de ceux qui menaient la fronde contre le Nutri-Score ont pourtant fini par se rallier, à l’instar de Nestlé, l’opposant historique.

La pression des consommateurs : l’élément-clé

Aujourd’hui, près de 500 entreprises l’utilisent, ce qui représente 50 % des volumes de vente. Quant aux consommateurs, ils se déclarent à 94 % favorables au logo. Et d’ailleurs, rapporte l’évaluation, plus d’un Français sur deux a changé au moins une habitude d’achat grâce au Nutri-Score. « S’il est plébiscité par les consommateurs, il y a toujours un blocage d’un certain nombre de firmes alimentaires qui vont à contre-courant de la demande des consommateurs », tempère le Pr Hercberg.

À cet égard, le rôle des consommateurs est essentiel. « En privilégiant plutôt un industriel qui accepte de jouer la transparence, même si son produit est mal classé, ils affirment qu’adopter le Nutri-Score est une manière de les respecter », développe le nutritionniste. Du reste, une lettre D ou E sur un produit n’est pas un appel à le boycotter, mais une indication à ne pas en abuser, conformément à l’esprit des recommandations de consommation du PNNS – dont le Nutri-Score est une émanation.

Trop gras, trop sucré ou trop salé : l’idée, quand cela est possible, est d’amener les industries agroalimentaires à améliorer la composition nutritionnelle de leurs denrées classées orange foncée, et ainsi de les faire remonter dans l’échelle des couleurs.

Des projets d’extension urbi et orbi

Davantage de produits emballés qui affichent le Nutri-Score, c’est évidemment l’ambition pour les prochaines années. Mais son déploiement doit aussi s’étendre aux produits bruts, dont les végétaux. « Il serait légitime que le A soit visible sur les fruits et légumes, dans la mesure où ils sont plus particulièrement l’objet des recommandations de santé publique », estime Serge Hercberg.

De l’information, au moment de l’achat, à l’équilibre sur le plateau, à l’heure du déjeuner, le Nutri-Score devrait être prochainement testé, à titre expérimental, dans la restauration collective, en l’occurrence pour améliorer les recettes. La démarche est toujours la même : aider à adopter des comportements bénéfiques à sa santé.

Enfin, le logo, déjà présent dans sept pays européens, dont l’Allemagne, la Suisse ou encore l’Espagne, est désormais placé sous gouvernance européenne. En février dernier, un comité scientifique auquel participent des experts des sept états qui l’ont adopté a été créé. Cette direction collégiale aura, notamment, pour mission de réfléchir à l’évolution du Nutri-Score, en fonction des nouvelles connaissances, ce qui pourra conduire, le cas échéant, à repositionner certains produits. « Le Nutri-Score n’est pas figé, une mise à jour est d’ailleurs en cours », souligne Serge Hercberg. En attendant que d’autres nations parmi les Etats-membres de l’Union européenne rejoignent le club des sept.

1 Le Nutri-Score est un dispositif de plus dans la panoplie des outils qui permettent aujourd’hui au consommateur de s’orienter dans ses achats. Ainsi de l’application mobile Yuka que 5,5 millions de Français utilisent chaque mois. En scannant un produit alimentaire, elle fournit aussitôt des informations sur son impact sur la santé.

Le Nutri-Score pour réguler la publicité à destination des enfants

Le 3 mars dernier, France Assos Santé a interpellé les pouvoirs publics, pour réclamer un encadrement plus efficace de la publicité pour la malbouffe. « Parmi les patients les plus touchés par la Covid-19, ceux qui présentent des comorbidités liées à la malbouffe sont les plus nombreux, observe François Rullier. Or, on sait que les habitudes alimentaires se prennent durant l’enfance. » Agir auprès des plus jeunes est donc une priorité. À cet effet, les associations de patients et d’usagers de la santé ont demandé au législateur « de bannir les publicités pour les aliments et boissons de Nutri-Score D et E ».
Une démarche soutenue par Serge Hercberg : « En éliminant ces produits, on réduirait considérablement l’exposition des enfants à des produits de mauvaise qualité nutritionnelle ».
Ne pas les interdire, c’est une chose, en faire la promotion, c’en est une autre.

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